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Témoin 3 - Almire Pichon, S. J.

TÉMOIN III

ALMIRE PICHON, S. J.

On peut se rapporter à sa notice biographique donnée au volume I  de ce Procès (pp. 378-379).

En bref, le P. Pichon (1843-1919) fut un prêtre de grande valeur: directeur spirituel, prédicateur de retraite et conquérant d’âmes, en Europe et au Canada, (là durant une dizaine d'années).  Très doué au double point de vue humain et surnaturel, il pouvait s’adresser avec succès aux personnes de tous les milieux: aux ouvriers, aux domestiques, aux religieux et aux prêtres.  Il prêchait une confiance illimitée au Coeur de Jésus dont il avait un culte ardent.

Entré en contact avec les Martin à Lisieux, en 1882 (par Marie, la soeur aînée) il devint peu à peu le père spirituel de toute la famille et continua de l'être, même au cours de ses absences au Canada (1885-1886; 1888-1907). Thérèse fut aussi en rapport avec lui et en reçut un vrai bienfait. Comme déjà dit (vol.  I, p. 379), le P. Pichon n'a conservé aucune des lettres qu'il reçut d'elle et c'est une perte irrémédiable..  Le témoin déclarera ci-dessous qu'il « regrette de n'avoir pas gardé les lettres de Thérèse » (p. 266), précisant qu'il ne s'agissait que de « quelques lettres » (p. 272).  Cette affirmation ne cadre pas avec le texte du Manuscrit A, f 71 r°: « Réduite à recevoir de lui une lettre par an, sur 12 que je lui écrivais (... ).» On peut se reporter à ce sujet au vol.  I. p. 379.

Le P. Pichon dépose en 1915, d'une manière certainement beaucoup plus riche que lors du Procès informatif ordinaire, en 1911.

Ainsi dit-il de Soeur Thérèse: « Elle ne se répandait pas en un flux de paroles.  Elle exposait ses questions très nettement, mais avec une grande sobriété, sans insister aucunement pour faire prévaloir son sentiment.  C'était d'ailleurs facile de diriger cette enfant-là: le Saint-Esprit la conduisait; je ne crois pas avoir eu jamais... à la prémunir contre une illusion » (pp. 265-266).  Ceci encore: « Ce qui m'a particulièrement frappé c'est son esprit de foi constant, toujours en éveil, qui l'amenait à penser à Dieu sans cesse et à le voir en tout.  Il n'y avait rien d'humain dans ses pensées » (p. 267); « Son regard, l'expression de sa physionomie montraient qu’elle se conduisait ainsi par des vues surnaturelles: c'était 'une voyante' qui regardait toujours Dieu » (p. 269).  L'on ne peut pas négliger non plus ce précieux témoignage: «Quelques mois après son entrée au Carmel, lorsque j'y prêchai la retraite, la révérende Marie de Gonzague, alors prieure, me  dit qu’elle était émerveillée de découvrir tant de perfection dans cette enfant; elle ajoutait: 'c'est un trésor pour le Carmel. » (p. 273).

Le P. Pichon déposa le 23 avril 1916, au cours de la 6ème session du Procès (pp. 262-275 de notre Copie publique).

 

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[Session 6: - 23 avril 1915, à 8h.30 et à 2h.30 de l'après-midi]

[262] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 

 [Réponse à la deuxième demande]:

Je m'appelle Almire Théophile Augustin Pichon, né à Carrouges, diocèse de Séez, le 3 février 1843.  Je suis religieux profès de la Compagnie de Jésus résidant actuellement à Versailles.

 

 [Le témoin répond correctement de la troisième à la cinquième demande].

 

 [Le témoin répond correctement à la sixième demande].

 

 [Réponse à la septième demande]:

Vers 1880, j'allai prêcher une retraite d'ouvriers dans une usine à Lisieux.  A cette occasion, je fus mis en relations avec la famille Martin.  La Servante de Dieu avait alors 7 ans.  Les relations intimes qui commencèrent alors avec cette famille se sont poursuivies depuis [263] sans interruption.  Je devins le conseiller spirituel des cinq soeurs.  Soit par lettres, soit dans des entrevues selon l'occasion, nos communications sont restées régulières.

J'ai lu l'autobiographie de soeur Thérèse, mais je n'ai pas besoin de me servir de ce document, je relaterai ce que je sais par moi-même.

 

 [Réponse à la huitième demande]:

Oui, j'ai une grande dévotion à la Servante de Dieu, parce que je l'ai toujours considérée comme une âme extraordinaire, très privilégiée de Dieu.  Je désire sa béatification de tout mon coeur et je prie à cette intention.  J'ai la conviction d'avoir obtenu deux fois ma guérison par son intercession.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

Des parents de soeur Thérèse je n'ai connu que le père à partir de 1880.  Il était déjà retiré à Lisieux.  C'était un vénérable patriarche, toujours surnaturel; un chrétien des anciens jours: l'esprit « moderne» n'avait pas déteint sur lui.  A cette époque, je trouvai dans cette famille autour de monsieur Martin cinq enfants: Marie, Pauline, Léonie, Céline et Thérèse.

