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Sr Marie de l'Eucharistie à sa mère - 17 juillet 1898

Marie Guérin à sa Mère

                                             J.M.J.T.                                    17 juillet 98

+ Jésus !

                             Ma chère petite Mère,

   Est-ce que ma lettre va te trouver encore dans ton dodo ? J’espère bien que non, le bon air de la Musse va te donner des forces qui vont t’aider à te remettre promptement.

   Nous avons reçu les épreuves ce matin, notre Mère en est très contente, elle fait écrire par Mère Agnès de Jésus les q.q. petites observations qu’elle trouve, je les joins à cette lettre, tu recevras aussi en même temps les épreuves que l’on renvoie à Papa.

   Et les truites ! Ah ! dire le plaisir qu’elles nous ont fait, elles étaient excellentes, j’avais justement dans ma portion une part de la grosse, je l’ai trouvée exquise. Arsène est vraiment bien bon de nous avoir fait ce cadeau, je vais écrire comme tu me le demandes, je ne vais probablement pas avoir le temps aujourd’hui, ce sera dans q.q. jours.

Je suis bien contente de l’invitation faite à Mgr Amette, vous pourrez faire plus ample connaissance, je désirais de tout mon coeur ce dîner. Dis à Papa au sujet de Joseph de Cornière que maintenant il est préférable qu’il le laisse tout seul avec Mgr., qu’il ne s’en occupe plus.

   Que te raconterai-je pour te distraire. Ah ! j’ai une nouvelle à t’apprendre. C’est le décès du postulant que Papa avait envoyé au Carmel avant son départ pour la Musse. Ce postulant si doux, si gentil avant son entrée, a changé de caractère parmi nous, sans doute qu’il n’avait pas vocation, il est devenu malin et méchant, mordant ses frères jusqu’au sang, et jusqu’à la Soeur qui lui apportait à manger. Vu sa méchanceté, le décret de mort a été porté, il a passé au conseil de la Communauté réunie en récréation. Les unes disaient que s’il mordait ses frères c’était signe de vocation, cela prouvait son amour de la solitude et puisque la vie du Carmel est une vie érémitique, cela prouvait en sa faveur, d’autres disaient qu’une des principales vertus que l’on demande aux postulantes, c’est l’amour et le support mutuel et puisque cette vertu lui faisait défaut, il n’avait pas la vocation de rester au Carmel. Ces dernières étant plus nombreuses, le coup de mort a été porté et les pauvres infirmes ont mangé avec plaisir le fameux lapin. J’ai eu bien du mal à consoler la Soeur qui le soignait, elle ne savait comment on pourrait apprendre cette nouvelle à Papa, aussi elle donnerait bien toute sa basse-cour qui se compose de 120 bêtes, pour consoler Papa. Je crois qu’elle attend son retour pour lui faire cadeau de 2 petits pigeons.

   La véritable postulante arrive cette semaine, quant à ma première fille, elle est séparée de son Ange qu’elle aimait passionnément, je vous raconterai un petit trait charmant de notre petite Thérèse à ce sujet, car le coup a été rude.

   Pour Ste Marthe, si tu pouvais, ma petite Mère, me donner, comme l’année dernière, un petit rien pour les Soeurs du voile blanc. Tu te rappelles, c’était une petite pile de livres dans laquelle il y avait une tablette de chocolat, 4 petites surprises dans ce genre leur font tant de plaisir, elles en font cadeau à leurs petits neveux et nièces.

  Je me hâte car on attend ma lettre, mille baisers au grand frère et aux petites Soeurs. Dans ma lettre à Francis, je l’avais chargé d’une grande quantité de baisers à distribuer, et je me suis souvenue que pour lui je n’avais rien dit. Veuillez lui rendre avec usure les baisers qu’il vous a donnés de ma part.

Et pour Papa et maman toutes les tendresses de mon coeur d’enfant.

   Toutes les petites filles envoient toute leur affection. Si vous saviez comme nous vous aimons ; ah ! le dire serait impossible, si vous pouviez savoir le coeur de vos petites filles du Carmel.

                                                               Ta petite fille qui te chérit

                                                              Sr Marie de l’’Eucharistie

                                                                                   r.c.i.

Notre Mère me charge de vous dire mille choses affectueuses