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Témoin 15 - Marthe de Jésus et du Bienheureux Perboyre, O.C.D.

Soeur Marthe de Jésus, converse, fut, au noviciat, la compagne puis la disciple de soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Désirée-Florence-Marthe Cauvin naquit à Griverville (diocèse d'Evreux) le 16.Vll.1865, au jour de la fête de NotreDame du Mont-Carmel. Ayant perdu bien vite son père et sa mère, elle passa son enfance et son adolescence dans des orphelinats à Paris puis à Bernay, ce qui marqua profondément son psychisme. Elle entra au Carmel le 23 décembre 1887 et prit l'habit le 2 mai 1889. Elle fit profession le 23 septembre 1890, demandant et obtenant de ne pas quitter le noviciat pour demeurer sous la direction de soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

« D'une intelligence médiocre, elle souffrit et fit souffrir autour d'elle sans le vouloir, pour un esprit de contradiction que, malgré de réels efforts, elle n'arriva jamais à corriger entièrement. Mais, par contre, sa franchise, son bon coeur et son dévouement, qui ne comptaient jamais avec la fatigue, enfin sa grande piété, nous édifièrent bien souvent » (Circulaire nécrologique, p. 2). En son livre Sainte Thérèse de Lisieux à la découverte de la voie d'enfance (Paris 1964), le P. Stéphane-Joseph Piat présente ainsi soeur Marthe: « Coeur droit, dévouée, pieuse, elle ne manquait pas de qualités, mais une trop réelle étroitesse d'esprit, une franchise brutale, un instinct d'agressivité joint à un complexe de frustration qu'explique la privation des caresses maternelles, la rendaient peu sociable. Ou elle s'attachait à l'excès, à mère Marie de Gonzague dont elle se faisait la servante et la suivante, à Thérèse elle-même, qui l'en reprit tendrement, ou elle s'enfermait dans une mélancolie boudeuse, quitte à exploser en saillies mordantes. C'est elle qui, faute de jugement, servait à la sainte les restes desséchés, elle aussi qui l'invitait charitablement, et sans succès, à venir se chauffer à la cuisine. Elle la redoutait et l’admirait tout ensemble, la mettant à l'épreuve par ses sarcasmes, son mutisme ou ses visites intempestives, l'aimant assez pour implorer et obtenir de rester avec elle au noviciat. Terrain ingrat s'il en fut, l'intéressée est la première à l'avouer... »

(c. 7, p. 171 ).

C'est à soeur Marthe que pense Thérèse lorsqu'elle parle de la compagne de noviciat avec laquelle il lui avait été permis d'avoir « de temps en temps de petits entretiens spirituels » - MSC, f. 20v - et que Jésus lui donna d'éclairer sur ses défauts dont notamment l'affection trop naturelle qu'elle portait à mère Marie de Gonzague (ib., 20v-21v).

C'est encore pour contenter soeur Marthe que soeur Thérèse fit avec elle pendant trois ans sa retraite annuelle privée, s'appliquant à marquer chaque jour sacrifices et pratiques de vertus, à la manière personnelle et compliquée de l'humble converse (qui devait en témoigner lors du Procès Apostolique).

Soeur Thérèse lui adressa quelques billets qui nous montrent à quel point elle savait la prendre et la comprendre jusque dans ses moments les plus noirs. C’est pour elle qu'elle écrivit le 16 juillet 1897, en cadeau d'anniversaire, la Prière pour obtenir l'humilité (HA, pp. 307-308).

Les dernières années de sa vie, soeur Marthe de Jésus connut une transformation spirituelle que les mois de souffrances précédant sa fin rendirent encore plus profonde et plus visible. Elle mourut le 4 septembre 1916 *.

 

Le témoin déposa les 17-18 février 1911, au cours des sessions 60-61, f. 616r-632v de notre Copie publique.

 

[Session 60: - 17 février 1911, à 2h. de l'après-midi]

 

[616r] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Désirée Florence Cauvin, en religion soeur Marthe de Jésus et du Bienheureux Perboyre. Je suis née à Giverville (diocèse d'Evreux) le 16 juillet 1865 du légitime mariage de Alphonse Cauvin et de Augustine Pitray. Je suis religieuse converse du Carmel de Lisieux, où je suis entrée comme postulante en 1887 et où j'ai fait profession [616v] en 1890, le 23 septembre.

 

[Le témoin répond correctement de la troisième à la sixième demande].

[Réponse à la septième demande]:

J'ai bien prié le bon Dieu pour ne pas l'offenser dans la manière dont je vais faire mon témoignage. Quoique j'aime beaucoup la Servante de Dieu, j'aimerais mieux ne rien dire en sa faveur que de manquer à la vérité.

 

[Réponse à la huitième demande]:

Entrée au Carmel trois mois seulement avant la Servante de Dieu, j'ai donc été

 

TÉMOIN 15: Marthe de Jésus O.C.D.

