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Ms A 30v

mais jamais je ne le dirai à personne, car alors mon bonheur disparaîtrait. Sans aucun effort je baissai les yeux, et je vis Marie qui me regardait avec amour ; elle semblait émue et paraissait se douter de la faveur que la Ste Vierge m'avait accordée... Ah ! c'était bien à elle, à ses prières touchantes que je devais la grâce du sourire de la Reine des Cieux. En voyant mon regard fixé sur la Sainte Vierge, elle s'était dit : «Thérèse est guérie!» Oui, la petite fleur allait renaître à la vie, le Rayon lumineux qui l'avait réchauffée ne devait pas arrêter ses bienfaits ; il n'agit pas tout d'un coup, mais doucement, suavement, il releva sa fleur et la fortifia de telle sorte que cinq ans après elle s'épanouissait sur la montagne fertile du Carmel.

Comme je l'ai dit, Marie avait deviné que la Sainte Vierge m'avait accordé quelque grâce cachée, aussi lorsque je fus seule avec elle, me demandant ce que j'avais vu, je ne pus résister à ses questions si tendres et si pressantes ; étonnée de voir mon secret découvert sans que je l'aie révélé, je le confiai tout entier à ma chère Marie... Hélas ! comme je l'avais senti, mon bonheur allait disparaître et se changer en amertume ; pendant quatre ans le souvenir de la grâce ineffable que j'avais reçue fut pour moi une vraie peine d'âme, je ne devais retrouver mon bonheur qu'aux pieds de Notre-Dame des Victoires, mais alors il me fut rendu dans toute sa plénitude... je reparlerai plus tard de cette seconde grâce de la Ste Vierge. Maintenant il me faut vous dire, ma Mère chérie, comment ma joie se changea en tristesse. Marie après avoir entendu le récit naïf et sincère de «ma grâce» me demanda la permission de la dire au Carmel, je ne pouvais dire non... A ma première visite à ce Carmel chéri, je fus remplie de joie en voyant Pauline avec l'habit de la Sainte Vierge,