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Témoin 24 - Soeur Marie du Saint‑Rosaire O.S.B.

TEMOIN XXIV

SOEUR MARIE DU SAINT‑ROSAIRE, O.S.B.

Le témoin, comme nous le savons par le Procès Informatif Ordinaire, avant d'entrer chez les bénédictines fut, pendant trois ans, compagne de Thérèse au pensionnat de Notre‑Dame du Pré à Lisieux. Elle s'appelait dans le monde Marguerite-Léonie-Augustine Leroy; elle était née à Lisieux le 27 juin 1867. Elle fit profession chez les bénédictines de Lisieux le 2 juillet 1900 et y mourut le 19 mars 1935.

 

Le témoignage de cette religieuse ne nous apporte rien de spécial. Elle fait allusion à quelques faits de l'adolescence de Thérèse, du reste déjà bien connus par l'Histoire d'une âme, mais ne dit rien de ce que pouvait être pour elle l'âme de la sainte en ces années.

Nous attribuons une valeur spéciale à ce qu'elle nous dévoile relativement à deux religieuses anciennes de la communauté des bénédictines de Lisieux qui étaient opposées à Thérèse. La première, qui la définissait par sa « susceptibilité », avait bien saisi cette note typique du caractère de Thérèse, ce point sur lequel la sainte eut beaucoup à lutter; l’autre, qui avait l'esprit de contradiction, disait ne pas croire « à toutes ces saintetés mystiques »: elle n'avait donc rien compris à Thérèse et à son esprit.

Le témoin a déposé dans le parloir de son monastère le 13 mars 1917, au cours de la session 70, et sa déposition va de la page 1470 [i.e.1370] à la page 1374  de notre Copie publique.

 

[Session 70: ‑ 13 mars 1917, à 9h.]

[1370] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 

Réponse à la deuxième demande]:

Je m'appelle Marguerite‑Léonie‑Augustine Leroy, née à Lisieux le 27 juin 1867 de Ferdinand Leroy, employé de commerce, et de Clémentine‑Malvina Rivière. Je suis religieuse professe des bénédictines de Lisieux où j'ai fait profession le 2 juillet 1900.

 

TÉMOIN 24: Soeur Marie du Saint‑Rosaire O.S.B.

 

 [Le témoin répond correctement de la troisième à la cinquième demande].

 [Réponse à la sixième demande]:

Je n'ai aucun sentiment qui puisse m'empêcher de dire la vérité. Personne non plus n'a cherché à m'influencer dans mon témoignage.

 

[Réponse à la septième demande]:

J'ai connu la Servante de Dieu, sur­tout dans les années 1881, 1882, 1883. J'étais alors, comme elle, élève demi‑pen­sionnaire des dames bénédictines de Li­sieux. En 1883, je quittai le pensionnat, et par conséquent je vis moins souvent la Servante de Dieu. Cependant, jusqu'à son entrée au Carmel, en 1888, comme j'avais des relations assez fréquentes avec la famille Guérin, j'eus occasion de la ren­contrer quelquefois.

[1371] Après son entrée au Carmel, je n'eus plus avec elle de relations aucunes.

 

 [Réponse à la huitième demande]:

J'ai une grande dévotion à la Servante de Dieu, et je l'invoque avec confiance. Je désire sa béatification parce que je crois qu'elle sera pour la gloire de Dieu et le bien des âmes.

 

 [Réponse à la neuvième demande]:

Je ne sais rien de particulier sur ce point.

 

 [Réponse à la dixième demande]

Lorsque Thérèse Martin vint aux béné­dictines, à l'âge de 8 ans et demi, en 1881, j'y étais moi‑même élève depuis plu­sieurs années. J'avais alors 14 ans. Quoi­que, à cause de cette différence d'âge, je ne fusse pas dans la même section, j'avais pourtant quelques occasions de l'obser­ver. J'ai remarqué en particulier qu'elle paraissait timide et extrêmement sensible. Elle avait cependant une gaieté douce et aimable. Je ne crois pas avoir remarqué à cette époque qu'elle eût à souffrir de ses compagnes. Mais elle le laisse en­tendre dans l'histoire de sa vie, et je me rends compte après coup qu'il en devait être ainsi: il y avait en effet un contraste frappant d'éducation, de caractère et de piété entre elle et plusieurs de ses com­pagnes précisément de son âge.