 

sa compagne de noviciat. Dès lors, je m'attachai à elle très intimement, à cause de ses vertus et du bien qu'elle faisait à mon âme. Cette intimité spéciale nous a unies jusqu'à sa mort. Je ne me servirai dans ma déposition que de mes souvenirs personnels.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

J'aime beaucoup soeur Thérèse de [617r] l’Enfant Jésus à cause de sa vertu et du bien qu'elle a fait à mon âme. Je prie beaucoup pour sa béatification qui, je crois, glorifiera le bon Dieu et fera du bien aux âmes.

 

[Réponse de la dixième à la seizième demande]:

Je ne sais rien de ce qui concerne la Servante de Dieu avant son entrée au Carmel.

 

[Réponse à la dix-septième demande]:

La Servante de Dieu est entrée au Carmel de Lisieux en avril 1888. Elle y a pris l'habit le 10 janvier 1889. Nous avons fait ensemble notre noviciat. Elle a fait profession le 8 septembre 1890. Le délai de sa profession a dépassé le temps ordinaire, parce que, à cause de son jeune âge, notre supérieur, monsieur l'abbé Delatroëtte, imposa ce délai. Dès l'entrée de la Servante de Dieu au milieu de nous, j'ai remarqué qu'elle n'était pas une âme ordinaire. En la voyant si parfaite, j'avais peine à comprendre tant de perfection dans une si jeune soeur. Ce qui me frappait surtout en elle, c'était [617v] son humilité, son esprit de religion et sa mortification.

 

[Réponse à la dix-huitième demande]:

Dès ses premières années de vie religieuse, la vertu de soeur Thérèse de l'Enfant Jésus lui donna un grand ascendant sur ses compagnes du noviciat. Toutes les novices, comme moi-même, éprouvions le besoin de recevoir ses avis, ses encouragements et de suivre ses conseils. Notre mère prieure ayant donné une permission générale de communiquer à ce sujet avec la Servante de Dieu, il en résulta que, de fait, nous traitions avec soeur Thérèse de l’Enfant Jésus comme avec une véritable maîtresse des novices. En 1896, mère Marie de Gonzague, devenue prieure, lui confia tout à fait la charge de former les novices, quoique pourtant elle ne lui donnât pas le titre de cette fonction. La Servante de Dieu voulut rester au noviciat, par humilité, même après que le temps régulier de son noviciat était achevé. J'y demeurai moi-même avec elle jusqu'en 1895, et même après cette date je n'ai jamais cessé de rechercher les avis de la Servante de Dieu. Le caractère de sa direction était une di-[618r]rection forte; elle était extrêmement vigilante et très perspicace pour remarquer nos imperfections et nous en reprendre. Elle le faisait avec beaucoup de zèle et ne recherchait jamais les consolations qu'un zèle moins exigeant aurait pu lui ménager. Elle nous aimait toutes également, mais d'une affection toute surnaturelle, très forte et désintéressée.

 

[Réponse à la dix-neuvième demande]:

Je m'étais bien aperçue que, dans les derniers temps de sa vie, la Servante de Dieu écrivait quelque chose d'intime., mais je ne savais pas au juste ce que c'était, ni dans quelles conditions elle composait cet écrit. J'ai reçu d'elle quelques petits billets par lesquels elle m'exhortait à la ferveur. Je crois qu'elle devait en écrire aussi d'analogues pour d'autres soeurs.

 

[Réponse à la vingtième demande]:

Je ne sais pas si je dis bien, mais je crois qu'une vertu héroïque c'est une vertu qui n'est pas mesquine, qui sort de l'ordinaire, qui est sublime. La vertu de la Servante de Dieu m'a toujours paru telle. C'est précisément parce [618v] que sa sainteté n'était pas ordinaire que je me sentais invinciblement attirée vers elle.

 

[Réponse à la vingt-et-unième demande]:

SUR LA FOI. - J'ai toujours remarqué en soeur Thérèse de l’Enfant Jésus un grand esprit de foi. Elle ne voyait que le bon Dieu en toutes choses et en toutes personnes. C'est ainsi spécialement qu'elle considérait ses supérieures et pratiquait à leur égard une obéissance absolue.

 

SUR L'AMOUR DE DIEU. - On ne pouvait s'approcher de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus sans être embaumé et pénétré de la présence de Dieu. Elle avait une façon de parler des choses spirituelles qu'on ne se lassait pas d'écouter. Elle était tellement pénétrée de ce qu'elle disait, que l'on sentait comme une flamme qui la dévorait et la consumait sans cesse. Tout en elle portait au respect; on sentait en s'approchant d'elle que son âme était toujours unie au bon Dieu et que jamais elle ne perdait sa présence. Au choeur, elle m'édifiait beaucoup par sa tenue humble, modeste et recueillie; elle paraissait toute absorbée et comme perdue en Dieu. [619r] Elle me dit un jour: « Je n'ai qu'un seul désir, celui de devenir une grande sainte, parce qu'il n'y a que cela de vrai sur la terre. Je suis bien résolue à me mettre à l'oeuvre avec courage; je ne veux rien refuser à Jésus des nombreux sacrifices qu'il me demande, lui livrer mon âme pour qu'il la possède tout entière et fasse de moi ce qu'il voudra. Ce travail ne se fera pas sans souffrance, je le sais bien; mais quelle joie de souffrir pour celui qu'on aime » - Source pre. - .

