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Témoin 2 - Lucien-Victor Dumaine

 

TÉMOIN II

LUCIEN-VICTOR DUMAINE

 

 

 

Lucien-Victor Dumaine baptisa Thérèse Martin le 4 janvier 1873, à Notre-Dame d'Alençon.

Né à Tinchebray (Orne) le 8 septembre 1842, il fut ordonné prêtre à Séez le 15 juin 1867.  Nommé d'abord vicaire à Lande-Patry en 1868, puis  à Notre-Dame d'Alençon, ce fut là qu'il baptisa Thérèse Martin le 4 janvier 1873.  Il avait une estime toute particulière de monsieur Martin et son amitié pour sa famille ne cessa pas lors de son départ pour Lisieux.  Successivement curé de Tourouvre et de Montsort, puis archiprêtre de la cathédrale de Séez, il devint en outre vicaire général de 1899 à 1910, puis vicaire général honoraire et chanoine de la cathédrale.

Docte et pieux, adonné à des recherches historiques religieuses au plan régional, il s'occupa avec prédilection des soldats avec lesquels il avait été en contact durant la guerre de 1870 et dont il devint l'aumônier.  Il mourut à Séez le 25 septembre 1926, après donc la canonisation de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

D'une grande sobriété, sa déposition n'ajoute rien d'important à celle qu'il avait faite au Procès informatif le 25 novembre 1910 (vol.  I, pp. 332-338).

Ami intime du père de Thérèse le témoin rappelle surtout,  mais de manière plus résumée qu'en 1910, les souvenirs qu'il a conservés de la famille Martin lorsqu'elle habitait rue Saint-Blaise à Alençon, famille qualifiée par lui de «milieu profondément chrétien » (p. 247).

M. Dumaine déposa le 20 avril 1915, au cours de la 5ème session (pp. 244 -252 de notre Copie publique).

 

[Session 5: - 20 avril 1915, à 8h.30]

[244] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 [Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Lucien-Victor Dumaine, né à Tinchebray, diocèse de Séez, le 8 septembre 1842.  Je suis chanoine de la cathédrale de Séez et vicaire général honoraire de monseigneur l'évêque de Séez.

 

[Le témoin répond correctement de la troisième à la cinquième demande].

 [245] [Le témoin répond correctement à, la sixième demande].

 

 [Réponse à la septième demande]:

Etant vicaire de Notre-Dame d'Alençon, j'ai moi-même baptisé la Servante de Dieu, Thérèse Martin, un samedi soir, 4 janvier 1873.  Toutes ses petites soeurs étaient là et ont signé l'acte de baptême, dont un extrait authentique a été versé au dossier du Procès Informatif.

Je connaissais particulièrement la famille Martin; j'ai même exercé, à l'occasion, sur des membres de cette famille les actes du ministère pastoral.  Ces relations ont pris fin par le départ de la famille Martin pour Lisieux en 1877.

 

 [Réponse  à la huitième demande]:

Je l'invoque tous les jours.  Depuis que j'ai lu I'« Histoire d'une âme», je n'ai eu aucun doute sur sa sainteté.  Je désire ardemment le succès de cette Cause pour la gloire de Dieu et pour l’exaltation de sa Servante qui déjà fait sentir la puissance de sa protection d'une manière si merveilleuse.

 

 [Réponse à la neuvième demande]:

Elle est née sur la paroisse de Notre-Dame d'Alençon, rue Saint-Blaise, en face de la préfecture, le 2 janvier 1873.

Le père s'appelait Louis Martin, fils  d'un ancien officier qui était à Bordeaux, si j'ai [246] bon souvenir.  Il avait exercé la profession d'horloger-bijoutier, sur la paroisse Saint-Pierre de Montsort, d'Alençon.  Il s'était retiré du commerce depuis quelques années et jouissait d'une réelle aisance.

La mère s'appelait Zélie Guérin, originaire, je crois, de Lisieux.  Après que monsieur Martin se fut retiré de son commerce de bijoutier, madame Martin s'occupa de la fabrication de la dentelle appelée « Point d'Alençon.»

