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Sr Marie de l'Eucharistie à son père - 1 ou 2 octobre 1898

 Marie Guérin à son Père

+ Jésus !                              J.M.J.T.                                       [1 ou 2] octobre 1898

                                 Mon cher petit Père,

   J’apprends que tu vas toujours un peu mieux, tu dois comprendre la joie que cela cause au coeur de ta petite fille, joie qu’elle voudrait voir se renouveler tous les jours, si le bon Dieu voulait accéder à son désir !

   D’abord, je vais commencer ma lettre par des remerciements de toutes les bonnes et excellentes choses envoyées par papa et maman, et qui étaient délicieuses. Nous avons grandement fêté. A ce propos, je vais te raconter pour te faire rire un petit incident de la récréation provoqué par mes deux filles. Elles m’ont fait toutes les deux leur déclaration d’amour. Ma dernière, ma Sr Madeleine de Jésus, me dit d’un air profondément convaincu, et qui partait du fond du coeur Pour moi ma chère petite Soeur, vous êtes belle, très belle pour mon coeur. (Il faut te dire que l’on était en train de discourir sur la beauté des âmes) l’autre ma Sr Béatrix de l’Enfant-Jésus, piquée d’honneur, et ne voulant pas que quelqu’un puisse m’aimer plus qu’elle, reprend, en faisant ses gestes oratoires : « Eh ! bien pour moi elle est plus que belle, car c’est l’idéal. Tu comprends l’éclat de rire qui accueillit cette dispute de mes deux filles, ne voulant pas s’entre céder. Du reste, reprend ma Sr Béatrix, non seulement je l’aime, mais j’aime aussi à la folie Mr et Mme Guérin, personne ne peut se figurer l’affection que j’ai pour eux. Il est certain que mes deux filles me donnent bien de la consolation, elles ont pour leur ange une affection vraiment sincère, allant au-devant de ses moindres désirs, et lui rendant tous les services possibles et imaginables. Quand je vois les créatures me prodiguer un peu d’affection, je vois en elles le bon Dieu, mettant une étincelle de l’amour qu’Il a pour moi dans leur coeur, afin de me montrer combien Il m’aime.

   Après, ma Sr Madeleine de Jésus me dit : « J’ai bien fêté l’anniversaire du mariage de votre petite Soeur et en son honneur, j’ai mangé toute ma crème, c’est qu’elle était fameusement bonne. Quant à ma Sr Béatrix de l’Enf. Jésus, elle veut faire de Jeanne sa légataire universelle de musique. Elle a un très beau cahier de chant qu’elle veut lui donner, elle m’a fait cette déclaration tantôt, mais je lui ai défendu de faire cela.

   Je te raconte tout cela, mon cher petit Père, pour t’intéresser et te faire voir, combien vous êtes aimés tous les deux par mes filles.

   Maintenant je vais te faire part de la petite fête du 30 7bre . Ah ! vraiment c’était un jour du ciel. Elle nous a bien prouvé notre chère petite Soeur qu’elle voulait qu’on fête son entrée au Ciel. D’abord le matin, notre Mère comme inspirée du ciel a donné licence à toutes les novices en l’honneur de l’Ange envolé au Ciel, n’était-ce pas gentil ?... Puis au dîner, riz au chocolat, confitures exquises que l’on ne sert que dans les grandes fêtes, liqueur de cassis et bonbons pour fêter la naissance au ciel de la petite Thérèse. Le soir à la collation, un bon godet de vin rouge et à 7 h. du soir chant d’un petit cantique composé par Mère Agnès de Jésus que l’on a été chanter au petit Jésus qu’elle paraît avec tant de bonheur et qui était orné ce jour-là par ma Sr Béatrix de l’Enf. Jésus avec un goût exquis. Je t’envoie la copie. Les postulantes étaient ravies, l’une pleurait, sanglotait de chagrin de ne pas avoir connu celle que l’on fêtait ainsi, elle en était inconsolable, l’autre jubilait de bonheur et disait à notre Mère : « Regardez donc, ma Mère, tous les visages comme ils sont radieux aujourd’hui, il est certain qu’il y a q.q. chose de pas ordinaire aujourd’hui ». Il est un fait certain c’est que pour moi et pour bien d’autres, cette journée a été remplie de joie, de paix. Pour ma part j’ai rarement passé un jour aussi heureux. C’est incroyable aussi de voir les postulantes ainsi protégées par notre petit Ange qu’elles aiment et qu’elle prient avec un amour extraordinaire.

   Je te quitte bien vite mon cher petit Père après ce long journal. Pour clore la journée, délicatesse bien touchante, le vin de Frontignan envoyé par un des petits frères missionnaires de notre petite Thérèse est arrivé ce jour-là au Carmel. N’était-ce pas nous dire que c’était elle qui l’envoyait ?

                                                  Ta petite fille qui te chérit tendrement

                                                     Marie de l’Eucharistie

                                             Qui envoie de bons baisers à son papa et à sa maman

La lettre à l’imprimeur n’était pas envoyée, le livre est resté à 4 fr.