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Témoin 2 - Thomas Nimmo Taylor

La déposition de mère Agnès fut interrompue pour permettre au prêtre écossais Thomas Nimmo Taylor de témoigner sans plus attendre. Celui-ci était, en effet, arrivé à Lisieux avec un groupe de pèlerins de la Grande-Bretagne.

Né à Glasgow le 16 décembre 1873 de James Taylor et de Rosa Nimmo au terme de l'année qui avait vu naître sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Thomas fit à Paris ses études de théologie, d'abord au séminaire de Saint-Sulpice (1891-1896), puis à l'Institut Catholique (1896-1897). Ordonné prêtre l'année de la mort de Thérèse (1897), il connut rapidement l'Histoire d'une âme et devint tout de suite l'apôtre convaincu de ce message spirituel. En 1908 il publia dans un journal une série d'articles, véritable esquisse biographique de la carmélite de Lisieux qui aidera providentiellement le pasteur presbytérien F. Grant à se sentir appelé à l'Eglise catholique (1911). Dès le début, il fut à plusieurs reprises pèlerin de Lisieux et - à ce qu'il paraît – c’est lui qui, le premier, lança l'idée de l'introduction de la cause de béatification de Thérèse. Il en parla à mère Marie de Gonzague qui n'en fut pas enthousiasmée et lui répondit à peu près en ces termes: « Mais en ce cas, combien de carmélites faudrait-il canoniser! » (Cfr. Stéphane Joseph PIAT, art. cit. dans la note bibliogr., p. 10). Et quand il parla de ce projet au Carmel de Blackrock, à Dublin, il provoqua une réaction semblable qu'il rapporte lui-même en ces termes: « Elle (la prieure) se mit à rire et me dit qu'on pourrait aussi bien canoniser toutes les carmélites de sa maison» (f. 184r). Le Procès fut commencé et eut le succès qu'il avait prévu. Ayant charge d'âmes à Carfin (diocèse de Glasgow), chanoine de la cathédrale, il déploya un grand zèle pour répandre autour de lui le culte de la petite sainte. C'est en connaissance de cause qu'il pouvait écrire vers la fin de sa vie l'article St. Teresa of the Child Jesus and Scotland (in St. Peter's Magazine 18 [1947] 61), où l’on voit clairement quelles furent les lignes maîtresses de l'un de ses apostolats les plus chers *.

Se référant exclusivement aux échos de la renommée de sainteté de Thérèse et à la guérison prodigieuse de madame Dorans (qui vint, elle aussi, plus tard témoigner au Procès), la déposition de Thomas Taylor occupe les sessions 10 à 12 des 20-26 août 1910, f. 179v 206v des actes. Nous en omettons les f. 190r-202v relatifs à la guérison de madame Dorans.

 

[Session 10: - 20 août 1910, à 8h.30 et à 2h. de l'après-midi]

 

[179v] [Le témoin répond correctement à la première demande].

[Réponse à la deuxième demande]:

Je m'appelle Thomas Nimmo-Taylor. Je suis né à Greenock, diocèse de Glasgow, (Ecosse), le 16 décembre 1873; mon père s'appelait James Taylor, originaire de Saint Helens, diocèse de Liverpool (Angleterre); ma mère s'appelait Rose-Anne Nimmo, originaire de Greenock. Je suis prêtre; j'ai fait mes études ecclésiastiques au séminaire Saint Sulpice, à Paris (1891-1896), puis [180r] à l'Institut Catholique de Paris (1896-1897). Je suis bachelier en théologie. J'ai été ordonné à Paris par le cardinal Richard, de sainte mémoire, le 12 juin 1897. De retour dans mon diocèse, j'ai été vicaire pendant trois ans, et depuis 10 ans je suis professeur au grand séminaire de Glasgow où j'enseigne l' Ecriture Sainte, l'Histoire de l'Eglise et aussi, quand il y a lieu, la langue française.

 

[Réponses correctes de la troisième à la septième demande inclusivement].

