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Ms A 16r

me le donner, mais elle refusa en me disant de monter sur une chaise. Je pris une chaise sans rien dire, mais en pensant qu'elle n'était pas aimable ; voulant le lui faire sentir, je cherchai dans ma petite tête ce qui m'offensait le plus, elle m'appelait souvent quand elle était ennuyée de moi : «petite mioche», ce qui m'humiliait beaucoup. Alors avant de sauter au bas de ma chaise, je me détournai avec dignité et je lui dis : «Victoire, vous êtes une mioche!» Puis je me sauvai, la laissant méditer la profonde parole que je venais de lui adresser... Le résultat ne se fit pas attendre, bientôt je l'entendis qui criait : «M'amz'elle Mâri... Thérasse vient d'me dire que j'suis une mioche!» Marie vint et me fit demander pardon, mais je le fis sans contrition, trouvant que puisque Victoire n'avait pas voulu allonger son grand bras pour me rendre un petit service, elle méritait le titre de mioche... Cependant elle m'aimait beaucoup et je l'aimais bien aussi ; un jour elle me tira d'un grand péril où j'étais tombée par ma faute. Victoire repassait ayant à côté d'elle un seau avec de l'eau dedans, moi je la regardais en me balançant (comme à mon habitude) sur une chaise, tout à coup la chaise me manque et je tombe, non pas par terre, mais dans le fond du seau !!!... Mes pieds touchaient ma tête et je remplissais le seau comme un petit poulet remplit son oeuf !... Cette pauvre Victoire me regardait avec une surprise extrême, n'ayant jamais vu pareille chose. J'avais bien envie de sortir au plus tôt de mon seau, mais impossible, ma prison était si juste que je ne pouvais pas faire un mouvement. Avec un peu de peine elle me sauva de mon grand péril, mais non pas ma robe et tout le reste qu'elle fut obligée de me changer, car j'étais trempée comme une soupe.

Une autre fois je tombai dans la cheminée, heureusement le feu n'était