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Ms A 11r

Voici encore un passage que je trouve dans les lettres de maman. Déjà cette pauvre petite Mère pressentait la fin de son exil : «Les deux petites ne m'inquiètent pas, elles sont si bien toutes les deux, ce sont des natures choisies, certainement elles seront bonnes. Marie et toi vous pourrez parfaitement les élever. Céline ne fait jamais la plus petite faute volontaire. La petite sera bonne aussi, elle ne mentirait pas pour tout l'or du monde, elle a de l'esprit comme je n'en ai jamais vu à aucune de vous.

«L'autre jour elle était chez l'épicier avec Céline et Louise, elle parlait de ses pratiques et discutait fort avec Céline; la dame a dit à Louise: "Qu'est-ce qu'elle veut donc dire, quand elle joue dans le jardin on n'entend parler que de pratiques? Mme Gaucherin avance la tête par sa fenêtre pour tâcher de comprendre ce que veut dire ce débat de pratiques..." Cette pauvre petite fait notre bonheur, elle sera bonne, on voit déjà le germe ; elle ne parle que du bon Dieu, elle ne manquerait pas pour tout à faire ses prières. Je voudrais que tu la voies réciter de petites fables, jamais je n'ai rien vu de si gentil, elle trouve toute seule l'expression qu'il faut donner et le ton, mais c'est surtout quand elle dit :  "Petit enfant à tête blonde, où crois-tu donc qu'est le bon Dieu ?" Quand elle en est à :  "Il est là-haut dans le Ciel bleu", elle tourne son regard en haut avec une expression angélique ; on ne se lasse pas de le lui faire dire tant c'est beau, il y a quelque chose de si céleste dans son regard qu'on en est ravi !... »

«O ma Mère! Que j'étais heureuse à cet âge! Déjà je commençais à jouir de la vie, la vertu avait pour moi des charmes et j'étais, il me semble, dans les mêmes dispositions où je me trouve maintenant, ayant déjà un grand