[Réponse à la huitième demande]:

Je n'ai pas connu personnellement la Servante de Dieu. Ce que je sais de sa vie, je l'ai appris d'abord vers 1901 par la lecture de l'«Histoire d'une âme.» Très touché et édifié de cette lecture, je me suis mis en communication de lettres avec les principales religieuses carmélites du monastère de Lisieux qui avaient connu soeur Thérèse. De plus, je suis venu quatre fois à Lisieux et je me suis alors entretenu de vive voix avec ces mêmes religieuses de la vie et des vertus de la Servante de Dieu. Si je ne sais rien directement touchant l'histoire de la Servante de Dieu, j'ai, au contraire, observé par moi-même ce [180v] que je pourrai dire de sa réputation de sainteté et des grâces obtenues par son intercession après sa mort, surtout en Grande Bretagne et en Amérique (Etats-Unis). J'ai recueilli sur ce sujet de nombreuses informations, soit par observation de visu, soit par correspondance épistolaire, soit par conversations verbales.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

J'ai, à l'égard de la Servante de Dieu, une dévotion toute particulière. Elle est basée sur les vertus rapportées dans sa vie et sur sa puissance, dont j'ai constaté les effets. Je désire, ex toto corde, le succès de cette Cause, pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, par le moyen de la voie de sanctification qu'elle a enseignée dans ses écrits et qu'elle appelle « sa petite voie de confiance.» Je me suis appliqué à faire connaître la Servante de Dieu, soit en multipliant et répandant ses images, soit en répandant le livre de sa vie, surtout en Grande Bretagne, dans les Colonies anglaises et dans les Etats-Unis.

 

[181r] [Réponses faites de la dixième à la vingt-deuxième demande inclusivement]:

N'ayant pas connu la Servante de Dieu pendant sa vie, tout ce que je pourrais dire de son histoire et de ses actions serait puisé dans le livre intitulé « Histoire d'une âme» que tout le monde peut lire.

 

[Réponse à la vingt-troisième demande]:

Je me suis entretenu souvent par lettres et de vive voix avec les religieuses du Carmel de Lisieux, qui ont vécu avec soeur Thérèse. Ces religieuses étaient notamment: la révérende mère Marie de Gonzague, prieure; les trois soeurs de la Servante de Dieu: soeur Agnès de Jésus, soeur Marie du Sacré Coeur, soeur Geneviève de Sainte Thérèse; enfin avec sa cousine, soeur Marie de l'Eucharistie. Elles m'ont exprimé, à différentes reprises, lors de mes « pèlerinages », leurs pensées sur la sainteté de la Servante de Dieu durant sa vie. Elles insistaient particulièrement sur sa pureté, sur sa patience inlassable dans la souffrance, sa confiance en Dieu, sa dévotion envers la communion fréquente.

 

[181v] [Le juge demande si ce jugement porté sur la sainteté de soeur Thérèse de l'E.-J. était celui des moniales de manière égale et commune, et spécialement si mère Marie de Gonzague qui n'était pas parente de la Servante de Dieu pensait et parlait comme les soeurs de celle-ci. Réponse]:

J'ai causé avec la mère Marie de Gonzague en 1903, je me souviens qu'elle me paraissait d'un caractère différent de celui des soeurs de la Servante de Dieu: c'était une âme plus froide, moins enthousiaste; elle n'était pas tant femme. Il n'y avait pas d'exclamations dans son langage. Je savais par l'« Histoire d'une âme », qu'elle avait été sévère pour la Servante de Dieu pendant son noviciat. Malgré cela, son jugement était le même, au fond, sur les vertus et le caractère de soeur Thérèse, elle considérait la Servante de Dieu comme une âme extraordinaire en fait de sainteté.

 

[182r] [Réponse à la vingt-quatrième demande : Il dit n'en rien savoir si ce n'est ce qu'en dit l'« Histoire d'une âme »].

[Réponse à la vingt-cinquième demande]:

Tout le monde sait qu'elle est inhumée au cimetière général de Lisieux, dans la partie réservée aux carmélites.

 

[Réponse à la vingt-sixième demande]:

Je vais en pèlerinage à son tombeau toutes les fois que je viens à Lisieux, pour lui demander des grâces pour moi-même et pour un grand nombre d'âmes, et pour la remercier des grâces déjà obtenues. J'ai toujours été accompagné dans ces pèlerinages, sauf la première fois, par plusieurs prêtres et religieux qui s'unissaient à ma dévotion. Pendant ma dernière visite au cimetière, qui a duré environ une demie heure, j'ai constaté la présence de deux prêtres; et plusieurs autres personnes sont arrivées pendant ce temps-là. J'ai appris à Lisieux, comme une chose notoire, que ce pèlerinage au tombeau devient chaque jour plus nombreux; on y voit venir des prêtres en grand nombre parmi lesquels des missionnaires des Missions Etrangères.

