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Témoin 22 - Jean-Jules-Pierre Gaignet

Jean-Jules-Pierre Gaignet naquit à Gué-de-Velluire (diocèse de Luçon) le 11 mai 1839. Professeur de théologie dogmatique et d'Ecriture Sainte au grand séminaire de Luçon, puis, devenu sulpicien, professeur de théologie morale à Dijon et supérieur du grand séminaire de Limoges, résidant enfin à Issy, monsieur Gaignet témoigne au sujet de l'apparition de soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus à l'abbé Rossignol le 16 lévrier 1911, dont il vient d'être question. Il apporte des compléments d'information.

Le témoin déposa les 30 et 31 mars 1911, au cours des sessions 72 et 73, f. 1165r-1172r de notre Copie publique.

 

[Session 72: - 30 mars 1911, à 3h. de l'après-midi]

 

[1165r] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Jean-Jules-Pierre Gaignet, né au Gué-de-Velluire, diocèse de Luçon, le 11 mai 1839, du légitime mariage de Jean Gaignet, cultivateur, et de Modeste Freté. Je suis prêtre du diocèse de Luçon; après avoir été professeur pendant quelques mois au petit séminaire des Sables-d'Olonne (18621863), j'ai été appelé au grand séminaire de Luçon, où j'ai été professeur d'Ecriture Sainte, puis de théologie dogmatique (1863-1884). Je suis ensuite entré dans la Congrégation de Saint Sulpice (1884); après avoir enseigné la théologie morale à Dijon (1884-1885) à titre d'auxiliaire j'ai fait mon noviciat (18851886) et j'ai été envoyé comme supérieur au grand séminaire de Limoges (1886-1905). Depuis ce temps, [1165v] je suis à la résidence de Saint Sulpice à Issy, diocèse de Paris.

 

[Le témoin répond correctement de la troisième à la septième demande].

 

TÉMOIN 22: Jean Gaignet

 

[Réponse à la huitième demande]:

Mon témoignage se limite au cas de monsieur l'abbé Rossignol, favorisé à Beaupréau d'une apparition de la Servante de Dieu. Je puiserai la matière de ma déposition dans la connaissance personnelle que j'ai eue des dispositions de monsieur Rossignol qui a été d'abord mon professeur, puis mon collègue au grand séminaire de Luçon. A ce double titre, j'ai vécu dans son intimité pendant 25 ans.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

J'ai une dévotion particulière pour la Servante de Dieu, dont j'ai lu la vie avec beaucoup d'édification. J'ai reconnu en elle une âme d'élite et d'une sainteté héroïque dont je désire et espère la béatification.

 

[Comme à la requête du vice[1166r]postulateur le témoin avait été cité pour donner son témoignage sur l'apparition de la Servante de Dieu, les demandes sont omises de la dixième à la vingt-huitième inclusivement, et l'on passe tout de suite à la vingt-neuvième. Réponse du témoin]:

J'ai connu intimement pendant 25 ans monsieur l'abbé Jules Rossignol, directeur au grand séminaire de Luçon, où il a successivement enseigné et avec un égal succès la théologie dogmatique et morale. Il avait l'esprit ferme et élevé; son enseignement était précis et d'une parfaite orthodoxie: c'était un professeur hors ligne. Il était prudent dans ses conseils et ne manifestait aucune tendance à un mysticisme exagéré; ses vertus, et notamment son humilité, écartent la pensée et même le soupçon qu'il ait voulu se rehausser dans l'estime de ceux auxquels il a confié le secret de l'apparition dont il dit avoir été favorisé. Cette faveur surnaturelle d'une vision de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, il en a fait confidence à deux personnes différentes, dont le témoignage m'est parvenu comme je vais dire. Le premier confident de cette grâce fut monsieur l'abbé Frapereau, ancien curé de la Salle de Vihiers, son collègue de pension à la communauté de Saint-Martin de Beaupréau. J'ai eu entre les mains et j'ai lu le rapport écrit [1166v] que ledit monsieur Frapereau avait fait de cette communication au vice-postulateur de la Cause. De plus, j'ai vu ces jours derniers le même monsieur Frapereau qui m'a fait verbalement et avec encore plus de détails le même récit. Il m'a dit que le matin du 16 janvier 1911, comme il demandait à monsieur Rossignol des nouvelles de sa santé, celui-ci lui avait répondu que la nuit avait été bonne et même très bonne, et surtout son réveil, car alors il avait vu distinctement au chevet de son lit la Servante de Dieu soeur Thérèse de l’Enfant Jésus qui lui était apparue souriante, lui faisant comprendre que l'affaire qu'il lui avait confiée, était en bonne voie.

