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Témoin 1 - Armand-Constant Lemonnier

Le Procès inchoatif «ne pereant probationes » s'ouvre avec le témoignage du P. Armand-Constant Lemonnier (18411917), qui fut d'abord missionnaire de la Congrégation de Notre-Dame de la Délivrande de Bayeux, puis, après la dissolution de cette Congrégation, lors de la séparation de l’Église et de l’État en 1904, aumônier des religieuses de la Sainte Famille de la Délivrande.

Il avait déposé comme premier témoin d'office au Procès ordinaire, le 7 avril 1911 (cfr. vol.  I, pp. 580-584).

Il n'a rencontré Thérèse qu’à l'occasion des retraites qu'il donna au Carmel de Lisieux en 1893, 1894 et 1895 et ses souvenirs sont donc nécessairement limités, mais, dans sa sobriété, cette déposition suffit à nous révéler son zèle apostolique et sa valeur comme directeur spirituel.  Le témoin ne manque pas de mettre en lumière les dons de Thérèse comme éducatrice. «Les novices qui étaient sous sa direction, affirme-t-il, et que j'entendais aussi alors, me témoignèrent qu'elles avaient une confiance toute particulière dans la sagesse de sa direction » (p. 219), - « les pensées surnaturelles lui étaient habituelles et constituaient, je crois, le motif ordinaire, soit de ses actes personnels, soit de la direction qu’elle   donnait aux novices » (p. 221). Il a su des Supérieurs que « lorsque des âmes étaient éprouvées par quelques souffrances, on les adressait à soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus, assuré qu'on était qu’elle leur donnerait conseil et consolation » (pp. 223-224).

Le P. Lemonnier est encore un précieux témoin pour d'autres motifs: il a examiné l'Acte d'offrande à l'amour miséricordieux au cours de la retraite donnée en octobre 1895 (pp. 217, 225), - il rapporte le jugement positif souvent porté sur Thérèse par l'abbé Youf, alors que celui-ci était toujours fort discret et réservé dans ses louanges (pp. 217, 224, 233), - il affirme que mère Marie de Gonzague « qui avait certainement quelque opposition à l'égard de mère Agnès, ne professait au contraire que des sentiments de profonde estime pour la vertu religieuse de Thérèse » (p. 236), - il souligne le sens apostolique que Thérèse donnait à sa vocation carmélitaine (p. 223) et tout l'intérêt qu’elle portait à l'activité des prêtres et des missionnaires (p. 221).

Le P. Lemonnier déposa le 9 avril 1915 au cours de la troisième session (pp. 215-237 de notre Copie publique).

 [Session 3: - 9 avril 1915, à 8h.30 et à 2h. de l'après-midi]

[215] [Le témoin répond correctement à la première demande.

 [Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Armand Constant Lemonnier, né à Vassy le premier novembre 1841; je suis prêtre, membre de la Congrégation des Mission-[216]naires diocésains de Notre-Dame de la Délivrande, aujourd'hui dispersés par la loi civile.  Je réside actuellement à la Délivrande où j'exerce les fonctions d'aumônier-chapelain des religieuses de la Sainte Famille.

 

 [Le témoin répond correctement de la troisième à la cinquième demande].

 [Réponse à la sixième demande]:

Je ne suis mû par aucun sentiment de crainte, d'affection, d'intérêt ou autre motif humain. Je n'ai en vue que la gloire de Dieu et la béatification de soeur Thérèse si cela doit servir à la gloire de Dieu. Je n'ai été influencé par personne au sujet de ma déposition.

 

 [Réponse à la septième demande]:

1° J'ai connu personnellement la Servante de Dieu dans trois retraites annuelles que j'ai données au Carmel de Lisieux, en 1893, 1894 et 1895; à cette occasion je l'ai entendue en confession et aussi en direction.

2° A ces différentes époques, j'ai entendu parler de la Servante de Dieu par plusieurs religieuses du Carmel de Lisieux qui venaient elles aussi en direction, et m'entretenaient de leurs pensées personnelles ou de l'état de la communauté.  J'ai entendu très particulièrement deux de ses soeurs carmélites [217] (soeur Marie du Sacré-Coeur et mère Agnès de Jésus).  J'ai entendu aussi ses deux autres soeurs (Céline et Léonie), alors dans le monde.  A cette même occasion l'aumônier-chapelain du Carmel, monsieur l'abbé Youf, avec lequel j'étais en relations quotidiennes et très intimes, me parla spécialement de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus.