 

[182v] [Réponse à la vingt-septième demande]:

Dans mon pays, l'« Histoire d'une âme » a été traduite dans la langue anglaise en 1901; la publication de ce livre a été le point de départ de la réputation de sainteté de la Servante de Dieu dans les pays de langue anglaise, jusqu'en Amérique. Cette réputation s'est d'abord développée lentement, peut-être à cause du prix relativement élevé de cette publication. Mais depuis le 30 octobre 1908, à la suite d'un fait prodigieux qui s'est produit au couvent du Bon Pasteur de Londres et que j'ai pris soin de faire connaître, la réputation de [183r] sainteté de la Servante de Dieu s'est beaucoup développée, surtout en Ecosse. L'objet de cette réputation est la grande puissance d'intercession de soeur Thérèse auprès de Dieu, d'où il résulte que les actes de recours à cette intercession deviennent de plus en plus nombreux. A partir du mois d'avril 1909, un journal catholique hebdomadaire (The Glasgow Observer) a publié une liste d'actions de grâces pour les faveurs obtenues. Cette liste n'a plus cessé de paraître chaque semaine et le nombre des insertions est allé croissant jusqu'à ce que l'éditeur ait imposé une taxe d'insertion. A ce moment, le nombre des insertions a diminué, sans que pourtant cette liste ait jamais cessé de paraître. Le numéro du 16 juillet en renferme six. Dans l'espace de trois mois (d'avril à juillet 1910), j'ai compté 87 grâces ainsi mentionnées. Parmi les religieuses et les prêtres, la réputation de la Servante de Dieu porte également sur l'héroïcité de ses vertus, appréciée surtout d'après l'étude de l'« Histoire de sa vie»; chez les gens du peuple, cette réputation a surtout pour objet les faits merveilleux. On ne l'invoque pas seulement pour obtenir des faveurs temporelles, mais beaucoup pour obtenir des  conversions de protestants et de ca-[183v]tholiques indifférents.

 

[Savez-vous cela seulement par la lecture du journal dont vous venez de parler?]:

Je le sais surtout par mes relations: j'ai à ce sujet une très large correspondance. Je suis renseigné notamment par mes relations avec de nombreuses maisons religieuses à Glasgow et dans toute l'Angleterre, l'Irlande et les Etats Unis, au moins une vingtaine d'établissements, Très spécialement chez les Petites Soeurs des Pauvres, on a un culte et une confiance passionnés pour la «petite soeur Thérèse»; on recourt à elle pour toutes les difficultés qui se présentent. Tous les jours, je reçois des pays mentionnés plusieurs lettres relatant des faveurs obtenues, réclamant des envois de souvenirs et témoignant sous toutes les formes des sentiments de dévotion que l'on professe à l'égard de la Servante de Dieu. Plusieurs de ces lettres émanent de supérieures de maisons religieuses.

 

[Réponse à la vingt-huitième demande]:

Je me souviens de deux occasi- [184r] ons qui se rapportent à cette question. La première regarde le Carmel de Blackrock de Dublin. Lorsque je parlai à la révérende mère prieure de ce couvent de la vie de soeur Thérèse, elle se mit à rire et me dit qu'on pourrait aussi bien faire canoniser toutes les carmélites de sa maison. C'était vers 1904, et, en tout cas, avant le grand mouvement de dévotion qui s'est développé depuis, comme je l'ai dit (Interrogatoire précédent). Cette prieure est morte depuis, et je sais avec certitude qu'avant de mourir elle avait changé d'avis. Je vais tous les ans dans ce Carmel; le prieure actuelle, qui était sous-prieure vers 1904, m'a elle-même témoigné de ce changement, causé par la connaissance des grâces obtenues par l'intercession de la Servante de Dieu. La seconde circonstance dans laquelle j'ai entendu quelque observation plutôt contraire, est la suivante. Au Carmel de Lourdes, j'ai parlé ces jours derniers à une religieuse irlandaise dont j'ai oublié le nom, mais qui est la seule irlandaise dans cette maison. Elle m'a dit que la lecture de l'« Histoire d'une âme » la laissait en défiance. Son principal motif est, qu'ayant été elle-même maîtresse des novices, elle avait connu une novice, d'origine espagnole, qui disait et écrivait des choses si élevées, au point qu'elle-même se croyait indigne et incapable de la [184v] diriger; or, cette novice quitta la maison et ne persévéra pas dans sa ferveur. Cette carmélite irlandaise se défiait, depuis ce temps, des âmes de poète.

