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Témoin 17 - Aimée de Jésus O.C.D.

TEMOIN XVII (I D'OFFICE)

AIMÉE DE JÉSUS ET DU COEUR DE MARIE, O.C.D.

Ce témoin, comme le précédent, l’Abbé Ducellier, faisait partie des témoins d'office au Procès Ordinaire.

On sait que Aimée de Jésus (Léopol­dine Féron), née le 24 janvier 1851 à Anneville‑en‑Saire (diocèse de Coutan­ces), entrée au Carmel de Lisieux le 13 octobre 1871 où elle mourut le 7 jan­vier 1930, n'eut jamais une grande inti­mité avec Thérèse. Comme elle l'avait relevé au début de sa déposition de 1911 (cfr. I, p. 572), elle le répète dans son nouveau témoignage (p. 1043), bien qu'elle n'y dise plus—comme la pre­mière fois—avoir été « un des instru­ments dont Dieu s'est servi pour la sanc­tifier.» Soeur Aimée n'était pas favo­rable à ce que quatre soeurs vivent en­semble dans le même monastère. C'est pourquoi elle s'opposa de toutes ses for­ces à l'entrée de Céline, changeant en­suite d'avis d'une manière mystérieuse, donnant ainsi à Thérèse, au nom de Dieu, la « réponse » qu'elle en attendait pour savoir si son père Louis Stanislas était allé tout droit au ciel (cfr. MA « A » 82v).

Ce fait donne une valeur particulière au témoignage: « J'ai remarqué que ses soeurs suivant la nature avaient pour elle de grandes attentions; mais elle, de son côté, était parfaitement détachée de ces liens de famille » (p. 1045).

Le témoin s'attarde surtout — dans sa déposition si brève—sur la réputa­tion de sainteté de Thérèse et sur les grâces attribuées à son intercession. Il est émouvant de l'entendre exprimer sa reconnaissance envers la Servante de Dieu pour les bienfaits que, du ciel, elle réserve à elle‑même et à sa famille.

Le témoin déposa le 8 février 1916, au cours de la 55ème session, pp.1043-­1051 de notre Copie publique.

 

[Session 55: ‑ 8 février 1916, à 8h.30]

 

[1043] [Le témoin répond correctement à la première demande]

 [Réponse à la deuxième demande]:

Je m'appelle Léopoldine Féron, née à Anneville, diocèse de Coutances, le 24 Janvier 1851, de Ambroise‑Auguste Fé­ron, cultivateur et de Cécile Enault. Je suis entrée au Carmel le 13 octobre 1871 et j'y ai [fait] profession le 8 mai 1873, sous le nom de soeur Aimée de Jésus.

 

 [Le témoin répond correc­tement de la troisième à la cinquième de­mande inclusivement].

 

 [Réponse à la sixième demande]:

Je suis très libre dans ma déposition je n'ai subi aucune influence.

 

 [Réponse à la septième demande]:

J'étais déjà professe au Carmel, lors­que soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus y entra. Quoique je n'aie pas eu avec elle des rapports d'une intimité spéciale, j'ai pourtant partagé sa vie de religieuse pen­dant tout le temps qu'elle a vécu au Car­mel. Pour ce qui est des années qui ont précédé son entrée au Carmel, je ne sais que ce que j'ai entendu rapporter par ses soeurs qui sont aussi carmélites dans ce monastère.

 

 [Réponse à la huitième demande]:  

J‘ai une très sincère dévotion pour la Servante de [1044] Dieu; je l'invoque tous les jours et je crois même qu'elle a accordé à ma famille une protection très sensible. Je demande tous les jours que sa béatification réussisse pour la gloire du bon Dieu et aussi pour la gloire du Car­mel.

 

 [Réponse de la neuvième à la onzième demande inclusivement]:

Sur les premières années de la Servante de Dieu, je ne sais que ce que j'ai enten­du raconter par ses soeurs qui ont pu rendre témoignage directement.

 

 [Répon­se à la douzième demande]:

Ma soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus est entrée au Carmel le 9 avril 1888, à 15 ans et trois mois; elle a pris l'habit le 10 janvier 1889; elle a fait profession le 8 septembre 1890 à 17 ans et 8 mois; elle a pris le voile le 24 septembre de la même année. Elle est morte au Car­mel le 30 septembre 1897, à l'âge de 24 ans et 9 mois.

Au cours de sa vie religieuse, elle a rempli les emplois de sacristine et de por­tière. Elle a été aussi chargée, pendant plusieurs années, de la formation des novices.