 

Je me rappelle plus particulièrement trois traits de sa vie à cette époque: 1° Pour les moindres [1372] détails, elle é­tait en peine de ne pas contrister sa soeur Pauline. 2° Comme j'étais présidente d'une association de piété dans la maison, elle vint me demander conseil pendant la récréation, suivant la coutume de la mai­son. Elle avait environ 10 ans, et je fus très surprise de sa question: elle me de­manda en effet de lui expliquer comment on faisait la méditation. 3° Je crois me souvenir aussi qu'elle m'expliqua alors comment elle‑même faisait oraison près de son lit: elle se cachait dans la ruelle, me disait‑elle, et là « je pense » @MSA 33,2@. Mais comme plusieurs de nos soeurs m'ont rap­porté qu'elle leur avait dit cette même pa­role, et qu'on s'en est souvent entretenu dans la communauté, même avant la pu­blication de 1'« Histoire d'une âme », je me suis prise à douter si vraiment elle-­même me l'avait dit ou si je l'avais seulement entendu rapporter par nos soeurs; en tous cas, il n'est pas douteux qu'elle ait dit à quelqu'une de nous cette paro­le. Je n'ai pas d'autres souvenirs précis ni sur sa maladie ni sur sa première com­munion.

Après qu'elle fut sortie de la pension, je la rencontrais quelquefois dans sa fa­mille ou à l'église. Elle avait gardé son attitude réservée, manifestait une piété très profonde, mais à la fois très simple et nullement guindée. Il me semble qu'elle communiait plus fréquemment que ne le faisaient à cette époque les jeunes de son âge.

 

 [Réponse de la onzième à la cinquante‑sixième demande]:

Je n'ai aucune information personnelle sur ces questions.

 

[1373] [Réponse à la cinquante‑septième demande]:

D'une manière générale, dans notre communauté on croit à la sainteté de la Servante de Dieu, on l'invoque et on a confiance en son intercession. On croit que 1'« Histoire de sa vie » exprime la vérité à son sujet. J'en suis moi‑même d'autant plus persuadée, que l'ayant con­nue elle‑même ainsi que sa famille, je re­trouve dans ce livre la vérité de ce que j'ai observé.

 

 [Ré­ponse à la cinquante‑huitième demande]:

J'ai connu dans notre communauté deux de nos soeurs, anciennes maîtresses, qui émettaient sur la sainteté de la Servante de Dieu une opinion moins favorable. Elles n'articulaient cependant aucune accusa­tion précise. L'une insistait sur la grande sensibilité de Thérèse enfant, qu'elle appelait « de la susceptibilité »; quant à l'autre, il est notoire dans la communauté qu'elle a un esprit de contradiction très accentué et un jugement peu sûr. Du reste, elle ne dit rien de précis, sinon «qu'elle ne croit pas à toutes ces sainte­tés mystiques.»

 

 [Réponse de la cinquante­-neuvième à la soixante‑cinquième demande inclusivement]:

J'entends dire dans la communauté qu'on a obtenu des grâces personnelles par son intercession, mais je ne connais personnellement aucun fait qu'on puisse qualifier miracle.

 

 [Ré­ponse à la soixante‑sixième demande]:

Je ne vois pas autre chose à dire.

 

[1374]

 [Au sujet des Ar­ticles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. ‑ Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

 

Signatum: SOEUR MARIE DU SAINT RO­SAIRE, témoin, j'ai déposé comme ci­dessus selon la vérité, je le ratifie et je le confirme.