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Ms A 29r

qu'il ne pouvait approcher de mon âme ni de mon esprit, si ce n'est pour m'inspirer des frayeurs très grandes de certaines choses, par exemple pour des remèdes très simples qu'on essayait en vain de me faire accepter. Mais si le Bon Dieu permettait au démon de s'approcher de moi il m'envoyait aussi des anges visibles... Marie était toujours auprès de mon lit me soignant et me consolant avec la tendresse d'une Mère, jamais elle ne témoigna le plus petit ennui et cependant je lui donnais beaucoup de mal, ne souffrant pas qu'elle s'éloigne de moi. Il fallait bien cependant qu'elle aille au repas avec Papa, mais je ne cessais de l'appeler tout le temps qu'elle était partie, Victoire qui me gardait était parfois obligée d'aller chercher ma chère «Mama» comme je l'appelais... Lorsque Marie voulait sortir il fallait que ce soit pour aller à la messe ou bien pour voir Pauline, alors je ne disais rien...

Mon Oncle et ma Tante étaient aussi bien bons pour moi ; ma chère petite Tante venait tous les jours me voir et m'apportait mille gâteries. D'autres personnes amies de la famille vinrent aussi me visiter, mais je suppliai Marie de leur dire que je ne voulais pas recevoir de visites ; cela me déplaisait de «voir des personnes assises autour de mon lit en rang d'oignons et me regardant comme une bête curieuse.» La seule visite que j'aimais était celle de mon Oncle et ma Tante.

Depuis cette maladie je ne saurais dire combien mon affection pour eux augmenta, je compris mieux que jamais qu'ils n'étaient pas pour nous des parents ordinaires. Ah ! ce pauvre petit Père avait bien raison quand il nous répétait souvent les paroles que je viens d'écrire. Plus tard il expérimenta qu'il ne s'était pas trompé et maintenant il doit protéger et bénir ceux qui lui prodiguèrent des soins si dévoués... Moi je suis encore exilée et ne sachant pas montrer ma reconnaissance, je n'ai qu'un seul moyen pour soulager mon coeur : Prier pour les parents que j'aime, qui furent et qui sont encore si bons pour moi !

Léonie était aussi bien bonne pour moi, essayant de m'amuser de son mieux, moi je lui faisais quelquefois de la peine car elle voyait bien que Marie ne pouvait être remplacée auprès de moi...

Et ma Céline chérie, que n'a-t-elle pas fait pour sa Thérèse ?... Le Dimanche au lieu d'aller se promener elle venait s'enfermer des heures entières avec une pauvre petite fille qui ressemblait à une idiote ; vraiment