 

 [Répon­se à la treizième demande]:

Jamais je n'ai vu soeur Thérèse man­quer en rien à ses devoirs de chrétienne et de religieuse.

 

[Réponse à la quatorzième demande]:

 [1045] La Servante de Dieu était non seulement fidèle à pratiquer les vertus

 

TÉMOIN 17 (I D'OFFICE): Aimée de Jésus O.C.D.

 

chrétiennes, mais elle était très attentive à saisir toutes les occasions d'exercer ces différentes vertus.

 

 [Réponse de la quinzième à la quarante‑sixième demande inclusive­ment]:

Ce qui m'a frappé particulièrement dans la vie de la Servante de Dieu c'est son humilité et sa modestie. Elle a su passer inaperçue et tenir cachés les grâ­ces et les dons qu'elle recevait de Dieu et que beaucoup n'ont connus, comme moi, qu'après sa mort.

J'ai remarqué que ses soeurs suivant la nature avaient pour elle de grandes attentions; mais elle, de son côté, était parfaitement détachée de ces liens de fa­mille: une fois seulement elle m'a pa­ru vivement affectée d'une peine qui é­tait arrivée à une de ses soeurs; mais c'est à peine une imperfection et peut‑être même que Dieu ne l'a pas jugée telle. Ja­mais je n'ai remarqué qu'elle ait manqué, même en paroles, à la charité envers au­cune de ses soeurs en religion.

 

Une de nos soeurs m'a rapporté qu'elle avait été très édifiée de la grande hu­milité avec laquelle elle supporta un re­proche que cette soeur lui adressait à l'oc­casion de la manière dont elle disposait des fleurs envoyées par un ouvrier, au­tour du cercueil de notre mère Geneviève.

 

 [Ré­ponse à la quarante‑septième demande]:

[1046] J'ai toujours pensé que la vertu de soeur Thérèse pouvait être égalée à celle de notre mère Geneviève, la vénérée fondatrice de notre communauté de Li­sieux. Elle était vraiment sa fille par son humilité et sa charité. C'est dire que sa vertu m'a toujours paru héroïque et au dessus de la mesure commune.

 

 [Ré­ponse à la quarante‑huitième demande]:

Soeur Thérèse, même dès son entrée à 15 ans, parut très judicieuse et très pru­dente en toutes choses. Il n'y avait rien d'indiscret dans sa manière de pratiquer les vertus.

 

 [Ré­ponse à la quarante‑neuvième demande]:

Je n'ai pas eu connaissance que pen­dant sa vie elle ait été l'objet de ces dons extraordinaires.

 

 [Réponse à la cinquantième demande]:

Il n'est pas à ma connaissance que pen­dant sa vie elle ait fait aucun miracle.

 

 [Réponse à la cinquante‑et‑unième demande]:

Je n'ai connu les écrits de la Servante de Dieu que lorsqu'ils ont été imprimés après sa mort. Je ne suis pas capable de les apprécier au point de vue théologi­que. Je crois son histoire écrite par elle-même très sincère et très vraie. Il est vrai qu'elle s'y révèle avec un charme plus entraînant que je ne l'avais obser­vé pendant sa vie; mais cela est à la louan­ge de son humilité en montrant [1049] comment elle tenait ses vertus cachées.

 

 [Répon­se à la cinquante‑deuxième demande]:

J'ai peu vu la Servante de Dieu dans les derniers mois de sa vie, car j'ai quit­té l'emploi d'infirmière au début de sa maladie.

Une seule fois j'ai eu la joie d'appro­cher d'elle pour aider à la changer de lit. Alors elle ne pouvait plus parler, mais elle me remercia par un regard céleste et si plein de reconnaissance et d'affection que j'en garde le souvenir comme un gage de sa protection.

Pendant ses vives souffrances, son vi­sage gardait une expression angélique de bonheur,

 

 [Répon­se à la cinquante‑troisième demande]:

Je n'ai rien remarqué de particulier lors de ses funérailles, sinon un concours très nombreux de fidèles.

 

 [Réponse aux cinquante‑quatrième et cinquan­te‑cinquième demandes]:

Je ne sais que par ouï‑dire comment est disposé le tombeau de la Servante de Dieu, au cimetière de la ville.