 

[Session 61: - 18 février 1911, à 8h.30 et à 2h. de l'après-midi]

 

[621r] [Suite de la réponse à la vingt-et-unième demande]:

SUR L'AMOUR DE DIEU (suite). - Rien des choses de la terre ne l'intéressait; tout lui était indifférent, excepté ce qui intéressait la gloire de Dieu et les âmes. Un jour elle me dit: « Pour que votre

 

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amour soit bien pur et désintéressé, il ne faut pas qu'il y ait de partage, mais que Jésus le possède tout entier. Si vous le donnez à la créature, que prétendez-vous en recevoir? peut-être quelque marque d'affection: mais que de déceptions vous attendent ensuite... tandis que si vous vous attachez à Jésus, vous êtes sûre de trouver le vrai bonheur, parce que lui est un ami fidèle qui ne change jamais.»

 

SUR LA CHARITÉ SUR LE PROCHAIN. Quand une soeur avait besoin de la Servante de Dieu pour lui rendre un service et qu'elle venait la déranger à n'importe quel moment de la journée, elle était sûre d'être toujours bien reçue: jamais [621v] soeur Thérèse de l’Enfant Jésus ne témoignait d'ennui d'être dérangée. Elle était toujours prête à faire plaisir, parfois au prix de bien grands sacrifices. Quand elle se trouvait dans l'impossibilité de donner ce qui lui était demandé, elle s'en excusait d'une façon si aimable, que l'on s'en retournait aussi satisfait que si elle eût accordé la demande. Elle me dit un jour: « Il ne faut jamais rien refuser à personne, quand même cela nous coûterait beaucoup de peine, Pensez que c'est Jésus qui vous demande ce petit service; comme alors vous le rendrez avec empressement, et avec un visage toujours aimable!.»

 

Dans sa grande charité, elle excusait toujours celles qui pouvaient lui faire de la peine, jugeant bien leurs intentions. Les attentions de sa charité se portaient d'une manière spéciale sur les soeurs qui pouvaient lui donner quelque sujet de peine. Un jour je lui fis cette question: « Comment se fait-il que vous soyiez toujours souriante quand ma soeur *** vous parle? pourtant elle n'a rien qui puisse vous attirer, puisqu'elle vous fait toujours souffrir.» Elle me répondit: « C'est justement ce qui fait que je l'aime et que je lui témoigne tant d'affection; comment prouverais-je mon amour à Jésus si j'agissais autrement avec celles qui [622r] me font souffrir?.» Une postulante converse accusa la Servante de Dieu et moi-même d'avoir fait des démarches auprès de notre mère prieure pour la faire renvoyer du monastère, ce qui était tout à fait faux. Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus me dit: « Prions beaucoup pour elle, montrons-lui beaucoup d'affection et rendons-lui service. Ainsi, elle n'aura plus de peine et verra qu'elle s'est trompée.»

Mais je dois rendre un témoignage tout particulier et personnel des procédés dont la Servante de Dieu a usé à mon égard. Elle fut pour moi d'une bonté et d'une charité qui ne peut se dire; ce n'est qu'au ciel que l'on saura tout le bien qu'elle m'a fait et jusqu'où elle a poussé le dévouement à mon égard. Cependant, je la faisais beaucoup souffrir à cause de mon caractère difficile; mais je puis dire en toute vérité qu'elle conserva toujours la même douceur, la même égalité de caractère; je dirai plutôt que plus je la faisais souffrir, plus il me semblait la voir redoubler de prévenances et d'attentions. Elle ne me repoussa jamais, malgré la fréquence de mes visites; je n'ai jamais remarqué le moindre ennui de me recevoir. Ses admirables vertus faisaient que je l'aimais beaucoup; parfois, cependant, j'en éprouvais quelque jalousie, et parce qu'elle me reprenait de mes défauts, il [622v] m'arrivait quelquefois de me fâcher; alors je m'éloignais d'elle et ne voulais plus lui parler. Mais dans sa grande charité, elle me recherchait toujours pour faire du bien à mon âme, et, par sa douceur, elle parvenait toujours à me gagner. Un jour que j'étais mécontente, je lui dis des choses qui devaient lui faire beaucoup de peine; mais elle n'en laissa rien paraître et me parla avec calme et bonté, me suppliant avec instances de l'aider dans un certain travail. Je me rendis à sa demande, mais en murmurant, parce que cela me dérangeait beaucoup. L'idée me vint alors de voir jusqu'où elle saurait pousser la patience, et pour exercer sa vertu, j'affectai de ne pas répondre à ce qu'elle me disait; mais je ne pus réussir à vaincre sa douceur et je finis par lui demander pardon de ma conduite. Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus ne me fit aucun reproche, ne me dit aucune parole mortifiante, et tout en me montrant mes torts, elle m'encouragea à être plus douce quand il s'agit de rendre service. Je n'en revenais pas de voir avec quelle charité elle me traitait. Bien souvent je me suis demandé quel intérêt elle pouvait bien trouver à s'intéresser ainsi à une pauvre petite soeur converse. Pourtant, je ne saurais [623r] dire combien était grand le dévouement qu'elle portait à mon âme.

