Témoin 11 - Jean-Auguste Valadier

Né à Paris le 20 octobre 1851, Jean-Auguste Valadier, prêtre du diocèse de Paris, fut successivement vicaire à Nogent-sur-Marne et à Neuilly-sur-Seine (1876-1887), puis aumônier des Soeurs Aveugles de Saint-Paul, et en même temps, chargé d'assister les condamnés à mort de la prison de la Roquette (1889-1899). Curé de la paroisse de Notre-Dame-des-Vertus d'Aubervilliers (1899-1909), il fut ensuite nommé chanoine de Notre-Dame de Paris. Il mourut le 24 octobre 1915.

Il n'a pas connu Thérèse, mais il est à même de parler de sa renommée de sainteté et donne d'intéressantes précisions sur l'exécution de Pranzini, assisté le 31 août 1887 par l'abbé Faure, son prédécesseur à la Roquette.

Le témoin déposa le 3 février 1911, au cours de la 53eme session, f. 557r-561r de notre Copie publique.

 

[Session 53: - 3 février 1911, à 8h.30]

[557r] [Le témoin répond correctement à la première demande].

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Jean-Auguste Valadier, né à Paris, le 20 octobre 1851, du légitime mariage de Jean-Baptiste Valadier et de Julie Périgault; je suis prêtre; j'ai été d'abord vicaire dans les paroisses de Nogent-sur-Marne et Neuilly-sur-Seine (diocèse de Paris) (1876-1887). Ensuite, j'ai été aumônier des Soeurs Aveugles de Saint Paul, et concurremment aumônier de la prison de la Roquette, chargé à ce titre d'assister les condamnés à mort lors de l'exécution. J'ai exercé cette dernière fonction de 1889 à 1899. [557v] Puis, j'ai été curé de la paroisse de Notre-Dame-des-Vertus d'Aubervilliers, diocèse de Paris, jusqu'en 1909, et depuis ce temps je suis chanoine de l'Insigne Eglise Métropolitaine de Paris.

 

TÉMOIN 11: Jean-Auguste Valadier

 

[Le témoin répond correctement de la troisième à la sixième demande inclusivement].

[Réponse à la septième demande]:

Je suis heureux, en venant déposer, de contribuer à la glorification de la Servante de Dieu; cette intention est toute surnaturelle, et je ne suis mû par aucun motif humain.

 

[Réponse à la huitième demande]:

Je n'ai pas connu personnellement la Servante de Dieu, et je n'en pourrais rien dire que ce qui est connu de tout le monde. Mon témoignage portera seulement sur deux ou trois faits particuliers dont j'ai été plus spécialement informé et j'expliquerai, en les racontant, comment ils sont venus à ma connaissance.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

Oui, j'ai pour la Servante de [558r] Dieu une réelle dévotion; je l'invoque, et dans mes prédications je cite volontiers ses exemples. Je pense qu'il est souhaitable que sa Cause réussisse, pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, parce que j'ai observé que son influence est particulièrement salutaire et attrayante.

 

[De la dixième à la quatorzième demande inclusivement il répond ne rien savoir].

[Réponse à la quinzième demande]:

C'est ici que je puis apporter quelque précision touchant l'épisode de l'exécution de l'assassin Pranzini (31 août 1887), auquel épisode la Servante de Dieu fait allusion dans l'« Histoire de sa vie » (chapitre V, page 77, édition in 8', 1910) - MSA 45,2-46,1 - . La Servante de Dieu raconte qu'elle avait demandé à Notre Seigneur de lui donner un signe que ses prières pour la conversion de ce criminel avaient été exaucées. Elle ajoute que ce signe lui fut donné et qu'elle le reconnut dans ce fait rapporté par un journal que Pranzini avait saisi au dernier moment un crucifix que lui présentait l'aumônier, etc. Or, cet aumônier était monsieur l'abbé Faure, mon prédécesseur dans la fonction [558v] d'aumônier des condamnés. J'aimais à m'entretenir avec lui de notre commun ministère, pour lequel Dieu me donnait un grand attrait. En 1890, alors que je ne connaissais aucunement soeur Thérèse, monsieur l'abbé Faure me raconta lui-même les derniers moments de Pranzini. De cet entretien j'avais gardé l'impression que jusqu'au dernier moment Pranzini s'était refusé à tout acte religieux; j'ai même, dans des conversations particulières, exprimé ce sentiment. Mais, en lisant ces jours derniers les Mémoires imprimés de monsieur Faure (Souvenirs de la Roquette, in-12, Paris, s.d., pages 142 et suivantes), j'y ai trouvé des détails qui montrent que Pranzini s'entretenait au moins volontiers et de plus en plus intimement avec l'aumônier dans sa cellule. Quoi qu'il en soit de ce détail, le fait du dernier geste de Pranzini me fut raconté dans le plus grand détail par l'aumônier lui-même qui l'avait assisté. Il ne put « saisir » le crucifix, comme l'aurait rapporté le journal lu par la Servante de Dieu, puisque les condamnés, à ce moment, ont les bras liés derrière le dos; mais ce qui est peut-être plus frappant encore, c'est que Pranzini réclama lui-même avec la plus énergique insistance le crucifix que l'aumônier lui présenta et qu'il baisa avec transport à plusieurs reprises.

