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Témoin 13 - Soeur Saint-François de Sales O.S.B.

TÉMOIN XIlI

SOEUR SAINT‑FRANÇOIS DE SALES, O. S. B.

Soeur Saint‑Francois de Sales a dépo­sé au premier Procès. Née à Lisieux le 15 mars 1848, Marie‑Joséphine‑Amélie Pierre fit profession le 17 mai 1871 chez les bénédictines de Lisieux, où elle s'en­dormit dans le Seigneur le 25 février 1933. Maîtresse de classe de Thérèse en 1881‑1883 et d'enseignement religieux en 1883‑1886, elle est à même de nous donner un précieux témoignage sur les études de Thérèse.

 

Confirmant ce qu'avait déjà déposé Mère Saint‑André, prieure de l'Abbaye, le témoin déclare notamment au sujet de Thérèse: « Au point de vue de l’intelligence, elle était vraiment bien douée, quoiqu'elle eût, dans sa classe, des ému­les qui l'égalaient. Elle était même un peu faible pour le calcul et l'orthographe. Mais sur tous les points, elle était d'une très grande application: c'était pour le travail une élève modèle... Comme élève de la classe d'instruction religieuse, elle se maintint toujours à la première place. Son esprit se montrait très avide de s'instruire sur tout ce qui touche à la religion: elle se passionnait pour cette étude et posait constamment des ques­tions qui témoignaient de ce grand désir de savoir et montraient déjà que les cho­ses de Dieu étaient tout pour elle » (p. 974).

 

Au sujet de la réputation de sainteté de soeur Thérèse, le témoin répond im­plicitement à une objection souvent ré­pétée: « Je crois que la diffusion de cette réputation de sainteté est surtout le ré­sultat d'une action providentielle, et que tous les moyens humains qu'on a pu prendre ne suffisent pas à l'expliquer» (P. 977).

La déposition a été faite le 16. sep­tembre 1915, au cours de la 49ème ses­sion(pp. 971‑978 de notre Copie publique).

 

[Session 49: ‑ 16 septembre 1915, à 9h.]

 [971] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 

[972] [Réponse à la deu­xième demande]:

Je m'appelle Aurélie Pierre, en religion mère Saint‑François de Sales, religieuse professe de l'ordre de saint Benoît, à l'ab­baye de Notre‑Dame du Pré, de Lisieux, où j'ai fait profession le 17 mai 1871; je suis née le 15 mars 1848, à Lisieux, pa­roisse Saint‑Désir, de Edouard Pierre, em­ployé de commerce et de Alexandrine Etienne.

 

 [Le témoin répond correctement de la troisième à la cinquième demande inclusi­vement].

 

 [Réponse à la sixième demande]:

Je crois m'être mise en présence de Dieu pour faire ma déposition, et n'être mue par aucun autre sentiment que le désir d'obéir et de dire la vérité. Je n'ai parlé de ma déposition à personne et personne ne m'en a parlé.

 

 [Réponse à la septième demande]:

Lorsque la Servante de Dieu entra à notre pensionnat, en octobre 1881, je fus sa maîtresse de classe pendant un peu plus de deux ans. Au courant de l'année 1883, l’état de ma santé m'obligea d'inter­rompre l'enseignement, mais je fus char­gée de l'instruction religieuse, et je con­tinuai, à ce titre, d'avoir la jeune Thérèse Martin sous ma direction, jusqu'à sa sor­tie de la pension, en janvier 1886.

Je connaissais bien aussi sa famille, puisque deux de ses soeurs plus âgées, Léo­nie et Céline, avaient fait leur éducation chez nous. De plus, j'étais chargée [973] du temporel de la maison; monsieur Mar­tin nous rendait des services à ce point de vue et j'étais assez souvent en relations avec lui. Après l'entrée de la Servante de Dieu au Carmel, nos relations ont cessé.

 

 [Réponse à la hui­tième demande]:

Du temps même que la Servante de Dieu était mon élève, je reconnaissais en elle une innocence et une piété qui m'ins­piraient un sentiment de respect. Main­tenant, je l'invoque chaque jour avec con­fiance, quoique peut‑être avec moins d'en­thousiasme que d'autres.

Je désire sincèrement le succès de sa Cause, parce que je crois qu'elle est ap­pelée à exercer sur les âmes une influence très salutaire par cette « voie de simpli­cité et d'abandon» qui attire puissam­ment les âmes à Dieu.

 

 [Réponse à la neuvième demande]:

Je ne sais que par la lecture de sa vie ce qui se rapporte à cette question.

 

 [Réponse à la dixième demande]:

Je rappelle que la Servante de Dieu est entrée à notre pensionnat à l'âge de 8 ans et demi. Au point de vue de l'intelli­gence, elle était vraiment bien douée, quoiqu'elle eût, dans sa classe, des émules qui l'égalaient. Elle était même un peu faible pour le calcul et l'orthographe. Mais sur tous les points, elle était d'une très

 

TÉMOIN 13: Soeur Saint-François de Sales O.S.B.

 

grande application: c'était pour le travail [974] une élève modèle.

Au point de vue de la docilité et de la conduite, elle était parfaite, jamais je ne l'ai vue manquer au règlement en aucun point.

Elle se montra toujours, pour ses maî­tresses, pleine de déférence et de docili­té; pour ce qui est de l'affection propre­ment dite, elle la cherchait surtout dans sa famille.

Un trait de sa vertu que j'ai alors re­marqué et qui m'a grandement édifiée, c'est qu'elle ne répondait que par un sou­rire aimable aux critiques, certainement pénibles et même blessantes pour elle qu'une autre maîtresse faisait sur la direc­tion que la Servante de Dieu recevait dans sa famille.

