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Ms A 24r

s'il me fallait tout raconter, je ne pourrais finir...

A Lisieux les rôles avaient changé, c'était Céline qui était devenue un malin petit lutin et Thérèse n'était plus qu'une petite fille bien douce mais pleureuse à l'excès... Cela n'empêchait pas que Céline et Thérèse s'aimaient de plus en plus ; parfois il y avait quelques petites discussions mais ce n'était pas grave et dans le fond elle étaient toujours du même avis. Je puis dire que jamais ma petite soeur chérie ne m'a fait de peine, mais qu'elle a été pour moi comme un rayon de soleil, me réjouissant et me consolant toujours... Qui pourra dire avec quelle intrépidité elle me défendait à l'Abbaye lorsque j'étais accusée ?... Elle prenait tant soin de ma santé que cela m'ennuyait quelquefois. Ce qui ne m'ennuyait pas c'était de la regarder s'amuser ; elle rangeait toute la troupe de nos petites poupées et leur faisait la classe comme une habile maîtresse, seulement elle avait le soin que ses filles soient toujours sages au lieu que les miennes étaient souvent mises à la porte à cause de leur mauvaise conduite... Elle me disait toutes les choses nouvelles qu'elle venait d'apprendre dans sa classe, ce qui m'amusait beaucoup, et je la regardais comme un puits de science. J'avais reçu le titre de : «petite fille à Céline», aussi quand elle était fâchée contre moi, sa plus grande marque de mécontentement était de me dire : «Tu n'es plus ma petite fille, c'est fini, je m'en rappellerai toujours!...» Alors je n'avais plus qu'à pleurer comme une Madeleine, la suppliant de me regarder encore comme sa petite fille, bientôt elle m'embrassait et me promettait de ne plus se rappeler de rien !... Pour me consoler elle prenait une de ses poupées et lui