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Témoin 21 - Étienne Frapereau

Etienne Frapereau naquit à La Jumellière (diocèse d'Angers) le 12 avril 1831.

Curé de Beaucouzé (1870-1876) et de La Salle-de-Vihiers (1876-1908), il se retira ensuite dans la communauté sacerdotale Saint-Martin de Beaupréau (Maine-et-Loire) où il mourut le 27 décembre 1913.

L'abbé Frapereau témoigna d’une apparition de soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus à un prêtre âgé, monsieur Rossignol, qui avait été ainsi libéré de l'angoisse qui l'éprouvait à la pensée du jugement de Dieu.

Le témoin déposa le 30 mars 1911, au cours de la session 72ème, f. 1161v-1164r de notre Copie publique.

 

[Session 72: - 30 mars 1911 à 8h. 30]

 

[1161v] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Etienne Frapereau né à La Jumellière, diocèse d'Angers, le 12 avril 1831, du légitime mariage de Charles Frapereau horloger et de Jacquine Colaisseau. Je suis prêtre, aujourd'hui retraité à la communauté de Saint-Martin de Beaupréau, diocèse d'Angers. Ma vie sacerdotale s'est écoulée dans l'exercice du ministère paroissial, ayant été successivement curé de Beaucouzé (1870-1876) et de La Salle de Vihiers, diocèse d'Angers (1876-1908); depuis 1908 je suis à Beaupréau.

 

[Le témoin répond correctement de la troisième à la septième demande].

 

[1162r] [Réponse à la huitième demande]:

Mon témoignage portera seulement sur un fait miraculeux que j'ai appris de celui-là même qui en a été l'objet, comme je l'exposerai en racontant le fait.

[Réponse à la neuvième demande]:

Je ne puis pas dire que j'aie une dévotion particulière pour la Servante de Dieu. On en a beaucoup parlé à la communauté où j'habite et j'ai lu sa Vie qui m'a beaucoup édifié.

 

[De la dixième à la vingt-huitième inclusivement, les demandes sont omises, car pour la citation de ce témoin le vice-postulateur n'a insisté que sur un seul ,fait, à savoir l'assertion de l'apparition de la Servante de Dieu. On en arrive donc aussitôt à la vingt-neuvième demande. Le témoin répond]:

Celui qui a été favorisé de cette apparition est monsieur l'abbé Rossignol, âgé d'environ 76 ans. Il avait été professeur au grand séminaire de Luçon, pendant environ 26 ans; il y avait enseigné successivement la théologie dogmatique et morale. Depuis quatre ans environ, il faisait partie de notre commu- [1162v ] nauté de prêtres retraités à Saint-Martin de Beaupréau. Monsieur Rossignol jouissait dans tout le diocèse de Luçon d'une réputation de professeur très distingué et de prêtre d'une haute sainteté. A la communauté, nous le considérions tous comme un « saint.» C'était une âme timorée; l'ombre d'un péché véniel l'aurait fait trembler. Il passait chaque jour deux heures entières auprès du Très Saint Sacrement, et pendant tout ce temps il se tenait à genoux, malgré son âge et ses infirmités. Après sa mort, on a trouvé plusieurs instruments de pénitence dont il faisait usage, et personne n'en a été étonné. Il était d'un jugement très calme et très sûr, c'était un homme positif de grande expérience et n'était pas porté aux écarts d'imagination. Il souffrait depuis longtemps d'une affection chronique des intestins, mais cet état ne l'empêchait pas de prendre part à toute la vie commune et ne faisait nullement prévoir, à la date de l'apparition, la mort presque subite qui eut lieu deux jours après. La lecture de la vie de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus lui avait inspiré une très grande dévotion pour la Servante de Dieu. Voici maintenant le simple récit du fait extraordinaire dont il a été l'objet:

 

Le 16 janvier dernier, au matin, [1163r] je lui demandai des nouvelles de sa santé; il me répondit: « Merci, la nuit a été bonne, bien bonne, vu mon état habituel, mais ce qui a été bon surtout, très bon, c'est mon réveil et mon lever de ce matin, J'ai vu à ce moment la petite soeur Thérèse, c'est bien elle, je l'ai bien vue et reconnue telle que nous la donne sa photographie; elle se tenait au chevet de mon lit; elle me regardait en souriant et me fit comprendre par ses signes et l'expression de tout son visage qu'elle venait me dire: je m'occupe de votre affaire... de l'affaire; ça va venir bientôt, comptez-y'. Il a ajouté: ce n'est pas un rêve, j'étais parfaitement éveillé.»

Que signifiaient ces paroles de monsieur Rossignol? La discrétion m'empêcha de le lui demander. Il s'éloigna l'air heureux, en me recommandant de ne parler de cela à personne. La mort de ce saint prêtre, arrivée soudainement le surlendemain, m'a délié de ma promes-

 

TÉMOIN 21: Etienne Frapereau

 

se et me permet de dire aujourd'hui ce qu'il voulait tenir caché - je n'en doute nullement - par esprit d'humilité. On m'a dit que monsieur Rossignol avait une terreur exagérée des jugements de Dieu, d'où l'on a inféré que l'apparition de la Servante de Dieu avait pour objet de [1163v] lui annoncer sa mort prochaine et de le rassurer. Le fait est qu'au moment de mourir, il a fait, en ma présence, le sacrifice de sa vie avec des transports de joie extraordinaire, sans aucune manifestation de frayeur ou de crainte. Mais ces appréhensions intérieures de son âme, je dois dire qu'il ne me les avait jamais manifestées, je les ai connues par ce que m'en a dit le père Arsène, religieux trappiste de Belle-Fontaine, son confesseur ordinaire, et aussi monsieur l'abbé Gaignet qui avait été son collègue à Luçon pendant 16 ans, je tiens aussi du même père Arsène que monsieur Rossignol lui avait fait le 16 janvier le même récit de l'apparition qu'il m'avait fait à moi-même. D'ailleurs, j'ai en main, pour la verser au Procès, l'attestation écrite et légalisée de ce dit père Arsène, pièce rédigée sur la demande de monseigneur de Teil, vice-postulateur.

 

[Les juges reconnaissent l'authenticité de ce document et après l'avoir montré au promoteur de la foi, ils ordonnent que moi, notaire, je l'insère au terme de la présente attestation].

 

[1164r][Réponse à la trentième demande]:

J'ai dit tout ce que je sais.

 

[Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Signatum:Testis deposui ut supra secundum veritatem, ratum habeo et confirmo.

ETIENNE FRAPEREAU, presbyter

 

[1164v] [Relation authentique du révérend père Arsène]:

Je soussigné, atteste que le seize janvier 1911, j'ai reçu la visite de monsieur l'abbé Rossignol qui s'adressait à moi pour les confessions. Il m'a dit avoir vu ce matin-là, à son réveil, la Servante de Dieu soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, qui se tenait près de son lit. Je sais personnellement aussi la grande dévotion qu’il avait pour elle. Il m'avait fait le confident des terreurs qu'il avait des jugements de Dieu, après sa mort. J'ai été heureux d'apprendre que, deux jours après, quelques heures avant sa mort, il avait offert avec enthousiasme à Dieu le sacrifice de sa vie.

Signé: Frère MARIE ARSÈNE, O.C.R., presbyter.