Depuis, à l'occasion d'une retraite que j'ai donnée à l'abbaye des bénédictines de Lisieux, vers 1898, monsieur l'abbé Domin, aumônier de cette communauté, m'a aussi parlé de la Servante de Dieu qui avait fait ses études dans cette maison.

Enfin, à la Sainte Famille de la Délivrande, une religieuse professe de cette congrégation, appelée Alice Dumoulin, m'a dit qu'elle avait été écolière aux bénédictines de Lisieux en même temps que la Servante de Dieu, et m'a dit à son sujet des paroles d'éloges que je rapporterai plus loin.

 

3°  Au sujet des écrits, je fus consulté vers 1895 sur son «Acte d'abandon à l'Amour miséricordieux » pour savoir si cette formule pouvait être admise.

J'ai lu au moins en partie l'« Histoire d'une âme» et quelques-unes des poésies qui suivent, mais je ne fais nullement état de ces lectures dans ma déposition.

 

[Réponse à la huitième demande]:

J'ai confiance et dévotion à la Servante de Dieu, parce que je crois qu'elle s'inté-

 

TÉMOIN 1: Armand-Constant Lemonnier

 

resse auprès [218] de Dieu à la gloire de l'Eglise et aux intérêts des âmes.  Mais ces sentiments n'influent aucunement sur la vérité des faits que je rapporterai.

 

 [Réponse à la neuvième demande]:

Je ne sais rien sur ce point, sinon ce que tout le monde sait par la lecture de sa vie.

 

[Réponse à la dixième demande]:

Je sais par la soeur Alice Dumoulin, religieuse de la Sainte Famille de la Délivrande, que la Servante de Dieu a fait une partie de son éducation chez les religieuses bénédictines de l'abbaye de Lisieux.  Elle avait douze ou treize ans lorsque Alice Dumoulin, âgée de cinq ans, fut elle-même confiée à ces religieuses.  A cause de son âge, Alice fut particulièrement confiée à la Servante de Dieu.  Alice Dumoulin a gardé de sa compagne plus âgée ce souvenir qu'elle m'a rapporté: « Elle était très intelligente, surtout très charitable dans les soins dont elle entourait sa jeune protégée.  De plus, comme Alice est restée à l’abbaye comme pensionnaire jusque vers sa dix-septième année, elle a souvent entendu ses maîtresses exprimer leur estime singulière pour la Servante de Dieu, leur ancienne élève.

 

[Réponse à la onzième demande]:

Je tiens de la Servante de Dieu elle-même que lorsqu'elle voulut entrer au Carmel à 15 ans, les su-[219]périeurs firent obstacle, à cause 1° de son jeune âge et 2° de la présence dans ce Carmel de Lisieux de deux de ses soeurs, déjà religieuses.  Elle m'a dit comment elle s'était adressée alors, pour obtenir cette permission, à monseigneur l'évêque de Bayeux et enfin au Souverain Pontife Léon XIII, dans un voyage qu'elle fit à Rome; elle m'a dit comment alors elle exposa sa demande au Souverain Pontife, malgré l'intervention de monsieur Révérony, vicaire général, qui ne jugeait pas opportun qu'elle exposât cette affaire au Souverain Pontife.

Tout ce que je viens de dire est rapporté dans l'« Histoire d'une âme», mais je l'ai entendu de la bouche de la Servante de Dieu.

 

 [Réponse à la douzième demande]:

Lorsque je prêchais les retraites que j'ai dites ci-dessus au Carmel, la Servante de. Dieu qui avait 20 ans environ, en 1893, était religieuse professe du monastère.  De mes entretiens, soit avec elle, soit avec les autres religieuses, j'eus la conviction qu'elle était pleinement dans la vocation qui lui convenait.  J'appris d'elle qu'elle était maîtresse des novices, à titre auxiliaire.  Les novices qui étaient sous sa direction et que j'entendis aussi alors, me témoignèrent qu'elles avaient une confiance toute particulière dans la sagesse de sa direction.

 

 [220] [Savez-vous pourquoi la Servante Dieu n'était pas pleinement maîtresse des novices mais seulement pour ainsi dire quasi maîtresse? - Réponse]:

Je crois que c’était à cause de son jeune âge.