 

SUR LA PRUDENCE,. - La prudence de la Servante de Dieu m'a paru très grande, surtout dans la manière dont elle formait les novices. D'une manière générale, je puis dire qu'elle étudiait avec un soin particulier ce que le bon Dieu demandait de chacune de nous; son attention était toujours en éveil pour observer les moindres fautes. Parfois j'étais étonnée qu'elle y vit si clair; rien ne lui échappait. Elle reprenait avec beaucoup de douceur, mais aussi avec une grande fermeté; jamais elle ne cédait à nos défauts ni ne revenait sur une chose dite. A tout prix il fallait faire ce qu'elle disait et travailler à vaincre sa nature. Mais je dois rendre un témoignage spécial de la prudence avec laquelle elle me dirigea personnellement. Malgré qu'elle fût de huit ans plus jeune que moi, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus fut toujours mon soutien, mon ange consolateur et mon guide dans mes tentations et dans les difficultés que j'ai eues à traverser. Voyant que les avis qu'elle me donnait me faisaient tant de bien, notre mère prieure me permettait, pendant le temps de ma retraite, de passer avec elle les récréations. Elle savait si bien élever mon âme vers les choses divines! [623v] Rien de terrestre ne venait se mêler à nos conversations; elles étaient toutes du ciel; elle ne me parlait que de l'amour de Jésus et des âmes qu'elle voulait sauver. Elle me confiait aussi ses grands désirs de perfection et de sainteté. Tout ce qu'elle me disait était si beau que j'étais toute embaumée du parfum de sa vertu.

Son zèle à mon égard, comme à l'égard des autres novices, était très pur et très désintéressé. Elle ne craignait pas de nous mécontenter et de se priver ainsi de la popularité et des témoignages d'affection que lui aurait attirés peut-être une conduite plus faible en face de nos défauts. Bien souvent, si j'avais suivi ma nature, j'aurais évité d'aller en direction avec la Servante de Dieu, sachant bien que mes défauts me seraient découverts, mais sa sainteté m'attirait si fort que j'y

 

TÉMOIN 15: Marthe de Jésus O.C.D.

 

allais presque malgré moi. Je vais rapporter quelques-uns des avis qu'elle me donnait et qui montrent comme elle était prudente et éclairée dans les voies de Dieu: « Plus les sacrifices vous coûtent - me disait-elle - plus vous devez les faire avec joie; soyez vigilante afin de n'en laisser échapper aucun; si vous pouviez connaître le prix que vaut, aux yeux de Jésus, un petit acte de renoncement, [624r] vous les rechercheriez comme l'avare recherche des trésors.»

Pendant une retraite, elle me mit par écrit des conseils dont voici quelques passages: « Ne craignez pas de dire à Jésus que vous l'aimez, même sans le sentir: c'est le moyen de forcer Jésus à vous secourir... C'est une grande épreuve de voir tout en noir, mais cela ne dépend pas de vous complètement; faites ce que vous pourrez; détachez votre coeur des soucis de la terre et surtout des créatures, puis soyez sûre que Jésus fera le reste... Ensemble faisons plaisir à Jésus, sauvons-lui des âmes par nos sacrifices... Surtout soyons petites, si petites que tout le monde puisse nous fouler aux pieds, sans même que nous ayons l'air de le sentir et d'en souffrir » - LT 241 - Elle me composa aussi plusieurs formules de prières, dont voici un extrait: « 0 Dieu caché dans la prison du tabernacle, c'est avec bonheur que je viens chaque soir près de Vous, afin de vous remercier des grâces que Vous m'avez accordées, et implorer mon pardon pour les fautes que j'ai commises pendant la journée qui vient de s'écouler. 0 Jésus, que je serais heureuse, si j'avais été bien fidèle; mais hélas! souvent, le soir, je suis triste, car je sens que j'aurais pu mieux répondre à vos grâces. Si j'étais plus unie à Vous, [624v] plus charitable pour mes soeurs, plus humble, plus mortifiée, j'aurais moins de peine à m'entretenir avec Vous dans l'oraison. Cependant, ô mon Dieu, loin de me décourager par la vue de mes misères, je viens à Vous avec confiance, me souvenant que ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin du médecin, mais les malades... Je Vous supplie, ô mon divin Epoux, d'être vous-même le Réparateur de mon âme... Demain, avec le secours de votre grâce, je recommencerai une vie nouvelle, dont chaque instant sera un acte d'amour et de renoncement.» - Pri 7 -

