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Témoin 23 - Anatole-Armand-Marie Flamérion, S.J.

Anatole-Armand-Marie Flamérion naquit à Paris le 7 octobre 1851. Il entra dans la Compagnie de Jésus, enseigna pendant dix ans dans divers collèges en s'adonnant aussi à la prédication et fut nommé directeur de la «Villa Manrèse», maison de retraites sise à Clamart, près Paris. Il était là bien placé pour se rendre compte du profond attrait exercé sur les prêtres par soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Il succédait en 1909 au père de Haza comme exorciste du diocèse de Paris.

Le père Flamérion souligne avec combien de prudence il faut savoir mesurer les paroles des obsédés.

Rappelons que mère Agnès avait écrit le 12 janvier 1911 au père postulateur: «Nous recevons de plus en plus de lettres de tous côtés qui témoignent de la confiance qu'inspire l'intercession de notre petite soeur; elle continue à guérir les corps et à convertir les âmes. Le démon dans les exorcismes est obligé d'en convenir. Un père jésuite très sérieux m'en écrivait dernièrement en confidence: La Providence et l'obéissance m'ont confié la même mission qu'au vénéré père de Haza et soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus se montre bien puissante dans les luttes dont je suis chargé contre l'esprit malin. A plusieurs reprises, le démon pris de peur et forcé d'en faire l'aveu humiliant s'est écrié, montrant un point de l'horizon: « Ah! la voilà! » «Qui donc?» - «La petite carmélite! » - « Dis son nom! » - « Thérèse de l'Enfant-Jésus! » - Et, à une autre reprise, il ajoute furieux: « Elle est là, la petite mangeuse des prêtres! Oh! qu'elle m’en a arrachés! » (Arch. Gen. OCD, 398d: 9). Le père Flamérion déposera aussi au Procès Apostolique le 25 août 1916.

Le présent témoignage a été donné le 3 avril 1911, au cours de la 74ème session, f. 1175v- 1180r, de notre Copie publique.

 

TÉMOIN 23: Anatole Flamérion S.J.

 

[Session 74: - 3 avril 1911, à 8h. 30 et à 2h. de l'après-midi]

 

[1175v] [Le témoin répond correctement à la première demande].

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Anatole-Armand-Marie Flamérion, né à Paris paroisse Saint-François-Xavier, le 7 octobre 1851, du légitime mariage de Nicolas-Alexandre Flamérion, employé à la ville de Paris, et de Louise Adélaïde Charlotte Sicart. Je suis religieux profès de la Compagnie de Jésus. J'ai été appliqué pendant 15 ans à l'enseignement dans un collège et simultanément aux oeuvres et à la prédication; ensuite j'ai été spécialement appliqué à la prédication, jusqu'en 1900, A cette époque, j'ai été appelé à diriger la maison dite « Villa Manrèse » à Clamart, diocèse de Paris, où se donnent des séries de retraites sacerdotales. Depuis 18 mois, j'ai été désigné par monseigneur l'archevêque de Paris pour exercer dans ce diocèse les fonctions d'exorciste.

 

[1176r] [Le témoin répond correctement de la troisième à la septième demande].

[Réponse à la huitième demande]:

Je n'ai pas connu la Servante de Dieu si ce n'est par la lecture de l'« Histoire d'une âme », je ne me servirai d'ailleurs pas de cet ouvrage dans ma déposition. Les détails que j'ai à faire connaître au tribunal se rapportent à des grâces obtenues par la Servante de Dieu, depuis sa mort, et je les ai connues par mon observation personnelle dans l'exercice de mon ministère, soit d'exorciste, soit aussi de directeur des prêtres dans les retraites qu'ils viennent faire à la « Villa Manrèse.»

