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Ms A 06v

Je me rappelle très bien sa première communion, surtout du moment où elle me prit sur son bras pour me faire entrer avec elle au presbytère ; cela me paraissait beau d'être portée par une grande soeur tout en blanc comme moi !... Le soir on me coucha de bonne heure car j'étais trop petite pour rester au grand dîner mais je vois encore Papa qui vint au dessert, apportant à sa petite reine des morceaux de la pièce montée...

            Le lendemain ou peu de jours après, nous sommes allées avec maman chez la petite compagne de Léonie ; je crois que c'est ce jour-là que cette bonne petite Mère nous a emmenées derrière un mur pour nous faire boire du vin après le dîner (que nous avait servi la pauvre dame Dagorau) car elle ne voulait pas faire de peine à la bonne femme, mais aussi voulait que nous ne manquions de rien... Ah ! comme le coeur d'une Mère est délicat, comme il traduit sa tendresse en mille soins prévoyants auxquels personne ne penserait !

            Maintenant il me reste à parler de ma chère Céline, la petite compagne de mon enfance, mais les souvenirs sont en telle abondance que je ne sais lesquels choisir. Je vais extraire quelques passages des lettres que maman vous écrivait à la Visitation, mais je ne vais pas tout copier, ce serait trop long... Le 10 Juillet 1873 (l'année de ma naissance), voici ce qu'elle vous disait  «La nourrice a amené la petite Thérèse Jeudi, elle n'a fait que rire, c'était surtout la petite Céline qui lui plaisait, elle riait aux éclats avec elle; on dirait qu'elle a déjà envie de jouer, cela viendra bientôt, elle se tient sur ses petites jambes, raide comme un petit piquet. Je crois qu'elle marchera de bonne heure et qu'elle aura bon caractère, elle paraît très intelligente et a une bonne figure de prédestinée...