Le père était d'une piété profonde; il faisait partie de l'association pour l'adoration nocturne du Très Saint Sacrement.  Il s'approchait fréquemment de la sainte communion, je crois qu'il assistait tous les jours à la sainte messe. il occupait volontiers ses loisirs au plaisir de la pêche et en envoyait souvent le produit aux religieuses clarisses d'Alençon.  La mère était également très pieuse et fréquentait pareillement l'église, mais je la connaissais moins que monsieur Martin et je ne pourrais pas entrer à son sujet dans beaucoup de détails.

La Servante de Dieu fut baptisée à la demande de ses parents le samedi 4 janvier 1873.  J'eus le bonheur, comme je l'ai dit ci-dessus (Interrogatoire n° VII), d'être le ministre de ce baptême.  Dans ces derniers temps une plaque commémorative de cet événement a été apposée dans la chapelle des fonts baptismaux de Notre-Dame d'Alençon.

Thérèse Martin fut la dernière des enfants de ce mariage, mais avant elle étaient nés de nombreux enfants.  Trois de ses soeurs [247] sont encore carmélites à Lisieux; une autre visitandine à Caen; je me souviens d'avoir inhumé un petit frère, je crois que d'autres enfants étaient précédemment décédés.

Cette famille constituait un milieu profondément chrétien, les enfants étaient admirablement élevés; leur vie était peu répandue à l'extérieur; ils avaient tous

 

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les mêmes goûts et les mêmes habitudes chrétiennes et aimaient à rester ensemble.

Je relate tous ces détails comme témoin oculaire, ayant, comme je l'ai dit, bien connu la famille quand j'étais vicaire à Alençon, où j'ai demeuré pendant dix ans (1868-1878).

 

 [Réponse à la dixième demande]:

Je sais quelques détails des toutes premières années de la Servante de Dieu, jusqu'à la mort de sa mère et le départ de la famille pour Lisieux.  La santé de l'enfant périclitant par le séjour à la ville, elle fut mise en nourrice à Semallé.  Le révérend père Roger, oblat de Marie Immaculée, originaire lui-même de Semallé, m'a raconté qu’étant jeune homme à cette époque et demeurant dans sa famille, il avait vu la petite Thérèse Martin chez sa nourrice, et qu'il avait été frappé de l'expression de douceur et  d'aménité de cette enfant.  Madame Martin mourut en 1887; peu après la famille quitta Alençon et je l'ai perdue de vue à ce moment-là..

 

[248] [Réponse de la onzième à la cinquante-cinquième demande]:

Je ne sais rien sur tous ces points sinon ce que j'ai lu dans l'« Histoire d'une âme» et ce que j'ai appris dans quelques conversations assez récentes, avec la révérende mère prieure du Carmel de Lisieux.

 

[Réponse à la cinquante sixième demande]:

J'ai visité le tombeau de la Servante de Dieu une fois, vers 1911; je le faisais pour satisfaire ma piété et une pieuse curiosité.  Pendant une demi-heure que j'y passai, je vis trois personnes venir prier sur la tombe de soeur Thérèse.  Je sais par ailleurs qu'il y a un important concours de pèlerins, et je connais personnellement dans le diocèse de Séez bon nombre de personnes qui ont fait ce pèlerinage, Monseigneur l'évêque de Séez lui-même y est allé.  Ce concours de peuple persiste et tend à s'accroître de jour en jour.

 

[Réponse à la cinquante-septième demande]:

Je ne sais rien directement de la réputation de sainteté de la Servante de Dieu avant sa mort; mais depuis sa mort, j'ai constaté dans tout le diocèse de Séez, que j'ai parcouru en tous sens, comme vicaire général, que tout le monde, clergé et fidèles, est persuadé de la sainteté héroïque de soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus.  On l'appelle communément « la petite sainte de Lisieux.»  Par ailleurs, de nombreuses personnes, étrangères au diocèse, avec qui je me suis [249] trouvé en relations, soit de vive voix, soit par lettres, m'ont exprimé la même conviction.  Plusieurs personnes se recommandent spécialement à mes prières par ce seul fait que j'ai baptisé moi-même la Servante de Dieu.