 

 [Réponse à la treizième  demande]:

Je sais par mes entretiens avec la Servante de Dieu et les autres membres de la communauté qu'aux époques ci-dessus indiquées, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus avait une conscience particulièrement droite, simple, sans scrupule et soucieuse de toutes ses obligations.

 

 [Réponse à la quatorzième demande]:

Mon impression personnelle à la suite de mes entretiens avec la Servante de Dieu est que soeur Thérèse se distinguait dans la pratique des vertus, même en comparaison des religieuses les plus ferventes.  La même appréciation m'a été alors exprimée, soit par le chapelain, monsieur Youf, soit par les religieuses que j'ai entendues.

 

[Pouvez-vous donner les noms des moniales qui partageaient cette opinion? - Réponse]:

Je ne pourrais pas préciser ces noms, parce que pendant les retraites, j'entendais successivement les religieuses sans leur demander leur nom.

 

 [Le vicaire général lui demande s'il lui est arrivé d'entendre quelques moniales faire des réserves sur les vertus de la Servante de Dieu. - Réponse]:

Je n'ai pas souvenir d'avoir jamais entendu [221] émettre aucune appréciation défavorable à son sujet.

[Le témoin poursuit ainsi]:

Quant à dire si la Servante de Dieu a persévéré jusqu'à la mort dans la pratique fidèle des vertus, je ne le sais pas directement, puisque je n'ai eu de relation avec soeur Thérèse qu'à l'occasion des retraites 1893, 1894, 1895; je l'ai su par l'opinion publique qui affirme de toutes parts la sainteté de sa vie et de sa mort.

 

[Réponse à la quinzième demande]:

Ma conviction est que la Servante de Dieu avait une foi profonde et très ardente.  Les pensées surnaturelles lui étaient habituelles et constituaient, je crois, le motif ordinaire, soit de ses actes personnels, soit de la direction qu'elle donnait aux novices.  Je m'en suis assuré par mes entretiens avec elle et avec les religieuses, particulièrement les novices.

 

 [Réponse à la seizième demande]

La Servante de Dieu était certainement préoccupée de l'extension de la foi.  C'est pour cela qu'elle aurait voulu avoir un frère prêtre, qu'elle s'intéressait beaucoup dans ses prières aux travaux des prêtres et spécialement des missionnaires dans les pays infidèles.  Je tiens ces détails soit des confidences de la Servante de Dieu, soit des autres religieuses, ses compagnes.

 

[222] [Réponse de la dix-septième à la vingt-et-unième demande]:

Je ne sais rien de particulier sur ces points.

 

TÉMOIN 1: Armand-Constant Lemonnier

 

 [Réponse de la vingt-deuxième à la vingt-septième demande exclusivement]:

J'ai souvenir que sa disposition dominante et habituelle était une grande confiance en Dieu et un abandon tout filial à la Providence et qu'elle s'efforçait d'inspirer ces mêmes sentiments aux autres.

 

 [Réponse à la vingt-septième demande]:

Ayant été son confesseur, je ne crois pas qu'on me demande sur ce point un témoignage détaillé et précis.  Je crois pouvoir dire cependant qu'elle professait une grande délicatesse de conscience et qu'elle avait horreur des moindres fautes.

 [223] [Réponse à la vingt-huitième demande]:

Je ne sais rien.

 

 [Réponse à la vingt-neuvième demande]:

Je sais par les communications des religieuses de la communauté que la Servante de Dieu était considérée comme un modèle de régularité et piété.

 

 [Réponse de la trentième à la trente-deuxième demande]:

Je ne sais rien de spécial.

 

 [Réponse à la trente-troisième demande]:

La conversion des pécheurs et le salut  des âmes étaient une de ses intentions habituelles dans ses exercices de piété et ses pénitences.  Elle me disait d'ailleurs que c'était là une des raisons d'être de l'Ordre du Carmel.

 [Réponse à la trente-quatrième demande]:

Je n'ai rien à dire.

 

[Réponse à la trente-cinquième demande]:

Je sais par les déclarations que m'a faites la Servante de Dieu elle-même lors des retraites susdites, comme aussi par les communications des supérieures et d'autres religieuses, que, lorsque des âmes étaient éprouvées par quelques souffrances, on les adressait à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, assuré qu'on était [224] qu'elle leur donnerait conseil et consolation.  J'ai même entendu ces détails de la bouche de religieuses qui avaient elles-mêmes bénéficié de cette charité.

 

 [Réponse de la trente-sixième à la quarante-sixième demande]:

Je ne sais rien de spécial.

