Imprimer

Ms A 26r

l'ayant appris par surprise, ce fut comme si un glaive s'était enfoncé dans mon coeur...

Je me souviendrai toujours, ma Mère chérie, avec quelle tendresse vous m'avez consolée... Puis vous m'avez expliqué la vie du Carmel qui me sembla bien belle ! En repassant dans mon esprit tout ce que vous m'aviez dit, je sentis que le Carmel était le désert où le Bon Dieu voulait que j'aille aussi me cacher... Je le sentis avec tant de force qu'il n'y eut pas le moindre doute dans mon coeur : ce n'était pas un rêve d'enfant qui se laisse entraîner, mais la certitude d'un appel Divin ; je voulais aller au Carmel non pour Pauline mais pour Jésus seul... Je pensai beaucoup de choses que les paroles ne peuvent rendre, mais qui laissèrent une grande paix dans mon âme.

Le lendemain je confiai mon secret à Pauline qui regardant mes désirs comme la volonté du Ciel, me dit que bientôt j'irais avec elle voir la Mère Prieure du Carmel et qu'il faudrait lui dire ce que le Bon Dieu me faisait sentir... Un Dimanche fut choisi pour cette solennelle visite, mon embarras fut grand quand j'appris que Marie G. devait rester avec moi, étant encore assez petite pour voir les carmélites ; il fallait cependant que je trouve le moyen de rester seule, voici ce qui me vint à la pensée : je dis à Marie qu'ayant le privilège de voir la Mère Prieure, il fallait être bien gentilles et très polies, pour cela nous devions lui confier nos secrets, donc chacune à notre tour il fallait sortir un moment et laisser l'autre toute seule. Marie me crut sur parole et malgré sa répugnance à confier des secrets qu'elle n'avait pas, nous restâmes seules, l'une après l'autre, auprès de notre Mère