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Ms A 11v

empire sur mes actions.  Ah ! comme elles ont passé rapidement les années ensoleillées de ma petite enfance, mais quelle douce empreinte elles ont laissée sur mon âme ! Je me rappelle avec bonheur les jours où papa nous emmenaient au pavillon, les plus petits détails se sont gravés dans mon coeur... Je me rappelle surtout les promenades du Dimanche où toujours maman nous accompagnait... Je sens encore les impressions profondes et poétiques qui naissaient en mon âme à la vue des champs de blés émaillés de bluets et de fleurs champêtres. Déjà j'aimais les lointains... L'espace et les sapins gigantesques dont les branches touchaient la terre laissaient en mon coeur une impression semblable à celle que je ressens encore aujourd'hui à la vue de la nature... Souvent pendant ces longues promenades nous rencontrions des pauvres et c'était toujours la petite Thérèse qui était chargée de leur porter l'aumône, ce dont elle était bien heureuse ; mais souvent aussi Papa trouvant que la route était trop longue pour sa petit reine, la ramenait plus tôt que les autres au logis (à son grand déplaisir). Alors pour la consoler Céline remplissait de pâquerettes son joli petit panier et le lui donnait au retour, mais hélas ! la pauvre bonne-maman trouvait que sa petite-fille en avait trop, aussi en prenait-elle une bonne partie pour la sainte Vierge... Ceci ne plaisait pas à la petite Thérèse mais elle se gardait bien d'en rien dire, ayant pris la bonne habitude de ne se plaindre jamais, même quand on lui enlevait ce qui était à elle, ou bien lorsqu'elle était accusée injustement, elle préférait se taire et ne pas s'excuser, ceci n'était point mérite de sa part, mais vertu naturelle... Quel dommage que cette bonne disposition se soit évanouie !...