 

[Session 11: - 24 août 1910, à 2h. de l'après-midi]

 

[186v] [Suite de la réponse à la même demande]:

J'avais fait solliciter de sa Grandeur monseigneur Bourne, archevêque de Westminster, la concession d'une indulgence pour la lecture de la traduction anglaise de l'« Histoire d'une âme », à l'instar de ce qui s'était fait dans plusieurs diocèses du Portugal. Le prêtre qui était mon intermédiaire me transmit d'abord une promesse favorable, mais comme monseigneur l'archevêque tardait à m'envoyer effectivement cette concession, je demandai au prêtre intermédiaire s'il connaissait le motif de ce retard; il me répondit que monseigneur l'archevêque avait entendu dire que peut-être on mettait trop de précipitation dans cette affaire de la soeur Thérèse de l'Enfant Jésus; il avait entendu dire aussi que la part que prenait la famille dans cette affaire pourrait en compromettre le succès à Rome. En conséquence, monseigneur l'archevêque pensait qu'il serait plus prudent d'attendre.

 

[187r] [Savez-vous si par l'expression « la part que prenait la famille », monseigneur l'archevêque laissait entendre qu’il s'agissait des soeurs ou autres parents de la Servante de Dieu?]:

Je ne le sais pas positivement, mais mon impression est qu'il avait en vue principalement les carmélites soeurs de la Servante de Dieu.

 

[Savez-vous ce que monseigneur l'archevêque pense maintenant de la réputation de sainteté de la Servante de Dieu?]:

J'ai vu très récemment (le 8 août dernier) monseigneur l'archevêque et je me suis entretenu avec lui de cette affaire, il a témoigné une admiration sincère pour « cette âme extraordinaire » et m'a promis d'écrire la préface de la nouvelle édition anglaise de l'« Histoire d'une âme », quand il en aura lu le manuscrit.

 

[Estimez-vous personnellement qu’il y ait eu quelque exagération de la part surtout des carmélites de Lisieux en ce qui a été fait pour promouvoir cette réputation de sainteté?]:

Puisque moi, qui n'ai pas connu la Servante de Dieu et qui ne suis pas son parent, je m'intéresse beaucoup à sa Cause et travaille à faire connaître sa vie, ses vertus et la puissance de son intercession, il n'est pas étonnant que ses soeurs carmélites s'y emploient de tout leur coeur.

 

[187v] [Votre zèle pour cette diffusion procède-t-il d'un certain «enthousiasme», et même ne pourrait-il pas être justement taxé de quelque exagération?]:

Mon enthousiasme se maintient depuis huit ans; il est basé surtout sur la constatation que je fais des grâces nombreuses obtenues par l'intercession de soeur Thérèse et aussi sur la conviction de ses vertus qu'a produite en moi l'étude de sa vie. Pendant ces huit ans, jamais les religieuses du Carmel de Lisieux n'ont cherché à stimuler mon activité. Lorsque, il y a trois ou quatre ans, on multiplia les images et autres souvenirs de soeur Thérèse, j'eus d'abord une certaine impression d'étonnement; depuis, voyant combien ces objets étaient désirés des fidèles et les grâces nombreuses qui accompagnaient l'usage de ces objets, j'ai cessé d'éprouver cette impression. Quoiqu'il en soit de l'activité de cette propagande, j'estime qu'elle n'affirme rien touchant les vertus et la puissance d'intercession de la Servante de Dieu qui ne soit entièrement conforme à la réalité des faits. Rien n'est exagéré; il serait plus vrai de dire qu'on est plutôt resté au [188r] dessous de la vérité.

 

[Réponse à la vingt-neuvième demande]:

J'ai, depuis la mort de soeur Thérèse, entendu attribuer à son intercession une multitude de grâces, guérisons, conversions, etc. Pour le moment, je voudrais relater celle de ces grâces prodigieuses qui me semble la mieux constatée et la plus extraordinaire. Il s'agit de la guérison instantanée d'une tumeur cancéreuse au moment où la malade (madame Dorans, de Glasgow) allait en mourir.

