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Ms A 21r

que sa petite reine avait eue à un âge où l'illusion n'est pas à craindre. C'est du sein de la gloire qu'il nous a obtenu cette douce consolation de comprendre que 10 ans avant notre grande épreuve le Bon Dieu nous la montrait déjà, comme un Père fait entrevoir à ses enfants l'avenir glorieux qu'il leur prépare et se complaît à considérer d'avance les richesses sans prix qui doivent être leur partage...

Ah ! pourquoi est-ce à moi que le Bon Dieu a donné cette lumière ? Pourquoi a-t-il montré à une enfant si petite une chose qu'elle ne pouvait comprendre, une chose qui, si elle l'avait comprise, l'aurait fait mourir de douleur, pourquoi ?... C'est là un de ces mystères que sans doute nous comprendrons dans le Ciel et qui fera notre éternelle admiration !...

Que le Bon Dieu est bon !... comme il proportionne les épreuves aux forces qu'Il nous donne. Jamais, comme je viens de le dire, je n'aurais pu supporter même la pensée des peines amères que l'avenir me réservait... Je ne pouvais pas même penser sans frémir que Papa pouvait mourir... Une fois il était monté sur le haut d'une échelle et comme je restais juste dessous il me cria : «Éloigne-toi paup'tit, si je tombe je vais t'écraser.» En entendant cela, je ressentis une révolte intérieure, au lieu de m'éloigner je me collai contre l'échelle en pensant : «Au moins si Papa tombe, je ne vais pas avoir la douleur de le voir mourir, puisque je vais mourir avec lui!» Je ne puis dire ce que j'aimais Papa, tout en lui me causait de l'admiration ; quand il m'expliquait ses pensées (comme si j'avais été une grande fille) je lui disais naïvement que bien sûr, s'il disait