Quand je lui disais mes griefs à l'égard des soeurs, elle se gardait bien de me donner raison ou de dire comme moi; au contraire, elle excusait celles dont j'avais à me plaindre et me montrait leur vertu. Elle était aussi très discrète: je pouvais tout lui confier, même mes pensées les plus intimes. Je n'avais rien à craindre, jamais elle n'en répétait un seul mot, même dans ses conversations avec ses trois soeurs. Enfin la sagesse de ses conseils, son esprit surnaturel et son désintéressement héroïque en face du devoir se montrent trop dans une circonstance de ma vie, pour que j'omette de la rapporter, bien que la chose soit assez délicate. Je regarde les conseils qu'elle me donna [695r] alors, comme une des plus grandes grâces de ma vie religieuse. C'était deux ans après ma profession; soeur Thérèse de l’Enfant Jésus n'avait pas encore dix-neuf ans. Elle avait remarqué quelque chose de trop naturel dans mon assiduité auprès de notre mère prieure Marie de Gonzague. Etant donné les dispositions quelque peu ombrageuses de mère Marie de Gonzague à l'égard de la Servante de Dieu, son intervention à l'encontre de ces relations pouvait lui attirer de très grands ennuis. Elle n'hésita pas pourtant à faire tout son devoir pour le bien de mon âme. Le 8 décembre 1892, elle vint donc me chercher avant la messe disant qu'elle avait besoin de me parler. Je me rends donc chez elle toute heureuse. Elle savait si bien m'entretenir du bon Dieu que j'éprouvais une vraie joie quand j'étais en sa compagnie. Mais en entrant dans sa cellule je m'aperçus qu'elle n'était plus la même: elle paraissait triste; elle me fit asseoir près d'elle, m'embrassa, ce qu'elle ne faisait jamais, et me témoigna une si grande affection que je me demandais ce que tout cela voulait dire. Enfin elle me dit: « Il y a bien longtemps que je voulais vous ouvrir mon coeur; mais le moment n'était pas venu. Aujourd'hui le bon Dieu m' a fait sentir que je devais parler et vous dire tout ce qui en vous déplaît à Jésus: l'affection [625v] que vous avez pour votre mère prieure est trop naturelle, elle fait beaucoup de mal à votre âme, parce que vous l'aimez avec passion, et ces affections-là déplaisent au bon Dieu: elles sont un poison pour les âmes religieuses. Ce n'est pas pour satisfaire votre nature que vous êtes venue au Carmel, mais pour vous mortifier et mourir à vous-même; s'il en était autrement vous eûssiez mieux fait de rester dans le monde que de venir en communauté pour perdre votre âme.» Après avoir entendu ces choses et d'autres fort dures, qui me firent beaucoup de peine, je fus obligée de reconnaître qu'elle disait vrai. Alors mes yeux s'ouvrirent et je vis combien j'étais éloignée de la perfection que me demandait ma vocation de carmélite. Que serais-je devenue sans la protection de mon angélique maîtresse! Ce qui me frappa aussi dans cette circonstance fut son parfait désintéressement pour faire du bien à mon âme. Voici ce qu'elle me dit à ce sujet: « Si notre mère s'aperçoit que vous avez pleuré et vous demande qui vous a fait de la peine, vous pouvez bien, si vous le voulez, lui raconter tout ce que je viens de vous dire: je préfère être mal vue d'elle et qu'elle me renvoie du monastère si [626r] elle le veut, plutôt que de manquer à mon devoir » - MSC 20,2-21,2 - Dans cette affaire, la Servante de Dieu voulait seulement que mon affection pour notre mère fût bien pure; elle ne faisait pas cela pour m'éloigner d'elle: oh! non, ce n'était pas sa pensée, car un jour que je reçus mal une observation que m'avait faite cette même prieure, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus me reprit sévèrement et me dit: « Vous ne voyez pas assez le bon Dieu en ceux qui vous commandent, vous manquez d'esprit de foi.»

 

TÉMOIN 15: Marthe de Jésus O.C.D.