 

 [Répon­se à la cinquante‑sixième demande]:

Le concours des pèlerins au tombeau de la Servante de Dieu m'est connu par les visites du parloir et par ce que nous en rapportent les soeurs tourières et no­tre mère prieure. De tous ces témoigna­ges il est évident que les pèlerins sont très nombreux et qu'ils viennent au cimetière non par curiosité, mais par un sentiment de religion [1048] et de confiance.

 

 [Répon­se à la cinquante‑septième demande]:

Du vivant de la Servante de Dieu, mê­me à l'époque de sa profession, mais sur­tout dans les derniers temps de sa vie, on la regardait dans la communauté com­me une petite sainte. Cette opinion était générale parmi nous. Nous ne pensions pas sans doute, alors, à toutes les mer­veilles qui sont arrivées depuis, mais nous la regardions comme une petite âme ex­ceptionnellement privilégiée du bon Dieu.

Depuis sa mort, tout le monde, dans la communauté, est dans l'admiration des grâces de toute sorte qu'on obtient par son intercession et personne ne doute que ce ne soit vraiment une sainte.

 

 [Ré­ponse à la cinquante‑huitième demande]:

Je ne sais pas ce qui se passe dans le monde; mais ici personne n'a le moindre doute sur la sainteté et la puissance d'in­tercession de la Servante de Dieu. Pen­dant sa vie, bien qu'elle ne fût pas é­galement connue et appréciée de toutes, celles mêmes qui la connaissaient moins l'estimaient encore beaucoup.

 

 [Réponse de la cinquante-neuvième à la soixante‑cinquième demande inclusivement]:

Notre mère prieure reçoit tous les jours de nombreuses lettres où on relate des grâces extraordinaires obtenues par l'in­tercession de la Servante de Dieu. Beau­coup de [1049] soldats, en particulier, se disent redevables à son invocation, de pré­servation miraculeuse dans les plus grands dangers ou de guérison inattendue de bles­sures qui paraissaient mortelles. (Ici le té­moin fait passer au tribunal plusieurs let­tres contenant des relations de ce genre. Dans l'une il est question de la cessation subite d'une hémorragie consécutive à la section de l'artère humérale: c'est un té­moignage entre mille autres). Le témoin continue comme il suit:

J'ai à signaler trois faveurs miraculeu­ses dont ont été l'objet des membres de

 

TÉMOIN 17 (I D'OFFICE): Aimée de Jésus O.C.D.

 

ma famille: c'est premièrement la conver­sion inattendue de mon frère Arsène, ob­tenue par l'invocation de la Servante de Dieu, plusieurs mois avant sa mort, a­lors qu'il était éloigné de Dieu depuis de longues années; j'ai relaté cette conver­sion dans ma déposition au Procès de l'Ordinaire.

En second lieu, ma nièce, fille de ce frère converti dont je viens de parler, a obtenu, par l'invocation de la Servante de Dieu, la fécondité de son mariage qui, après quatre années, paraissait stérile. De plus, à l'occasion de la naissance de son enfant, elle fut guérie, dès les premiers jours d'une neuvaine à soeur Thérèse, d'une infection puerpérale qui mettait ses jours en danger.

Enfin, une de mes cousines, soeur Ma­rie‑Jeanne de Chantal, de la Congrégation de Notre‑Dame des Missions, maîtresse des novices en Nouvelle‑Zélande, attri­bue à la protection de soeur Thérèse l'a­mélioration de sa santé compromise par une phtisie pulmonaire que le médecin déclarait des plus graves. Cette cousine religieuse s'est faite [1050] zélatrice de l'invocation de soeur Thérèse. Elle m'é­crit que, dans la mission d'Océanie, où elle travaille, la Servante de Dieu est in­voquée de toutes parts avec la plus en­tière confiance.

 

 [Répon­se à la cinquante‑sixième demande]:

On peut ajouter touchant la réputation de miracles après la mort, que des soldats et des officiers envoient, comme ex‑voto, au Carmel, les décorations gagnées par eux sur le champ de bataille. Je demande la permission de montrer au tribunal une sorte d'encadrement où l'on a disposé plusieurs de ces croix et médailles. (Le tri­bunal examine ce cadre qui renferme sept croix de la légion d'honneur et autant de croix de guerre et de médailles militaires).

 

[ 1051 ] [Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà dé­posé en répondant aux demandes précédentes. ‑ Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce té­moin. Lecture des Actes est donnée. Le té­moin n'y apporte aucune modification et si­gne comme suit]:

Signatum: SOEUR AIMÉE DE JESUS.

J'ai déposé comme ci‑dessus selon la vérité, je le ratifie et je le confirme.