[Suit la narration détaillée de la guérison - f. 190r-194v, avec la documentation correspondante - f. 194v-202v]. -

 

 

[Session 13: - 26 août 1910, à 8h.30 et à 2h. de l'après-midi]

 

[202v] [Pouvez-vous rapporter d'autres grâces et miracles?]:

Les grâces qu'on attribue dans la Grande Bretagne à soeur Thérèse, grâces spirituelles ou temporelles, sont innombrables. Dans le diocèse de Glasgow surtout, la Servante de Dieu répond à une confiance illimitée par des faveurs qui ne se comptent plus. Une série remarquable d'actions de grâces a été publiée par le journal « The Glasgow Observer »; ces témoignages de reconnaissance proviennent surtout du diocèse de Glasgow, mais il y en a aussi des autres diocèses, de l'Ecosse, comme de l'Irlande, de l'Angleterre, des Etats-Unis et jusqu'à la Nouvelle-Zélande. Depuis le 24 avril 1909, on y a témoigné reconnaissance pour [203r] plus de 550 faveurs spirituelles et temporelles. Des lettres personnelles me signalent aussi un très grand nombre de grâces temporelles ou spirituelles obtenues après l'invocation de la Servante de Dieu. Je vais en citer deux ou trois à titre d'exemple: La révérende mère provinciale des Petites Soeurs des Pauvres pour l'Ecosse et l’Irlande, m'écrit: « Je voudrais rendre témoignage des nombreuses grâces et faveurs accordées à moi et à d'autres. Je tâche de faire connaître sa puissante intercession à toutes les personnes à qui je peux faire du bien. Elle m’a fait rentrer au couvent une pauvre religieuse qui l'avait quitté subitement. Elle a obtenu la conversion à plusieurs de nos vieillards qui depuis de longues années avaient abandonné tous les devoirs de la religion. Mais il m'est impossible de relater toutes les merveilles de grâces de tous genres reçues par son intercession.»

 

On m'écrit aussi que pour réconcilier un vieillard avec l'idée de la mort, on lui donna, chez les Petites Soeurs des Pauvres, une image de Thérèse. Dans un rêve, il voyait tout préparé pour son enterrement, quand soeur Thérèse se présenta et, levant la main, [203v] dit que le moment de la mort n'était pas encore venu. Depuis lors, sa ferveur s'accrut d'une façon extraordinaire. Sa dévotion à Marie était très touchante. « Ne voyez-vous pas cette belle dame? », disait-il à la Petite Soeur des Pauvres, la veille de sa mort. Il est mort comme un saint.

J'extrais d'une autre lettre ce récit: « Un pauvre ouvrier devint fou de folie religieuse. Plusieurs médecins déclarent ce cas très difficile. La maladie durant depuis un an sans amélioration, on fait une neuvaine à soeur Thérèse de l'Enfant Jésus; à la fin de la neuvaine, une grande amélioration s'est produite et depuis il est complètement guéri.»

Je connais un très grand nombre de faits analogues qui établissent d'une manière certaine, tout au moins, la réputation d'intercession miraculeuse de la Servante de Dieu.

 

[Réponse à la trentième demande]:

J'aurais à ajouter quelques détails qui complètent et précisent ma déposition sur l'interrogatoire XXVII, de fa-[204r] ma sanctitatis post obitum.

On m'a demandé dans quelles maisons religieuses j'ai pu constater la réputation de sainteté de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Voici une nomenclature plus précise de ces maisons:

A) Maisons religieuses d'hommes: d'abord au grand séminaire de Glasgow et surtout chez le supérieur et ses collègues. Puis, au scolasticat des rédemptoristes et chez le recteur de cette maison à Perth (Ecosse). Je tiens de source certaine que soeur Thérèse est beaucoup aimée aux Missions Etrangères, Millhill (Londres), fondées par le cardinal Vaughan. Elle a un client dévoué dans l'abbé du monastère bénédictin d'Ampleforth, près de York. Deux pères de cette province avec un postulant sont venus avec moi en pèlerinage à Lisieux. Au noviciat des lazaristes (noviciat pour la Grande-Bretagne), j'apprends de mon frère, religieux de cette maison, que la dévotion à soeur Thérèse s'est développée: beaucoup des élèves en font la propagande et rapportent qu'elle est aimée cordialement dans bien des couvents et des familles.