 

[Suite de la réponse à la vingt-et-unième demande]:

[626v] SUR LA VERTU DE FORCE. - Le courage de la Servante de Dieu dans la pratique de la vertu me faisait désespérer de pouvoir l'imiter. Par exemple, quand elle souffrait et avait de la peine, c'était alors qu'elle paraissait plus joyeuse que de coutume, souriant à tout le monde et évitant de manifester ses préférences. Elle avait toujours la même égalité d'âme; son caractère resta toujours calme et bienveillant; dans les grandes souffrances qu'elle a endurées, elle ne laisse jamais rien paraître à l'extérieur. Par mortification, elle ne s'appuyait jamais lorsqu'elle était assise, même dans les moments où elle était le plus fatiguée et qu'elle ne pouvait plus qu'à grand-peine se traîner; mais son amour passionné pour la souffrance et la mortification faisait que jamais elle ne se plaignait de rien.

 

SUR LA TEMPERANCE. - La Servante de Dieu était très mortifiée en toutes choses. A la cuisine, ne sachant à qui donner les restes, on les servait toujours à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, sachant bien qu'il n'allait rien en revenir; aussi était-il bien difficile de savoir ses goûts, ce qu'elle aimait ou n'aimait pas. Ce n'est que pendant sa dernière maladie qu'elle [627r] avoua que chaque fois qu'elle mangeait de certains aliments, elle était malade. Sa démarche indiquait aussi une grande mortification et un grand empire sur elle-même. Elle était modeste, recueillie, les yeux toujours baissés, ne cherchant à rien voir ni savoir de ce qui se passait autour d'elle, ne s'occupant jamais de ce qui ne la regardait pas. Elle ne donnait en rien son avis, à moins qu'on ne le lui demandât. Voyait-elle plusieurs soeurs causant ensemble? elle passait droit son chemin, sans s'informer curieusement de l'objet de leur conversation; et elle nous engageait à tenir la même conduite: « Quand vous voyez plusieurs soeurs parler ensemble - nous disait-elle - ne vous y arrêtez pas: cela n'est pas de la mortification.» Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus était surtout admirablement fidèle à mortifier ses affections intérieures. Comme maîtresse des novices, j'ai remarqué qu'elle ne faisait jamais rien pour s'attirer nos coeurs. Elle nous aimait toutes beaucoup, mais avec désintéressement et sans recherche d'elle-même, ne laissant voir de préférence pour aucune.

Cette admirable mortification du coeur s'est manifestée d'une façon très remarquable dans la manière dont elle se comportait à l'égard de ses soeurs selon la nature, religieuses [627v] du même monastère, c'est-à-dire mère Agnès de Jésus, soeur Marie du Sacré Coeur et soeur Geneviève de Sainte Thérèse. J'ai remarqué que quand mère Agnès de Jésus était prieure, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus se privait d'aller chez elle. Je savais qu'elle en souffrait beaucoup, car elle était très aimante et très attachée surtout à cette soeur (Pauline) qui lui avait servi de mère; mais elle faisait cela par vertu, pour ne rien accorder à la nature. Un jour, soeur Thérèse de l'Enfant Jésus et moi-même fûmes témoin ensemble d'une grande peine faite à mère Agnès de Jésus, alors prieure. Je lui dis: « Comme vous devez souffrir de la façon avec laquelle on traite notre mère, qui est votre propre soeur! » « Oui, j'ai bien de la peine - me répondit-elle parce que c'est Jésus qui est offensé dans l'autorité, mais j'aurais tout autant de peine, si c'était une autre qui fût prieure. Quant à mère Agnès de Jésus, les souffrances qu'elle endure servent à augmenter ses mérites pour le ciel.» Ainsi en était-il de son attitude envers ses deux autres soeurs. Un jour que nous étions en licence, c'est-à-dire que nous avions la permission de parler, j'évitai d'aller la trouver. Elle m'en demanda la raison; je lui dis que je voulais lui laisser la consolation de passer son temps avec ses soeurs: « Oh! que vous me [628r] faites de peine - me dit-elle - comment pouvez-vous penser que je goûte plus de bonheur à parler avec mes soeurs qu'avec les autres? Maintenant que je suis au Carmel, je ne dois avoir de préférence pour personne: cela ne m'empêche pas d'aimer beaucoup mes soeurs; mais l'amour que j'ai pour elles doit être pur et désintéressé.» Un autre jour, j'avais une forte tentation contre une de ses soeurs; je me gardais bien de le dire à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, dans la crainte de lui causer de la peine. Mais, quelle ne fut pas ma surprise de l'entendre me dire: « Ma soeur * * * vous donne beaucoup de combats, elle est pour vous un sujet de souffrance: pourquoi me cachez-vous les tentations que vous avez contre mes soeurs? Ne craignez pas de me le dire, je ne m'arrête plus à rien ici-bas. Ce qui me fait de la peine, c'est seulement l'offense du bon Dieu.» Depuis ce jour, je ne lui cachai plus rien, et je n'eus jamais à regretter de m'être ouverte à elle, car rien de ce que je lui confiai n'était jamais dévoilé. J'ai remarqué aussi que la Servante de Dieu recherchait plutôt les religieuses dont le caractère pouvait la faire souffrir. Elle demanda même d'être dans un emploi avec une soeur précisément parce qu'elle devait lui donner beaucoup de peine.

