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Sr Marie de l'Eucharistie à son père - 26 septembre 1898

Marie Guérin à son Père                  

                                                  J.M.J.T.                                     26 septembre 1898

+ Jésus

 

                       Mon petit Père chéri ,

   J’ai vu Jeanne ce soir qui ne m’a pas donné de bonnes nouvelles à ton sujet, mais nous nous sommes consolées mutuellement et elle est partie du parloir tout encouragée et fortifiée. Elle se décourage souvent, ma petite soeur, mais aujourd’hui elle nous a fait à Mère Agnès de Jésus et à moi une bonne impression, elle nous en fait toujours mais cette fois-ci nous l’avons trouvée encore plus gentille et ravissante. Elle est dans de bien bonnes dispositions sérieuses et chrétiennes. Ah ! mon cher petit Père que tu es heureux d’avoir une petite fille si sérieuse, quand on en voit de si mondaines, si légères ! Cela devrait te consoler au milieu de tes souffrances, car enfin, c’est vrai, le bon Dieu nous envoie la croix avec la maladie, souffrances du corps pour toi, souffrances du coeur pour tous ceux qui te chérissent si tendrement, mais en réalité nous sommes heureux dans notre petite famille. Tous tes enfants sont gentils à croquer, sérieux, chrétiens, des saints même car ils le deviendront un jour, nous sommes une famille privilégiée quoi ! dont une grande partie s’est donnée au bon Dieu que désire-t-on de mieux, donc ? Tu as un fils dévoué, ton désir était d’avoir un fils prêtre, le bon Dieu t’a donné « un apôtre » car on ne peut pas se le dissimuler, sa mission est belle, fructueuse, et pendant que le grand frère combat dans l’arène pour arracher des âmes à Satan, les petites soeurs sur la montagne du Carmel, prient, souffrent pour ces mêmes âmes. Là où il combat, là elles préparent les voies. Et que dire des parents, le père et la mère qui sont de vrais saints, retracer leurs vertus ne se peut en ce monde. Dans le Ciel nous verrons, nous célèbrerons la gloire de nos parents chéris, nous pourrons contempler la belle moisson d’âmes sauvées par les prières si ferventes et si humbles, les sacrifices de ma chère petite Mère, tous les jours j’apprécie sa sainteté.

Sainteté cachée, humble, qui a le parfum de la violette, qui n’aime pas le bruit, qui ne se fait pas voir au grand jour mais qui n’en existe que plus fortement et qui n’en charme que davantage toute la cour céleste. Et après cela y a-t-il rien d’étonnant que le bon Dieu qui aime tant notre famille ne nous envoie q.q. croix. Ah ! il faut le bénir de ce qu’il nous traite comme ses amis, et surtout le remercier des croix légères qu’Il nous envoie en comparaison des lourdes et pesantes que l’on voit q.q.f. autour de nous. Comme celle de ce pauvre M. Lahaye et tant d’autres qui sont membres de la famille loin du bon Dieu. Quant à mon cher petit Père, je ne retrace pas ses vertus elles me confondent et charment tous ceux qui le connaissent.

   Et le Benjamin, c’est un charmant petit lutin, un petit furet que le bon Dieu aime bien et gâte de même, qui, s’il le veut, est bâti pour donner aussi à Jésus une abondante moisson d’âmes, mais il faut pour cela qu’il soit un fervent petit soldat, bien militant, et qu’il suive de près les exemples de ses parents, et surtout qu’il soit accompagné dans toutes ses campagnes, de leur prières. La prière des parents est très efficace. Il faut qu’il devienne un brave chevalier. Notre Mère me permet de t’envoyer les statuts des novices composés ces jours par elle-même. C’est ma Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus qui certainement a inspiré cette bonne pensée qui va nous faire avancer à grands pas dans la perfection. Nous sommes, comme tu vas le voir des chevaliers de la Vierge Marie, notre chef est notre petit Ange, qui nous avait dit avant de mourir : « Tout ce que vous ferez, vous le ferez passer par mes petites mains pour les donner à la Ste Vierge qui les présentera elle-même à son petit .Jésus » Donc nous guerroyons, chaque jour nous marquons nos défaites sur notre fameuse conscience, ou chapelet de pratiques et nous disons nos manquements tout haut au noviciat. Mais cela commencera en règle le 30 septembre, jusqu’à ce jour nous sommes en chasse c'est-à-dire que nous courrons après toutes sortes de gibier, sortes de sacrifices et notre fameux gibier sera donné à ceux qui ont tant besoin de notre travail pour leur donner la nourriture qui leur est nécessaire. Mais à partir du 30 7bre chaque semaine comme tu vas le voir aura sa destination, une semaine, c’est le silence, une autre la charité, etc. et l’amour avec lequel nous ferons tous nos sacrifices sera pour Jésus soit l’harmonie d’un instrument de musique, soit un doux gazouillement comme le chant des petits oiseaux etc. Tu ne sais pas comme ce nouvel enrôlement nous donne de l’émulation, nous devenons vertueuses et ferventes…

En as-tu assez de mon long babillage, mon cher petit Père. Ah ! si cette longue lettre pouvait donc te donner qq. consolation, un moment de bonheur dans tes journées, que je serais heureuse !

Mais il faut que je termine, Matines vont sonner aussi je te quitte en t’envoyant tout mon coeur ainsi qu’à ma chère petite Mère. Qu’elle ne soit pas triste et qu’elle vienne me voir quand elle voudra. Je préfèrerai peut-être Mercredi car demain je craindrai que le lavage ne soit pas fini. Cependant cela n’a pas d’importance elle peut venir demain Mardi si elle préfère

Tous mes tendres baisers à mon cher petit Père et à ma chère petite Mère

     Ta petite fille chérie Marie de l’Eucharistie.

Prière de renvoyer les Statuts des Chevaliers quand il y aura une occasion ou bien que Maman les rapporte demain de peur qu’on ne les chiffonne. Ils ont été rédigés et faits par la petite Geneviève.

   A la Messe du 30, il n’y aura en fait de solennité que l’harmonium tenu par M. l’Abbé.

Une bonne Soeur du voile blanc a commencé une neuvaine à l’âme du Purgatoire la plus délaissée pour la guérison de Papa. Quand on y pensera envoyer du vin de kola, ce n’est pas pressé.

Quand Maman viendra qu’elle apporte ou qu’elle envoie les six premières feuilles tirées de la Vie. Tout le petit noviciat a fait ce matin la communion pour Papa.