 

[Réponse à la neuvième demande]:

Vers 1906, je fis une lecture très hâtive, superficielle et incomplète de l'« Histoire d'une âme », et j'en retirai une impression plutôt défavorable: cette Biographie me paraissait mièvre et puérile. Quelques années après, en 1909, apprenant de personnes graves et très chrétiennes que la [1176v] lecture de ce même livre leur faisait beaucoup de bien, je me décidai à en faire une étude réfléchie, et ma première impression changea du tout au tout. J'y trouvai une spiritualité très profonde et très forte. D'autre part, je constatai des grâces précieuses obtenues par l'intercession de la Servante de Dieu, soit par des prêtres ou d'autres personnes que je dirigeais, soit par moi-même. Depuis ce temps, j'ai pour la Servante de Dieu une grande dévotion et j'espère que le Procès de sa béatification aura une heureuse issue.

 

[Réponse de la dixième à la vingt-huitième demande]:

Je n'ai rien de spécial à dire sur ces questions.

 

[Réponse à la vingt-neuvième demande]:

Pour l'intelligence de ce que j'aurai à dire de la Servante de Dieu, je dois exposer en quelques mots ce qu'on appelle l'« Oeuvre de la Mère toute miséricordieuse et des Victimes du Coeur de Jésus.» Pour venir en aide à l'Eglise et aux âmes contre un déchaînement particulièrement [1171r] redoutable des démons, auxquels le Souverain Pontife Léon XIII fait allusion dans la prière qu'il a prescrit de dire après la messe, la très Sainte Vierge « Mère toute miséricordieuse » a choisi un certain nombre de « victimes volontaires » sur lesquelles le démon reçoit une puissance spéciale de possession et qui, par leur générosité à supporter et à offrir à Notre Seigneur ces terribles épreuves, usent la puissance des démons, et ainsi servent l'Eglise en préservant ou délivrant les autres âmes. Le père de Haza, mon prédécesseur dans la fonction d'exorciste qu'il remplit durant 36 ans, reconnut ce plan miséricordieux dans l'exercice même de son ministère. Ayant été son « socius » pendant neuf ans dans cette fonction d'exorciste officiel, puis son successeur depuis 1909, j'ai moi-même constaté par des faits multiples la réalité de ce dessein. En 1900, le révérend père de Haza fit présenter au Saint Office, par monseigneur l'archevêque de Tours, une relation des constatations qu'il avait faites. En 1901, le Saint Office répondit à monseigneur l'archevêque de Tours en ces termes: « On a trouvé cet ouvrage intéressant au suprême degré; tout ce qui y est raconté est conforme à la doctrine de l'Eglise. On a particulièrement [1177v] remarqué que tout l'ensemble est en conformité avec ce que supposent les prières prescrites par le Saint Père sur une sorte de déchaînement des démons.»

 

[Suite de la réponse à la vingt-neuvième demande]:

Je dois remarquer encore que les auteurs de théologie mystique reconnaissent qu'au cours des exorcismes, les démons sont souvent contraints, en dépit même de leur tendance au mensonge, de faire, à leur confusion, l'aveu de vérités intéressant la gloire de Dieu et le bien des âmes; ces mêmes auteurs donnent des règles sûres pour discerner la vérité du mensonge entre ces diverses as-[1178r]sertions. Il y a de même des règles sûres, sanctionnées par l'Eglise, pour reconnaître les effets divins dans les âmes et les distinguer des phénomènes d'imagination. Or, dans l'exercice de mon ministère d'exorciste, j'ai reconnu sans pouvoir en douter, soit par l'aveu des démons, toujours concordants dans des exorcismes multiples, intéressant des sujets divers, totalement inconnus les uns des autres, soit par les déclarations conformes de ces mêmes âmes sous l'action divine, j'ai reconnu, dis-je:

 

1°. Que la très Sainte Vierge a orienté l'« Oeuvre des Victimes », dont j'ai parlé ci-dessus, très particulièrement vers la sanctification des prêtres et la réparation des outrages faits à Notre Seigneur, dans la sainte Eucharistie, par les prêtres indignes.

 

2o. Que dans cette oeuvre de miséricorde et d'amour, entreprise pour la sanctification des prêtres, la Sainte Vierge s'est associée d'une manière toute spéciale la Servante de Dieu Thérèse de l’Enfant Jésus, laquelle s'emploie: l° à aider ceux qui travaillent à la sanctification des prêtres; 2° à délivrer les prêtres des démons qui les tentent ou même les asservissent, en enchaînant ces démons aux seules « Victimes » dont

 

TÉMOIN 23: Anatole Flamérion S.J.