 

[204v] [Suite de la réponse à la même demande]:

B) Maisons religieuses de femmes: La provinciale des Petites Soeurs des Pauvres (Province d'Irlande, comprenant aussi l'Ecosse et une partie de l'Angleterre) a pour elle une dévotion extraordinaire. Je puis parler personnellement pour quatre de ses douze maisons; mais soeur Thérèse a sa clientèle partout chez ces soeurs si simples et si actives. Ensuite, ce sont les Soeurs de la Miséricorde de Glasgow: elles lui sont très dévouées et c'est à la suggestion d'une reli-[205r]gieuse de cette Congrégation qu'a eu lieu la neuvaine qui a obtenu la  guérison de madame Dorans. Chose étrange! d'abord, la supérieure ne donnait pas permission aux novices de lire la vie de soeur Thérèse. Mais plus tard, se voyant dans une grave difficulté, elle a promis à soeur Thérèse de mettre son portrait dans la salle de la communauté, si elle venait à son secours; et les affaires s'arrangeant quelques jours après, elle tint sa promesse. Permission de lire l'« Histoire d'une âme » a été aussi accordée. Chez les Soeurs du Bon Pasteur, à Glasgow, Liverpool, Londres, elle compte des clients dévoués. Elle est aussi très aimée dans le Carmel d'Ecosse; dans le Carmel de Dublin (Blackrock), Ce sont ensuite les couvents des franciscaines, puis, celui de Notre Dame, où la dévotion s'est grandement augmentée par la guérison de madame Dorans. Je sais par mes relations avec la maison-mère des Religieuses dites de Loreto (Dublin), Congrégation éducatrice très en vue en Irlande, qu'on y aime soeur Thérèse et qu'on la prie; même chose pour la maison-mère de l'Institut de la Sainte Vierge, à York. Aux Etats-Unis, on lui est dévoué au noviciat des Soeurs de la Charité d'Emmitsburg; [205v] au Carmel de Philadelphie. Une lettre de ce Carmel parle « de la dévotion envers soeur Thérèse, des riches et des pauvres, des prêtres et des évêques»: on cite des traits de cette dévotion. De même au Carmel de Boston et de San Francisco.

 

[206r] [Est ainsi terminé l'interrogation de ce témoin. Après lecture des actes, celui-ci compléta ainsi sa réponse à la vingt-troisième demande]:

1° J'ai dit que les religieuses carmélites de Lisieux m'avaient témoigné spécialement de la « pureté » de soeur Thérèse. Dans cette conversation, le mot « pureté » ne s'entendait pas dans le sens spécial et restreint de « chasteté », il signifiait « beauté morale et candeur d'âme.»

 

2° J'ai retenu d'une conversation que j'ai eue récemment avec deux des carmélites, soeurs de la Servante de Dieu (soeur Marie du Sacré-Coeur et soeur Geneviève de Sainte Thérèse), que la Servante de Dieu aurait eu et manifesté, vers la fin de sa vie, la prévision de ce qui devait arriver à son sujet après sa mort; notamment qu'on viendrait ici en pèlerinage et qu'il fallait garder les moindres objets qui avaient été à son usage.

 

 

[206v] [Les expressions « qu'on viendrait ici en pèlerinage et qu'il fallait garder les moindres objets qui avaient été à son usage » vous ont-elles été rapportées par les carmélites en question comme ayant été littéralement et strictement recueillies des lèvres de la Servante de Dieu]:

Je l'ai ainsi compris pour les mots « qu'il fallait garder les moindres objets qui avaient été à son usage »; je ne suis pas aussi sûr pour les mots « qu'on viendrait ici en pèlerinage », il se peut que ce soit l'interprétation, par ses deux soeurs, d'une phrase qui aurait le même sens, mais qui aurait été proférée en d'autres termes par la Servante de Dieu.

 

[Après avoir ajouté ces corrections, le témoin confirma sa déposition qu'il signa comme suit] -

Ita pro veritate deposui, ratum habeo et confirmo.

Signatum: THOMAS Nimmo TAYLOR