Le 8 juillet 1912, dans une audience, le Souverain Pontife Pie X, sollicité de faire une prière pour ma guérison, consigna cette prière au bas d'une image de la Servante de Dieu, sachant que je l'avais moi-même baptisée.

Je suis actuellement aumônier d'un ambulance de blessés militaires, à Séez; parmi ces soldats plusieurs portaient ostensiblement une image ou un souvenir de la Servante de Dieu. Depuis que j'ai constaté cette réputation de sainteté, il est certain qu'elle ne s'atténue pas, mais qu'elle tend au contraire à s'accroître.

Peut-être a-t-on mis un zèle un peu grand à répandre des images, des livres et autres objets concernant soeur Thérèse de l’Enfant Jésus.  Mais je ne crois pas qu'on ait travaillé à créer en sa faveur une renommée de sainteté.  Elle s'est répandue très normalement dans le peuple; à plus forte raison suis-je convaincu qu'on n'a jamais rien fait pour dissimuler ce qui pourrait nuire à la Cause.  Ses soeurs du Carmel ne restent pas certainement indifférentes au succès de sa Cause, mais elles agissent avec une grande droiture d’intention ,j’en suis convaincu.

 

[250] [Réponse à la cinquante-huitième demande]:

Il n'est pas à ma connaissance que personne se soit opposé à cette réputation de sainteté, et je serais bien étonné qu'il se trouve quelqu'un pour exprimer une opinion contraire.

 

[Réponse à la cinquante-neuvième demande]:

Je sais à ce sujet par mes relations personnelles:

1° Que c'est une opinion très répandue que soeur Thérèse  réalise sa devise: « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre ».

2° Un grand nombre de personnes m'ont dit l'avoir invoquée pour obtenir des faveurs soit spirituelles, soit temporelles, et avoir reconnu l'efficacité de son intercession.  Moi-même je l'invoque journellement et j'attribue à sa protection l'amélioration de mon état de santé.

3° Je n'ai point constaté par moi-même, autant qu'il m'en souvient, aucun des faits relatés dans les « Pluies de roses» et dans les « Articles.»  Mais plusieurs de ces faits qui paraissent bien établis par les témoignages qui les garantissent, me semblent constituer de vrais miracles.

4° Je puis relater plus particulièrement deux faits:

A)Le soldat Cholet, des environs de Lyon, Claude Prosper Arthur Cholet, 60, rue Vivy, Cours (Rhône), était soigné dans l'ambulance [251] dont je suis aumônier, à Séez, pour une blessure très grave, reçue au combat de la Marne.  Une balle pénétrant par le dos, ressortit par le haut de la poitrine, après avoir perforé le poumon; d'où symptômes très alarmants de fièvre, suffocation, suppuration; une nuit en particulier, on le crut en danger prochain et je lui fis donner la communion en viatique; le médecin major lui-même avait dit que le danger était très sérieux.  Je conseillai au blessé de faire une neuvaine à la Servante de Dieu.  Il la fit; à la suite de cette neuvaine le mieux se déclara; il s'est accentué depuis régulièrement; le sujet est aujourd'hui en convalescence dans sa famille et a envoyé un témoignage de reconnaissance au Carmel de Lisieux.

B)        L'adjudant Cholet d'Angers, Ernest Gabriel Maxime Cholet de Saint Georges-sur-Loire près d'Angers, soigné

 

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de même dans ladite ambulance, avait reçu une balle qui avait traversé la cuisse en intéressant le fémur.  La blessure était de mauvaise nature, très douloureuse et le chirurgien croyait qu'on devrait en venir à une amputation, ce que le jeune homme redoutait beaucoup.  Je lui conseillai une neuvaine à la Servante de Dieu.  Après cette neuvaine, la blessure s'améliora et est en bonne voie de guérison.

 

 [Réponse de la soixantième à la soixante-cinquième demande]:

Je n'ai rien de spécial à dire.

 

[252]  [Réponse à la soixante-sixième demande]:

Je ne vois rien à ajouter.

[Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée.  Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

 

Signatum:       Lucien DUMAINE