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Sr Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier - septembre 1898 ?

Marie Guérin à Céline Pottier

                                                      J.M.J.T.                                     [septembre ? 98]

+ Jésus

                       Ma chère petite Céline,

Je comptais t’écrire quand j’ai reçu ta lettre. C’est vrai qu’il y a bien longtemps que nous n’avions correspondu ensemble. Mais comme tu le dis fort bien nos prières et nos coeurs étaient en continuelle union. Tu sais que tout ce qui te touche me touche aussi profondément. Tes pensées sont mes pensées, tes joies mes joies, j’ai su tes inquiétudes au sujet de ta gentille Guiguitte. Je t’assure que j’y ai pris une vive part et que mes prières ne t’ont pas fait défaut.

Il ne faut pas me croire indifférente quand je reçois des nouvelles de toi et des tiens, je suis très heureuse. C’est là que consiste le sacrifice de la vie religieuse, c’est de ne pas chercher à contenter son coeur et cela l’aurait grandement contenté de t’écrire, je n’avais qu’à le demander, et il était accordé immédiatement, mais j’ai pensé qu’il valait mieux faire ce petit sacrifice et attendre une lettre de ta part. Je crois ma chère petite Céline que mes petis sacrifices te sont plus utiles que mes lettres, n’est-ce pas que tu comprends cela ? Si tu savais comme quelquefois j’aurais du bonheur à t’écrire quand je sais que tu as quelque ennui… Mais non, j’aime mieux en faire le petit sacrifice par amour pour le bon Dieu. Cependant lorsqu’il s’agit d’une grande peine, d’un grand ennui, oh ! alors je suis la première à t’écrire.

Oh ! comme tu le dis bien notre amitié n’est pas une amitié ordinaire, c’est une amitié d’âme à âme. C’est le bon Dieu qui a uni nos âmes, c’est le bon Dieu qui te fait comprendre tant de choses incompréhensibles à d’autres parce que, comme je te l’ai dit bien des fois, Il a fait choix de ton âme. Il l’aime d’un amour de prédilection, et n’oublie pas qu’Il attend beaucoup de toi parce qu’il t’a beaucoup donné. Il veut que toutes les deux nous nous entr’aidions à devenir des saintes, voilà pourquoi Il a fait sympathiser nos âmes.

Je suis bien contente que papa t’ai fait la petite confidence au sujet de la vie de notre chère petite sainte, il y a bien longtemps que je voulais te le faire, mais au dernier parloir il n’y a pas eu moyen, nous n’avions pas pu nous voir seules. Tu liras dans cette vie de bien belles choses que beaucoup d’âmes dans le monde ne comprendront pas et que toi, ma petite soeur, tu apprécieras. Tu liras que pour être sainte il n’y a qu’une seule voie : l’Amour, faire tout par amour cela conduit à la sainteté, et tu verras qu’il n’est pas nécessaire de sentir cet amour pour le posséder, mais qu’il est nécessaire d’en faire les oeuvres dans une nuit même obscure, quand on se sent bon à rien.

N’oublie pas qu’en ce moment il faut que tu te sanctifies pour deux, et que tu offres encore à Jésus une petite âme que tu élèveras dans son amour et pour son amour. Sois heureuse de ce que le bon Dieu te donne des fleurs tendres et délicates à cultiver. Il te confie de belles fleurs à élever, des fleurs qu’Il chérit, et dans lesquelles il se complaît tellement qu’Il en fait sa demeure, son temple, qu’il les fait à son image. Et ces belles fleurs que tu entoureras de tes soins formeront un jour ta couronne pour une éternité. C’est pourquoi plus elles seront belles, plus elles seront éclatantes de blancheur et plus ta couronne resplendira de beauté. Je suis bien heureuse que tu aies été reçue à la Musse avec affection, je ne doutais pas de cela attendu que je connais tout l’amour que tous les miens vous portent. Tu es leur petite préférée ainsi qu’au Carmel du reste où tu es bien aimée de toute la Communauté qui s’informe souvent de toi et de ton cher petit trésor. Quand il y a longtemps qu’on n’a eu de tes nouvelles on vient me dire à la récréation : Et la gentille petite Guite que devient-elle ? Il faut que je donne des nouvelles de la santé.

Mais tu sais que par-dessus tout tu as une petite soeur qui s’intéresse tendrement à toi. Tu me parles dans ta dernière lettre de mes Parents qui, dis-tu sont des Saints. Cela est vrai j’en conviens, je suis gâtée sous ce rapport mais tu ne sais pas que c’est à cette sainteté là que tu es appelée. C’est à celle-là que je veux que tu arrives, et tu verras qu’un jour à venir tu deviendras comme eux comprenant des choses cachées aux sages du siècle. Tu marches à leur suite aidée par la petite Thérèse, car n’oublie pas qu’en ces derniers jours elle me parlait souvent de sa petite Céline son amie d’enfance. Elle n’oublie pas non plus dans le Ciel toutes tes petites délicatesses pour elle pendant sa maladie, tes fleurs champêtres l’ont fait pleurer de joie et de reconnaissance, aussi au carmel on t’en garde une fidèle reconnaissance pour ces petites délicatesses faites à notre petite soeur.

Je te quitte ma chérie en t’embrassant bien fort ainsi que ma chère petite nièce Guiguite. Voyons, ne suis-je pas sa vraie tante ? mais je comprends très bien pourquoi elle ne m’appelle pas tante Marie, la délicatesse me le dit tout bas.       Ta petite soeur

                                                                                 Marie de l’Eucharistie

                                                                                                   r.c.i.