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Sr Marie de l'Eucharistie à son père - juillet 1898

Marie Guérin à son Père

                                             J.M.J.T.                                 Juillet 1898

+ Jésus !

                             Mon cher petit Père,

   Mme Besnier vient d’envoyer ses épreuves . Elles sont parfaites, très bien réussies, il y avait un certain petit défaut et alors nous l’avons priée de venir au Carmel pour lui faire notre explication. Elle a très bien compris et a été, on ne peut plus aimable, et nous aussi du reste. L’épreuve est très douce, il y en avait une qui était une expression un peu triste, mais Mme Besnier a deviné ce qui faisait cela, c’était parce qu’elle était un peu moins noire que l’autre.

Notre Mère a été au parloir et trouve Mme Besnier très bien, sa petite fille était là aussi et notre Mère lui a fait cadeau d’une petite lyre, tu sais, comme j’en avais une dans ma chambre. Ma Sr Geneviève a eu beaucoup d’explications sur la photographie. Mme Besnier lui enverra tous ses procédés, toutes ses formules de virage et de satinage. Elle lui a montré son tableau en photographie, elle a parfaitement reconnu ma Sr Thérèse de l’Enf. Jésus et en a demandé une photographie comme une grande faveur. Elle nous a dit à ce propos qu’elle avait gardé tous nos clichés de famille depuis notre enfance. Mme Besnier est partie ravie du Carmel.

   Voilà donc une grande épine de tirer du pied : la photographie réussie.

   Maintenant, mon cher petit Père, remercie bien Maman de sa longue lettre de ce matin qui m’a fait bien plaisir, l’histoire de Phare est ravissante et la délicate attention « des enfants » bien touchante. Dis-leur que tout ce qu’ils font pour toi ou pour Maman me touche plus profondément que si c’était à moi qu’ils le faisaient. Leurs délicatesses m’embaument le coeur.

   Notre Mère désire t’écrire un petit mot au sujet des poésies que l’on t’a envoyées. Dans le cas où elle n’aurait pas le temps de le faire, elle me charge de faire un peu sa commission. Puisque cela ne te contrarie pas d’envoyer ces dernières poésies à l’imprimerie, notre Mère désirerait bien qu’elles soient imprimées. Tu ne te rappelles plus celles qui ont été mises, mais je t’assure qu’elles sont plus belles que certaines poésies sur Jeanne d’Arc qui seront imprimées. C’est l’avis de la majeure partie de la Communauté qui se rappelle avec délices ce passage qui les avait frappées par sa beauté.

   Quant au bien que cela fera aux âmes, il y en a certainement plusieurs dans le livre qui n’ont peut-être pas grande valeur dans ce sens, et encore, on en retire toujours q.q. chose. Enfin, mon cher petit Père, cela me fera bien plaisir si tu veux nous accorder ce petit désir.

   Mère Agnès de Jésus me disait tout à l’heure : « oh ! qui pourrait dire ce que mon Oncle nous a été utile pour cette vie-là, comme il a eu raison en tout et toujours, sans lui que de bêtises nous aurions faites. Ah ! oui, nous lui en devons de la reconnaissance. Aussi, nous allons lui épargner de la fatigue et nous corrigerons les épreuves le mieux que nous pourrons afin qu’il n’ait rien à faire.» Quand Mme Besnier renverra l’épreuve tout à fait bien, nous te l’enverrons immédiatement, mon cher petit Père.

   Dis donc à mon bon Père spirituel quand tu le verras, que je crois vraiment qu’il veut m’abandonner, 9 grands mois sans un seul signe de vie !!! Ah ! si je n’avais pas de ses nouvelles par les habitants de la Musse, je pourrais vraiment croire qu’il a quitté Navarre pour aller évangéliser q.q. chinois ou q.q. sauvages. Je crois que dans ce cas je n’aurais pas plus souvent de ses nouvelles. Il mériterait bien pour pénitence, qu’à un de ses voyages à la Musse

tu lui donnes papier, encre, plumes pour écrire à sa pauvre exilée. Le calme des bois lui donnerait des inspirations plus célestes encore qu’à Navarre. Mais non, j’ai bon coeur et je préfère encore qu’il jouisse d’une bonne journée de repos. Je ne lui demande qu’une bénédiction tout particulièrement paternelle.

   A toi, mon cher petit Père, j’envoie mes plus tendres baisers ainsi qu’à Maman, les petites soeurs et le grand frère.

                                       Ta petite Marie de l’Eucharistie, r.c.i.

De Mère Marie de Gz.

+Jésus !

   La pauvre vieille prie en grâce de faire imprimer les dernières poésies envoyées, la Comles trouvant plus belles encore que celles qui ont été envoyées sur l’héroïne précédemment. Je me mets à la tête du petit troupeau pour embrasser papa et maman, sans oublier frère et soeurs.

                                                                                        Sr M. de G.