 

 [Réponse à la quarante-septième demande]:

J'ai entendu dire soit aux religieuses de la communauté, soit à monsieur Youf, le chapelain et le confesseur ordinaire, que soeur Thérèse faisait beaucoup de bien dans le monastère par l'élévation de ses vertus jointe à une disposition habituelle d'entrain et de bonne humeur.

 

 [Réponse à la quarante-huitième demande]:

Je ne connais rien.

 

 [Réponse à la quarante-neuvième demande]:

Je ne sais pas.

 

 [Réponse à la cinquantième demande]:

Il n'est pas venu à ma connaissance qu'elle ait fait aucun miracle pendant sa vie.

 

 [Réponse à la cinquante-huitième demande]:

J'ai été amené à examiner d'une manière par-[225]ticulière la formule de consécration composée par la Servante de Dieu et intitulée « Acte d'abandon à l'Amour miséricordieux.»  C'était à la retraite de 1895.  La mère prieure me communiqua cette formule et me demanda si on pouvait la répandre dans la communauté.  Je l’examinai moi-même et la communiquai aussi au révérend père supérieur de notre Congrégation de la Délivrande.  Son avis, comme le mien, fut que cette forme de consécration ne pouvait qu'être salutaire, soit à la Servante de Dieu, soit aux autres membres de la communauté.

Quant aux autres écrits de la Servante de Dieu: « Histoire d'une âme», poésies, lettres, etc., elles sont connues de tout le monde.

 

 [Réponse de la cinquante-deuxième à la cinquante-cinquième demande]:

Je n'ai pas été en mesure d'examiner ces faits.

 

[Réponse à la cinquante-sixième demande]:

Oui, j'ai été moi-même prier sur la tombe de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, cinq ou six fois à des époques différentes.  La première fois, c'était vers 1902 bien avant l'ouverture du Procès Informatif; la dernière fois en septembre 1913.  J'ai fait ces pèlerinages par dévotion et par confiance dans les prières de la Servante de Dieu.  Surtout dans les deux ou trois dernières visites j'ai été frappé du concours nombreux et continu des pèlerins. [226] Dans l'espace d'une demi-heure, je vis venir environ vingt personnes.  Il n'y avait pas seulement des gens du peuple, mais des prêtres, des religieuses et des soldats.  Je crois que ce mouvement de pèlerinage a commencé quelques années après la mort de la Servante de Dieu; depuis ce temps (soit environ depuis l'année 1900 ou 1902) ce mouvement s’est accentué progressivement, et au su de tout le monde il est aujourd'hui de plus en plus considérable.

Aucun fait, à ma connaissance, ne dénote une propagande intéressée en vue d'accroître ce concours de pèlerins; les personnes qui croient avoir obtenu des grâces le disent et provoquent ainsi le développement chaque jour plus grand de ce pèlerinage.  La lecture des « Pluies de roses» où l'on a rapporté des témoignages de grâces obtenues, a sans doute contribué aussi à propager ce mouvement.

 

[Session 4: - 12 avril 1915, à 9h.]

 

[233] [Réponse à la cinquante-septième demande]:

Pendant sa vie, elle était regardée,  soit par les religieuses de son monastère, soit par les personnes pieuses qui fréquentent habituellement le Carmel, comme une âme particulièrement privilégiée

 

TÉMOIN 1: Armand-Constant Lemonnier

 

de Dieu à cause des grâces exceptionnelles qu'elle reçut soit pendant son enfance, soit pendant sa vie religieuse.  On disait aussi qu'elle était favorisée de lumières surnaturelles particulières, soit pour l'intelligence de la perfection chrétienne, soit pour la direction des âmes.  J'ai entendu monsieur Youf, aumônier de la communauté, dire qu'il considérait la lucidité, la profondeur et la sûreté théologique des enseignements de la Servante de Dieu comme extraordinaires, et humainement inexplicables dans une jeune religieuse qui n'avait fait aucune étude spéciale de spiritualité.  Ce témoignage était d'ailleurs conforme au sentiment de la communauté qui m'a été exprimé par plusieurs religieuses.  On la considérait aussi comme une religieuse par[234]ticulièrement fervente, comme un vrai modèle, dont la fidélité tranchait même sur la conduite des plus régulières.  Mais quant à dire qu'on la considérait alors comme « une sainte » au sens strict du mot, c'est-à-dire, comme digne d'être placée sur les autels, je n'oserais l'affirmer.

