Imprimer

9. Je ferai tomber une pluie de roses

Étude du cheminement d’une célèbre parole :  « Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses ».

Toute la vie posthume de Thérèse est résumée dans cette parole qui prend, au fil des années, figure de prédiction chaque jour davantage avérée : elle dit, par une image suggestive, l’activisme après la mort de la moniale, visible par la multiplication des grâces et des guérisons obtenues en invoquant son nom. Mgr de Teil voulait, en 1911, une représentation de Thérèse qui résume l’image qu’on se faisait d’elle. Sœur Geneviève, le peintre officiel de sa sœur, dessine en 1912 une Thérèse « couvrant son crucifix de roses ». La Thérèse aux roses se répand dès lors en belles gravures et par le canal de l’Histoire d’une âme. A partir de 1923, la béatification autorisant le culte public, la sculpture de Thérèse aux roses du Père Marie-Bernard, est disponible pour les églises et les particuliers. 300 000 exemplaires à nos jours ont été diffusés de par le monde. Mais comment la parole qui a inspiré ces représentations s’est-elle frayé son chemin ?     
Dans la première Histoire d’une âme (1898), au chapitre XII, le récit des derniers moments de Thérèse est suivi de témoignages de carmélites, novices surtout, qui immédiatement après sa mort ont ressenti sa présence bienfaisante. On y introduit ainsi : « Après ma mort, nous avait-elle dit gracieusement, je ferai tomber une pluie de roses ». Il faut ajouter qu’un chapitre XIV, dans une version non retenue, regroupait des poésies de Thérèse sous le même titre de Pluie de roses. Dans le même chapitre XII, on trouve cette notation capitale : «  Nos enfants du noviciat, habituées par leur jeune Maîtresse à jeter chaque soir devant le Calvaire du préau des roses effeuillées du jardin, apportaient maintenant leur cueillette à l’infirmerie ; et c’était un spectacle touchant de voir avec quelle piété [Thérèse] rendait encore à son crucifix ce gracieux hommage ». Pour comprendre le sens de ces gestes partagés avec ses novices, il faut se référer aux poésies publiées, comme La Rose effeuillée, et à cet aveu fait à Jésus, extrait du manuscrit B (Chapitre XI de HA) : « Je n'ai pas d'autre moyen pour vous prouver mon amour que de jeter des fleurs », ce qui signifie offrir tout sacrifice, faire toute action par amour. Les roses, oui, mais avec les épines !
A partir de là, l’évolution ultérieure n’est pas linéaire. La pluie de roses disparaît des éditions de 1899 et 1900 avec les témoignages, fragiles, des carmélites sur les manifestations de Thérèse au lendemain de sa mort. En 1901, la parole réapparaît, couplée avec une formulation plus claire : « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre », qui avait été inscrite sur la croix de bois de sa tombe au cimetière. En 1907, sous une nouvelle rubrique intitulée justement Pluie de roses, l’Histoire d’une âme publie un premier recueil de miracles attribués à Thérèse. Il en sera ainsi dans toutes les éditions suivantes. A partir de 1910, chaque année, sous ce même titre, le carmel publie, jusqu’en 1914, des ouvrages formés de recueils de miracles de plus en plus abondants.
Les deux versions des paroles du procès, livrent la date de cette célèbre parole (9 juin 1897) et indiquent son origine. « Sr Marie du Sacré-Coeur lui disait “Nous aurons bien de la peine quand vous mourrez” – ”Oh ! non, vous verrez, ce sera comme une pluie de roses”. » Celle-ci, dans sa déposition, explique : « Je lisais au réfectoire un trait de la vie de saint Louis de Gonzague, où il est dit qu'un malade, qui sollicitait sa guérison, vit une pluie de roses tomber sur son lit, comme un symbole de la grâce qui allait lui être accordée. “Moi aussi - me dit-elle ensuite pendant la récréation - après ma mort, je ferai pleuvoir des roses” ». Les mêmes recueils rapportent l’autre parole connexe (« je veux passer mon ciel à faire du Bien sur la terre »), en précisant qu’elle a été prononcée plus tard (le 17 juillet), dans un autre contexte, et qu’elle constitue un segment séparé d’un propos plus élaboré.
De manière paradoxale, en dehors du témoignage de Marie du Sacré-Cœur et du recueil de paroles de Mère Agnès, Mgr de Teil, dans ses Articles, et les témoins, dans leurs dépositions, boudent la pluie de roses, mais reprennent à l’envi l’autre formulation (une vingtaine de références). Il s’opère comme un partage entre les deux plus célèbres paroles attribuées à Thérèse : la plus théologiquement correcte est retenue au procès, la plus imagée va bientôt servir à une transcription graphique qui aura le succès que l’on sait.

HA 1898 dans les détails !

HA98

Premiers lecteurs et amis

premierstheresiens

Petites oeuvres d'art

fusains-guerin

Les reliques

RELIQUES

Parlons d'argent...

argent

Soeur Thérèse déjà à l'oeuvre

guerre 14-18

Les derniers mois de Thérèse

1896-1897

L'avocat du diable

objections

Site du Carmel de Lisieux

site-instit