 

les vertus font leurs tourments et les [1178v] réduisent à l'impuissance.

 

3°. Que les démons redoutent comme particulièrement contraires à leurs entreprises et favorables au progrès des âmes, les actes d'obéissance, d'humilité, de petitesse, d'abandon confiant et d'amour, faits dans l'esprit de la « Petite voie » de soeur Thérèse.

 

A l'appui de ces assertions, voici, entre beaucoup d'autres, quelques-uns des faits que j'ai relevés:

 

A) Le démon a déclaré, par la bouche de plusieurs possédées, tout-à-fait inconnues les unes aux autres, que soeur Thérèse de l’Enfant Jésus m'assiste dans mon ministère, précisément parce que je m'occupe de la sanctification des prêtres. « Thérèse t'était préparée depuis longtemps - C'est elle qui dirige ton bras - C'est la Vierge qui te l'a envoyée » (Exorcisme du 20 janvier 1910 sur j.... Paris). - « Thérèse est l'ange de ton sacerdoce et de ton ministère auprès des prêtres » (Cette réponse du démon m'a été faite en maintes circonstances diverses, notamment le 30 juillet 1910). « Thérèse t'a été donnée, elle est tienne et t'assiste toujours, à cause de ta mission sacerdotale » (9 février 1911, exorcisme de J... ). - « Thérèse t'a été donnée à cause de ta mission... elle t'aide pour les [1179r] prêtres » (Exorcisme de M... le 8 décembre 1910 - M... complètement inconnue de J... ).

 

B) Le démon a déclaré de même que soeur Thérèse lui avait arraché beaucoup d'âmes de prêtres. « Elle est là, la petite carmélite, Thérèse de l’Enfant Jésus, cette petite mangeuse de prêtres:

Oh! qu'elle m'en a arrachés » (Exorcisme de J... 25 novembre 1909 - item 27 janvier 1910: « Thérèse de l’Enfant Jésus! elle m'en a arraché des prêtres! »).

 

C) Le démon déclare ailleurs que Thérèse l'a arraché de l'âme d'un prêtre, et que la Vierge l'a relégué dans le corps d'une « victime volontaire »: « Oui, c’est ta Thérèse qui m'a arraché cette âme et qui est cause que je suis enfermé par la Vierge.»

 

D) Le démon confesse que la voie de perfection par l'humilité et l'obéissance qu'enseigne Thérèse de l’Enfant Jésus lui est particulièrement odieuse: il l'appelle avec dédain « suprême imbécillité.» « Qu'est-ce donc - disais-je au démon - qui a attiré le Coeur de Jésus vers cette petite Thérèse? » - « Parce que - répond-il - c'était une âme qui se détruisait!... Une âme détruite! Ah! Jésus vient et y demeure; un [1179v] prêtre, qui aurait l'âme détruite, sauverait le monde; il serait un Christ vivant » (Exorcisme de J... 10 mars 1910). « Thérèse est parvenue à la suprême imbécillité », disait un jour le démon; et comme je lui demandais: « Qu’entends-tu donc par cette suprême imbécillité? », il répondit: « Parce qu'elle était petite.»

En dehors de ce ministère d'exorcisme, j'ai pu constater aussi dans le ministère ordinaire des retraites de prêtres à la « Villa Manrèse », que la dévotion à la Servante de Dieu leur inspire un grand désir de progresser dans la sainteté. Il vient à la « Villa Manrèse » de 400 à 500 prêtres par an, et beaucoup d'entre eux m'entretiennent de leur confiance en la Servante de Dieu. D'aucuns même la considèrent comme une auxiliaire et comme associée à leur ministère et à leur vie spirituelle.

 

[Réponse à la trentième demande]:

Je n'ai rien à ajouter.

 

[1180r] [Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Testis deposui ut supra pro veritate, ratum habeo et confirmo.

Signatum: A. FLAMÉRION, S.J.