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Sr Marie de l'Eucharistie à son père - fin août 1898

Marie Guérin à son Père                                                         s.d. [fin Août 98 ??]

+ Jésus !                           J.M.J.T.

                         Mon cher petit Père,

   A peine as-tu mis le pied dans ta maison que l’on vient frapper à ta porte, mais je sais que tu aimes beaucoup cette petite mendiante-là.

   Ce matin, la portière vient trouver notre Mère en lui demandant de l’argent pour acheter un pain de sucre. Notre Mère lui répond qu’elle n’a plus un sou et qu’elle ne va pas pour cela commencer une note chez l’épicier. Je me trouvais là et je dis à notre Mère que je vais t’écrire pour te demander un pain de sucre. Notre Mère me répond que c’est une trop grande indélicatesse de venir te demander à peine si tu es arrivé à Lisieux. Mais je connais bien mon cher petit Père et je sais bien qu’il ne va pas être fâché de cela. Il y a déjà quinze jours un samedi notre Mère n’avait que 20 sous pour faire les provisions, l’embarras était fort grand, heureusement que la veille on avait trouvé dans le tronc de St Antoine 5 ou 6 frs, on s’en est servi pour nos achats, mais aujourd’hui nous n’avons plus le sou. Voudrais-tu mon cher petit Père, nous avancer l’argent d’un pain de sucre, nous te rembourserons quand nous serons plus riches .

   Je suis bien heureuse d’avoir une occasion de t’écrire pour Mère Agnès de Jésus. Elle est dans un état de peine depuis hier qui l’a rendue malade à cause de la lettre que tu as dû recevoir avant de partir de la Musse. Ce matin elle n’a pu assister à l’Office et cette nuit, elle en était aussi toute souffrante, tant elle a peur de t’avoir contrarié, de t’avoir fait de la peine en écrivant à l’imprimeur. Si tu pouvais redonner à la petite tourière un petit mot plein de tendresse pour elle qui la rassure, car jusque là elle va avoir une petite figure bien pâle et bien triste. Elle est tellement impressionnable, j’essaie de la rassurer mais elle me répond que c’est inutile qu’il n’y a que toi qui puisses la rassurer parce qu’elle t’aime trop. Si Léonie vient q.q. f. à 1 heure, si tu as été contrarié hier, qu’elle ne le fasse pas voir à Mère Ag. de J. , tu lui diras toi-même ce que tu penses au parloir, cela vaut mieux que d’être rapporté de bouche en bouche.

   Ah ! c’est incroyable ce qu’elle t’aime c’est pour cela qu’elle a de la peine, elle ne sait quoi faire pour te prouver son affection.

   Ta petite fille qui te dit à cet après-midi

             Sr Marie de l’Eucharistie.