 

 [Interrogé sur la renommée des vertus et des miracles de la Servante de Dieu après sa mort, le témoin répond]:

Ma conviction très nette est qu'aujourd'hui la Servante de Dieu est regardée dans le monde entier comme une sainte, soit pour l'héroïcité de ses vertus, soit pour l'efficacité de son intercession.  On attend avec impatience le jugement de l’Eglise sur sa béatification et on ne doute pas que cette sentence ne soit favorable.  Cette opinion est notoirement répandue partout, je l'ai entendue émettre, non seulement par des personnes du peuple, mais par des prêtres très éclairés sur les choses de la vie spirituelle.

 

 [Savez-vous comment a pris naissance, après la mort de la Servante de Dieu, l'opinion de l’héroïcité de ses vertus?] - Réponse] :

Pour ce qui est de la réputation de miracles et d'intercession puissante, ceux qui en ont bénéficié ont constaté par eux-mêmes l'efficacité de sa protection et en ont répandu autour d'eux la renommée.  Quant à l'appréciation favorable sur l'héroïcité de ses vertus, je crois qu'on a puisé les éléments de ce jugement un peu dans des conversations avec les carmélites ou les personnes qui sont en rapport avec [235] le Carmel; mais surtout cette réputation est basée sur la connaissance qu'à donné de cette âme la lecture de ses écrits, spécialement « l’Histoire d’une âme.»

 

 [Pensez-vous que cette« Autobiographie» soit un document exprimant sincèrement la vérité? - Réponse]:

Je crois que ce document exprime véritablement les états d'âme de la Servante de Dieu.  Je sais qu'elle ne l'a écrit que par obéissance; de plus, c'était une âme si simple, si droite que je la crois tout à fait incapable d'avoir pu tromper.

 

 [Quelque zèle industrieux est-il intervenu en faveur de la renommée de la sainteté de la Servante de Dieu, ou pour cacher ses défauts? - Réponse:

Pour ce qui est d'avoir travaillé à cacher ce qui serait défavorable à la Servante de Dieu, je suis bien sûr qu'on ne l'a pas fait.  Je connais les religieuses du Carmel et leur pureté d'intention dans toute cette affaire.  Elles sont incapables d'une pareille conduite.  Quant à la diffusion de la réputation positive de vertus ou de miracles, les publications qui ont été faites ont certainement beaucoup contribué à faire connaître la Servante de Dieu.  Mais le fond de vérité de ces publications étant, à mon avis, certain, il en résulte qu'on a ainsi divulgué ce qui est vrai et aurait pu rester inconnu, mais on n'a pas par ce moyen « créé une réputation factice» de sainteté.  C'est ainsi, par exemple, que Henri Laserre a beaucoup contribué par la diffusion de ses ouvrages [236] à faire connaître les miracles de Lourdes.

 

 [Réponse à la cinquante-huitième demande]:

1° Je n'ai pas eu connaissance qu'il y ait eu dans la communauté du Carmel, au temps où vivait la Servante de Dieu, aucune divergence d'appréciation sur ses mérites.  Il est vrai que je n'étais en rapport avec le Carmel qu'accidentellement à l'époque des retraites.  Je ne puis donc savoir tout le détail de ce qu'on y disait, comme le saurait, par exemple, le chapelain vivant quotidiennement en relation avec la communauté.  Cependant, de mes conversations avec mère Marie de Gonzague, ancienne prieure, je puis conclure que cette religieuse, qui avait certainement quelque opposition à la « famille Martin » en général, et spécialement à l'égard de mère Agnès (Pauline Martin), ne professait au contraire que des sentiments de profonde estime pour la vertu religieuse de soeur Thérèse.

2° Je n'ai rien entendu de défavorable à la réputation de sainteté de la Servante de Dieu depuis sa mort.

 

 [Réponse de la cinquante-neuvième à la soixante-cinquième demande]:

J'ai bien entendu relater de divers côtés de nombreuses grâces obtenues et même des faveurs miraculeuses, mais je n'ai pas eu occasion d'en étudier aucune directement; le témoignage que j'en pourrais rendre serait trop vague et trop indirect.

 

[237] [Réponse à la soixante-sixième demande]-.

Je n'ai rien à ajouter.

 [Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin.  Lecture des Actes est donnée.  Le témoin n’y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Ita pro veritate deposui. ratum habeo et confirmo.

Signatum: A. LEMONNIER