 

[559r] [De la seizième à la vingt-cinquième demande inclusivement, il répond ne rien savoir].

[Réponse à la vingt-sixième demande]:

J'ai visité le tombeau de la Servante de Dieu, au cimetière de Lisieux, vers le mois de septembre 1910, Pendant les trois quarts d'heure environ que je passai au cimetière, cinq ou six personnes vinrent prier sur la tombe. Le gardien, avec qui je m'entretins un instant, me dit que l'affluence était ordinairement bien plus considérable et que sa petite fille était constamment occupée à conduire des pèlerins au tombeau de la Servante de Dieu. Je recueillis plusieurs petits papiers et images que des pèlerins avaient déposés au pied de la croix qui se trouve sur la tombe. Ces papiers contenaient des formules d'invocations et d'actions de grâces. Sur l'un d'eux, une jeune fille attestait avoir été guérie d'un mal au genou par l'application d'un cataplasme fait avec de la terre prise sur la tombe. Quelques jours après, je retournai au cimetière en compagnie d'une dame de ma connaissance. Nous vîmes venir au cime[559v]tière une famille composée de

cinq où (sic) six personnes. Cette famille demandait avec une grande ferveur la guérison d'une petite fille que l'on faisait s'agenouiller et prier sur la tombe.

 

[Réponse à la vingt-septième demande]:

J'entends parler de tous côtés de la sainteté de la Servante de Dieu et des grâces qu'on lui attribue.

 

[Réponse à la vingt-huitième demande]:

Je n'ai jamais entendu émettre le moindre blâme touchant la Servante de Dieu. Elle suscite plutôt une sympathie universelle et une sorte d'enthousiasme chez ceux qui étudient sa vie.

 

[Réponse à la vingt-neuvième demande].:

J'éprouve moi-même une grande confiance dans l'intercession de soeur Thérèse et un attrait puissant à l’invoquer. Lorsque je visitai son tombeau l'année dernière, je me sentis porté à faire cet acte d'une manière particulièrement fervente. Pour cela, je me confessai sur la tombe même à un confrère qui m'accompagnait, et j'implorai avec insistance [560r] le secours de la Servante de Dieu pour obtenir une grâce à laquelle je tenais particulièrement. Je puis rendre aussi ce témoignage que l'invocation de soeur Thérèse a produit un changement, que je n'hésite pas à dire merveilleux, dans le caractère et les dispositions intérieures d'une personne dont je dirige la conscience. Enfin, je vais communiquer au tribunal une lettre qui atteste pareillement l'efficacité des prières de la Servante de Dieu:

 

TÉMOIN 11: Jean-Auguste Valadier

 

« Paris, 2 février 1911.

Monsieur le chanoine,

Comme je vous suis reconnaissante de m'avoir fait connaître la Vie de la petite soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Rien ne m'a plus captivée que cette lecture, au point que je m'identifie avec elle. Elle est toujours présente à mon esprit, je sens le besoin de la consulter sur tout; elle m'est devenue indispensable; son nom se présente à ma pensée pour obtenir une faveur, une grâce, etc.; elle m'aide à prier Jésus pour qu'il me tende la main toujours. Ayant ressenti de si constants effets de sa protection, j'éprouve le besoin de la faire connaître, en répandant sa 'Vie'... Je la sens si puissante auprès de Dieu! Pour ma part, j'ai obtenu de nombreuses grâces dont [560v] je puis citer les quelques traits suivants. Souffrant il y a quelques mois douloureusement du pied, à la suite d'une chute, le mal me parut assez inquiétant pour demander les conseils d'un médecin qui ne me dissimula pas qu'une opération pouvait devenir nécessaire. Très affectée de cette perspective, j'apposai, sans rien dire, sur le pied malade une petite relique de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Dès le lendemain je constatai un mieux très réel: la partie de l'os malade, qui était très sensible la veille, était devenue indolore, je pus même marcher, et depuis je ne me suis jamais ressentie de quoi que ce soit. Une deuxième fois je pus mettre à l'épreuve le crédit de la Servante de Dieu à propos d'une affaire de famille très délicate et très difficile à régler. Ne sachant quelle conduite tenir, je remis cette affaire entre les mains de soeur Thérèse, la priant de trouver elle-même la solution. Grâce à un revirement inattendu dans les dispositions des personnes avec qui je devais traiter, la chose fut résolue à mon gré, et je ne puis en attribuer le succès qu'à l'intervention de soeur Thérèse. Je pourrais m'étendre ainsi à l'infini, si je voulais vous énumérer toutes les grâces reçues, les consolations obtenues, les situations tranchées, ainsi que la complète quiétude que [561r] j'éprouve à me plonger dans la lecture de la 'Vie' de cette ange, mais je me borne à certifier ce qui précède, ne voulant pas abuser, etc.

Signé: COMTESSE DE LOUVENCOURT, 94, rue de Courcelles, Paris.»

 

[Réponse à la trentième demande]:

Je n'ai pas conscience d'avoir rien oublié.

 

[Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Ita pro veritate deposui, ratum habeo et confirmo.

Signatum: A. VALADIER.