 

628v] SUR L'OBÉISSANCE. - La Servante de Dieu accomplissait exactement ce que demandaient les supérieures, sans jamais se permettre aucune réflexion et sans juger jamais leur conduite ni leur façon d'agir. Pendant son noviciat et toute sa vie religieuse, elle fut pour moi sur ce point, comme sur les autres, d'une grande édification. Je n'avais qu'à la regarder agir, pour savoir ce que je devais faire. Elle était d'une parfaite régularité. Dès le premier son de la cloche, elle quittait immédiatement tout ouvrage, sans achever la plus petite chose, ne fut-ce qu'un point. D'une très grande fidélité à garder le silence, jamais elle ne [se] serait permis un mot dans les lieux réguliers, ni pendant le temps du silence.

 

SUR LA PAUVRETÉ. - Jamais je ne vis soeur Thérèse de l’Enfant Jésus perdre un instant. Elle était avare de son temps, toujours occupée et trouvant moyen d'utiliser les plus petits moments libres. Les alpargates (espèce de sandales dont se servent les carmélites) trouvées après la mort de la Servante de Dieu, montrent combien elle aimait la pauvreté. Elles étaient tel-[629r]lement usées et raccommodées que pas une soeur dans la communauté n'aurait voulu les porter. Aussi, combien je regrette de les avoir brûlées: on aurait pu juger jusqu'à quel point elle pratiquait la pauvreté, et cela servirait

 

TÉMOIN 15: Marthe de Jésus O.C.D.

 

d'exemple à celles qui ne l'ont pas connue et qui ne sont pas obligées de croire tout ce qu'on leur en dit. Je puis dire que je n'ai jamais vu une religieuse pratiquer la pauvreté à un tel degré de perfection. Une soeur m'a dit que ce qui l'avait toujours édifiée en soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, c'était sa parfaite régularité en toute chose, sa mortification et aussi son grand esprit de pauvreté. Elle m'a rapporté que la Servante de Dieu lui avait demandé comme une grâce de lui donner le linge le plus vieux et le plus reprisé. Voyant que cela lui faisait tant de plaisir, elle lui donna en effet de préférence le linge le plus usé. C'est ma soeur Saint Jean Baptiste, lingère, qui m'a rapporté ce détail.

 

SUR L'HUMILITÉ. - Tout ce que la Servante de Dieu désirait, c'était de rester dans l'obscurité et l'oubli, que personne ne fit attention à elle et qu'on la considérât comme la dernière de la communauté. Les travaux les plus pénibles, les plus humiliants, c'était ceux [629v] qu'elle choisissait de préférence. Faisant allusion à ma condition de soeur converse, « que j'envie votre sort - me disait-elle - vous qui avez tant d'occasions de vous dévouer, de vous sacrifier pour l'amour de Jésus.» Quand on reprenait la Servante de Dieu, jamais elle ne s'excusait. Je puis dire en toute vérité qu’au noviciat, quand notre maîtresse lui faisait un reproche, même immérité, elle ne disait rien pour se justifier. Elle me donna un jour ce conseil: « Pour faire plaisir à Jésus, il faut que nous restions bien humbles, bien petites, que personne ne fasse attention à nous... Restons toujours de tout petits enfants, tels que Notre Seigneur le désire. Ne nous a-t-il pas dit dans l'Evangile - *Mc.10, 14 - que le royaume des cieux est pour les petits enfants et ceux qui leur ressemblent?.» Un jour qu'elle paraissait toute radieuse après une conversation avec une de nos soeurs, je lui dis: « Qu'a-t-elle donc pu vous dire qui vous donne tant de joie?.» « C'est - me répondit-elle - qu'elle m'a dit mes vérités et m'a montré combien je suis imparfaite... Oh! qu'elle m'a fait de plaisir de me dire ainsi tout ce qu'elle pensait de moi; c'est si bon et si rare de s'entendre dire ses vérités. Généralement, cela ne plaît guère; mais pour moi c'est le sujet d'une grande joie.»

 

[630r] Je vais terminer ce que j'ai à dire de son humilité, en citant quelques passages d'une prière qu'elle avait composée pour moi: « Je veux, ô Jésus, m'abaisser humblement et soumettre ma volonté à celle de mes soeurs, ne les contredisant en rien, et sans rechercher si elles ont ou non le droit de me reprendre. Personne, ô mon Bien-Aimé, n'avait ce droit envers Vous, et cependant Vous avez obéi, non seulement à la Sainte Vierge et à Saint Joseph, mais encore à vos bourreaux. Maintenant, c'est dans l'Hostie que je Vous vois mettre le comble à vos anéantissements... Pour m'enseigner l'humilité, Vous ne pouvez vous abaisser davantage; aussi je veux, afin de répondre à votre amour, désirer que mes soeurs me mettent toujours à la dernière place, et bien me persuader que cette place est la mienne. Je Vous supplie, mon divin Jésus, de m'envoyer une humiliation chaque fois que j'essaierai de m'élever au-dessus des autres... Mais, Seigneur, ma faiblesse vous est connue: chaque matin je prends la résolution de pratiquer l'humilité, et le soir je reconnais que j'ai commis bien des fautes d'orgueil. Je veux donc, ô mon Dieu, fonder sur Vous seul mes espérances. Puisque Vous pouvez tout, daignez faire naître en mon âme la vertu que je désire » - PRI 20 -