 

L'autre confident de monsieur Rossignol fut le père Arsène, trappiste de Bellefontaine, son confesseur. J'ai vu en effet, au Carmel de Lisieux, un rapport écrit et signé de la main dudit père Arsène, avec la signature légalisée, dans lequel ledit père Arsène atteste que monsieur Rossignol lui a déclaré le fait de l'apparition près de son lit de la Servante de Dieu. Dans cette pièce, le père Arsène parle aussi des grandes craintes qu'avait monsieur Rossignol des jugements de Dieu. Je ne doute pas que monsieur le vice-postulateur se propose de verser un jour cette pièce au dossier du Procès. La connaissance que j'ai de la valeur morale de monsieur Rossignol me fait affirmer que [1167r] son témoignage est très recevable quand il atteste que la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus lui est apparue et qu'il l'a parfaitement reconnue à sa ressemblance avec ses portraits. Je tiens donc ce fait comme réel sans aucune hésitation.

 

[Demande du juge: savez-vous si ledit monsieur Rossignol jouissait encore à la fin de sa vie de la remarquable lucidité d'esprit dont vous avez parlé? Réponse]:

Je n'en doute pas et n'en puis douter, vu les témoignages que j'en ai reçus de ceux qui l'ont connu jusqu'au dernier moment, notamment monsieur Frapereau et le propre neveu de monsieur Rossignol, prêtre distingué et très grave du clergé de Luçon.

 

[Puis le témoin poursuit]:

Quant au sens à attacher à cette parole de monsieur Rossignol: « Elle m'a fait comprendre que mon affaire était en bonne voie », tout le monde a regretté que monsieur Frapereau n'ait pas insisté pour savoir de lui quelle était cette affaire. Ceux qui connaissaient bien monsieur Rossignol ont interprété dans deux sens, qui d'ailleurs ne s'excluent pas, et sont également à l'honneur de cet excellent prêtre: l° la Servante de Dieu veut le rassurer contre les craintes qu'il avait des jugements de [1167v] Dieu. Ces craintes, il me les avait souvent manifestées, soit comme ami, soit comme directeur de sa conscience (j'étais en effet son confesseur entre 1870 et 1884). Or, au dire des témoins de sa mort, l'épanouissement insolite de son visage, la cessation subite de ses craintes, le sacrifice de sa vie fait avec enthousiasme, sont des faits qui contrastent tellement avec l'état habituel de monsieur l'abbé Rossignol, qu'on a toute raison de les considérer comme les effets de l'apparition de soeur Thérèse. 2° Dans cette apparition, monsieur Rossignol a pu voir l'annonce de sa fin prochaine et, par le fait même de sa mort, la solution d'une affaire qui lui était fort à coeur et qu'il recommandait à la Servante de Dieu. Voici la nature de cette affaire telle qu'elle m'est exposée dans une lettre que monsieur l'abbé Camille Rossignol, son neveu, m'a écrite. Il avait fondé une belle école chrétienne et comptait pour l'entretenir sur ses ressources personnelles. La prolongation de sa vie, diminuant ses ressources, paraissait compromettre l'avenir de son oeuvre. « Dans sa pensée -m'écrit son neveu - il devait mourir pour que son école vécût.»

 

TÉMOIN 22: Jean Gaignet

 

[Session 73: - 31 mars 1911, à 8h. 30]

 

[1171v] [Réponse à la trentième demande]:

Je crois avoir dit tout ce que je sais concernant la Cause.

[Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Ita pro veritate deposui, ratum [1172r] habeo et confirmo.

Signatuni: J. GAIGNET, prêtre