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Ms A 09v

la console bien vite, renfile l'aiguille et le pauvre petit ange sourit au travers de ses larmes... »

Je me rappelle qu'en effet je ne pouvais pas rester sans Céline, j'aimais mieux sortir de table avant d'avoir fini mon dessert que de ne pas la suivre, aussitôt qu'elle se levait. Je me tournais dans ma grande chaise, demandant qu'on me descende et puis nous allions jouer ensemble ; quelquefois nous allions avec la petite préfète, ce qui me plaisait bien à cause du parc et de tous les beaux jouets qu'elle nous montrait, mais c'était plutôt afin de faire plaisir à Céline que j'y allais, aimant mieux rester dans notre petit jardin à gratter les murs, car nous enlevions toutes les petites paillettes brillantes qui s'y trouvaient et puis nous allions les vendre à Papa qui nous les achetait très sérieusement.

Le dimanche, comme j'étais trop petite pour aller aux offices, Maman restait à me garder ; j'étais bien sage et ne marchais que sur le bout du pied pendant la messe ; mais aussitôt que je voyais la porte s'ouvrir, c'était une explosion de joie sans pareille ; je me précipitais au-devant de ma jolie petite Soeur qui était alors «parée comme une chapelle»... et je lui disais : «Oh! ma petite Céline, donne-moi bien vite du pain bénit!» Parfois elle n'en avait pas, étant arrivée trop tard... Comment faire alors ? Il était impossible que je m'en passe, c'était là «ma messe»... Le moyen fut bien vite trouvé.  «Tu n'as pas de pain bénit, eh bien, fais-en!» Aussitôt dit, aussitôt fait, Céline prend une chaise, ouvre le placard, attrape le pain, en coupe une bouchée et très sérieusement récite un Ave Maria dessus, puis elle me le présente et moi, après [avoir] fait le signe de la Croix avec, je le mange avec une grande dévotion, lui trouvant tout à fait le goût