 

[630v] [Réponse à la vingt-deuxième demande]:

J'avais une grande peine d'âme et je me gardais bien de faire connaître ma souffrance à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Je faisais tout pour éviter sa rencontre; mais je fus envoyée chez elle pour faire une commission. Pour qu'elle ne s'aperçut pas de ma souffrance, j'affectai de paraître très gaie. Mais quelle ne fut pas ma surprise de l'entendre dire, après qu'elle m'eût observée pendant quelques instants: « Vous avez de la peine, pourquoi ne voulez-vous pas me le dire? » - MSC 26,1 - . Ce n'était pas la première fois que soeur Thérèse de l’Enfant Jésus me révélait ce qui se passait dans mon âme. En plusieurs circonstances elle m'a dit des choses qu'il lui était impossible de savoir, si elle n'avait été inspirée du bon Dieu.

 

[Réponse à la vingt-troisième demande]:

Toutes les novices qui approchaient comme moi de la Servante de Dieu et la connaissaient intimement, admiraient et proclamaient sa haute sainteté. Pour les religieuses, qui l'observaient moins, elle pouvait passer inaperçue à cause de sa vie cachée.

 

[631r] [Réponse à la vingt-quatrième demande 1:

A cause de mon emploi, j'étais rarement auprès de la Servante de Dieu pendant sa dernière maladie; et je n'en sais que ce que nous ont rapporté les soeurs qui restaient auprès d'elle.

 

Réponse de la vingt-cinquième à la vingt-sixième demande]:

Je ne sais sur ces points que ce qui nous en est raconté au parloir et ce que notre mère nous en rapporte en récréation.

 

[Réponse à la vingt-septième demande]:

Ce que notre mère nous rapporte en récréation des lettres qu'elle reçoit, montre avec évidence que le renom de sainteté de la Servante de Dieu est répandu dans le monde entier. J'ai été chargée spécialement de préparer de petites images sur lesquelles doit être attaché quelque petit souvenir de la Servante de Dieu. J'en ai arrangé 23.000 dans le cours d'une année, et je sais qu'on n'a pas pu répondre à toutes les demandes.

 

[631v] [A la vingt-huitième demande, le témoin répond ne rien savoir].

 

[Réponse à la vingt-neuvième demande]:

Depuis plusieurs années, une soeur converse (soeur Saint Vincent de Paul, morte depuis, vers l'année 1905) avait

 

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une sorte d'anémie cérébrale: « elle ne pouvait plus penser », nous disait-elle souvent. Or, le jour même de la mort de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, elle vint lui baiser les pieds, en lui demandant de la guérir de son infirmité; ce qui lui fut accordé le jour même. Vers la fin d'octobre 1908, je me rendis à la lingerie, pressée de faire un acte de charité. En passant sous le cloître, près de la statue de l’Enfant Jésus, je fus pénétrée par une odeur très suave de l'héliotrope. Je passai mon chemin sans y faire plus d'attention; mais en redescendant, le même parfum se renouvela avec tant de force que je crus qu'il y avait une quantité de ces fleurs. Je cherchai à l'oratoire de l’Enfant Jésus et aux environs, mais sans rien trouver. J'avertis alors notre mère (mère Marie Ange) qui vint près de la statue et éprouva la même impression. Elle attribua sans hésiter ce fait prodigieux à soeur [632r] Thérèse de l’Enfant Jésus, et aussitôt que cette pensée lui vint, le délicieux parfum s'évanouit. Il est à noter que c'était alors la première fois que ce phénomène des parfums se produisait dans la communauté. La Servante de Dieu était morte depuis onze ans, et pendant ce temps rien ne s'était produit de pareil. Ni moi ni personne ne songions alors à la possibilité de ces manifestations, et l'idée ne me vint pas d'abord de les attribuer à une cause surnaturelle. Depuis, le même fait s'est reproduit pour moi trois ou quatre fois et aussi assez fréquemment pour d'autres de nos soeurs. J'entends rapporter tous les jours des extraits de la correspondance qui relatent des faits miraculeux de guérison, de conversion, d'apparition, etc....

 

[Réponse à la trentième demande]:

J'ai dit tout ce que je savais.

 

[632v] [Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Témoin j'ai déposé comme ci-dessus, selon la vérité, je le ratifie et le confirme.

Signatum: Soeur MARTHE DE JÉSUS