Comme élève de la classe d'instruction religieuse, elle se maintint toujours à la première place. Son esprit se montrait très avide de s'instruire sur tout ce qui touche à la religion; elle se passionnait pour cette étude et posait constamment des questions qui témoignaient de ce grand désir de savoir et montraient déjà que les choses de Dieu étaient tout pour elle. En lisant 1'« Histoire d'une âme», qui m'a fait connaître ses dispo­sitions au Carmel, j'y ai trouvé le déve­loppement, dans une unité remarquable, de ces premières dispositions de son en­fance.

 

Dans ses relations avec ses jeunes com­pagnes, elle témoigna toujours d'un bon caractère, et ne montra jamais d'animo­sité même envers celles dont elle aurait pu se plaindre. Elle manifestait [975] aus­si le désir de leur faire du bien, et se montra pour cela particulièrement affec­tueuse envers une enfant dont la situation de famille était plutôt pénible. Cependant cette influence pour le bien ne fut pas en réalité très grande, à cause de sa timi­dité et de son peu d'amour pour le jeu qui l'empêchaient de se mêler à ses com­pagnes.

J'ai entendu émettre ici ou là cette as­sertion que Thérèse avait souffert au pen­sionnat des persécutions de la part de ses compagnes. A la vérité, l'une d'elles, dénuée de jugement, eut parfois à son égard des procédés blessants, quelques autres, ses émules en classe, purent se montrer jalouses de ses succès, comme il arrive couramment dans les écoles... et c'est tout: ce serait de l'exagération d'appeler cela une persécution.

 

La piété était comme innée dans cette enfant, et tous ses actes, même les plus puérils, étaient imprégnés de la pensée de Dieu. Sa note caractéristique, c'était le souci habituel de « faire plaisir au bon Dieu »; et elle le faisait avec la simpli­cité d'un enfant qui caresse son père.

Je l'ai toujours vue simple et humble et je regarde cela comme un vrai miracle, tant elle était entourée dans sa famille d'attentions, de tendresse et d'admiration.

Quand je veux parler de sa première communion, il me semble que je quitte la terre. Sa retraite préparatoire fut très fervente. Le jour même de sa première communion, elle avait un air céleste, vé­rita‑[976]blement angélique, dont furent frappés même ceux qui ne la connaissaient pas. Elle pleura beaucoup après avoir reçu la sainte communion et ces larmes provenaient d'un bonheur tout intime.

Ce qu'elle dit dans sa vie, de ses dispo­sitions le jour où elle reçut la confirma­tion, est parfaitement exact; elle s'y pré­para avec une ferveur que je n'ai jamais trouvée chez aucun autre enfant. La re­traite s'étant trouvée inopinément prolongée d'un jour, on crut devoir donner des récréations pour délasser les enfants, mais Thérèse prit peu part à ces délas­sements, préférant perfectionner cette pré­paration. Elle fut confirmée le 14 juin 1884.

La Servante de Dieu quitta le pension­nat au mois de janvier 1886, parce que l'état de sa santé ne lui permettait plus de suivre les classes régulièrement.

Elle revint cependant une ou deux fois la semaine pour les leçons de travail ma­nuel. J'ai remarqué que la leçon finie, elle ne liait pas conversation avec ses com­pagnes ou avec ses maîtresses; le plus souvent elle se rendait à la tribune de la chapelle où elle s'entretenait avec le bon Dieu.

Elle fut reçue à l'association des en­fants de Marie, dont elle est le plus bel ornement.

 

 [Réponse de la onzième à la cinquante-sixième demande inclusivement]:

Je ne sais sur tout cela que ce qui est imprimé dans sa vie ou ce que l'on dit dans le public: je n'en ai pas de con­naissance personnelle et directe.

 

[977] [Réponse à la cinquante‑septième demande]:

Il n'est pas à ma connaissance que la réputation de sainteté de la Servante de Dieu se soit répandue pendant sa vie.

Depuis sa mort, il vient ici, à notre hô­tellerie, plusieurs centaines de personnes, chaque année, dont le voyage est uni­quement motivé par leur dévotion à soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus, qu'elles regar­dent comme une sainte. On demande continuellement à visiter notre chapelle, où elle fit sa première communion, et la petite chapelle où elle fut reçue enfant de Marie, et où nous avons réuni les souvenirs que nous possédons d'elle.

Je crois que la diffusion de cette ré­putation de sainteté est surtout le résul­tat d'une action providentielle, et que tous les moyens humains qu'on a pu prendre ne suffisent pas à l'expliquer.

 

 [Réponse à la cinquante-huitième demande]:

J'ai entendu parfois critiquer le bruit qui se fait autour de cette Cause; mais je n'ai jamais entendu mettre en doute, si peu que ce soit, la sainteté de la Ser­vante de Dieu.

 

 [Ré­ponse de la cinquante‑neuvième à la soi­xante‑cinquième demande inclusivement]:

Dans la communauté, il n'est guère de religieuses qui n'ait reçu des faveurs spirituelles, après avoir invoqué la Ser­vante de Dieu, spécialement des grâces de progrès, la délivrance de peines intérieu­res, etc.

Les pèlerins de notre hôtellerie ou les personnes [978] que je vois au parloir, m'ont souvent fait part de faveurs plus extérieures, comme des guérisons, une pro­tection spéciale dans les affaires de famille; mais je n'ai pas vérifié par moi‑même au­cun de ces miracles.

 

 [Réponse à la soixante-sixième demande]:

Je crois avoir tout dit.

 

TÉMOIN 13: Soeur Saint-Francois de Sales O.S.B.

 

 [Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. ‑ Est ainsi terminé l'interroga­toire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune mo­dification et signe comme suit]:

 

Signatum: SOEUR SAINT-FRANÇOIS DE SALES