 

 [Réponse à la dixième demande]:

Dans la famille Martin, c'est Marie et Pauline qui ont présidé à l'éducation des plus jeunes soeurs, et notamment de Thérèse.  Monsieur Martin avait [264] une grande confiance dans le jugement et le sens pratique de ses filles aînées, et il ne se trompait pas en leur confiant la direction de la maison.  Madame Guérin, leur tante, était souvent consultée: c'était une personne très sage et très chrétienne.  Monsieur Martin avait une affection particulièrement tendre pour Thérèse qu'il appelait sa« petite reine.»  Une enfant moins bien douée qu'elle, eût pu concevoir quelque amour-propre et en souffrir dans sa formation morale; mais je n'ai jamais vu la Servante de Dieu s'en prévaloir; et ses soeurs aînées y acquiesçaient pleinement.

Ce qui m'a beaucoup frappé à cette époque dans la Servante de Dieu, c'est premièrement son esprit de foi: elle voyait le bon Dieu en tout; et sa modestie: elle était recueillie et plutôt silencieuse, n'attirant jamais l'attention sur elle, d'ailleurs souriante et aimable; je n'ai jamais vu un nuage sur le visage de cette enfant.

Je ne sais rien de particulier sur son éducation aux bénédictines.

Lors d'une maladie étrange qu'elle éprouva vers l'âge de dix ans, je fus tenu au courant de ce qui se passait par les lettres de ses soeurs.  Elles me relatèrent à cette époque même les détails de sa guérison y compris le miracle du sourire de la Sainte Vierge tel qu'il est rapporté dans l'« Histoire d'une âme.»  Cette maladie me parut être une affection nerveuse d'ailleurs bien singulière.  Je revis l'enfant peu de temps après sa guérison et plusieurs fois jusqu'à son entrée au Carmel; ce mal, qui aurait pu altérer son équi-[265]libre mental, n'avait laissé absolument aucune trace, ce qui me confirma dans la foi à la guérison miraculeuse.

Je n'étais pas présent à l'époque de la première communion de la Servante de Dieu.

 

 [Réponse à la onzième demande]:

Dès que je l'ai connue, c'est-à-dire dès l'âge de sept ans, la Servante de Dieu me fit part de ses désirs de se consacrer à Dieu.  Quant à la forme particulière de sa consécration dans l'Ordre du Carmel, je ne saurais dire si elle m'en parla avant l'entrée de sa soeur Pauline en religion ou après.  A quinze ans, lorsqu'elle eut l'espoir de pouvoir être admise, elle commença des démarches pour obtenir son entrée au Carmel.

 

 [Pour la direction de sa vie spirituelle et spécialement au sujet de son intention d'entrer en religion, la Servante de Dieu prenait-elle prudemment conseil ou se conduisait-elle plutôt par sa propre prudence? Réponse]:

Je puis affirmer qu'elle prenait conseil.  Elle m'a consulté moi-même et sur sa conduite spirituelle et notamment sur sa vocation.  Elle ne se répandait pas en un flux de paroles.  Elle exposait ses questions très nettement, mais avec une grande sobriété, sans insister aucunement pour faire prévaloir son sentiment.  C'était d'ailleurs facile de diriger cette enfant-là: le Saint Esprit la conduisait; [266] je ne crois pas avoir eu jamais, ni alors ni plus tard, à la prémunir contre une illusion.

Pour revenir à l'affaire de son entrée au Carmel, je crois qu'on y faisait obstacle à cause de son jeune âge et de la délicatesse de sa santé.  Je fus alors tenu au courant, par des lettres de Thérèse et de Céline, des démarches faites à Bayeux et à Rome pour obtenir la permission d'entrer au Carmel.  Elle finit par triompher, mais ce ne fut pas sans difficulté.  Ce qui est remarquable, c'est que son père insistait de son côté avec une générosité admirable pour la donner au bon Dieu.

 

 [Réponse à la douzième demande]:

Elle entra au Carmel en 1888.  Je donnai une retraite à l'automne de la même année, elle était alors postulante.  Après

 

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cette retraite, je fus envoyé au Canada et je n'ai plus revu la Servante de Dieu, avec qui je restai pourtant en communication de lettres.  Ce qui me frappa dans cette retraite, ce furent les épreuves spirituelles par lesquelles Dieu la faisait passer; j'eus alors l'impression très vive que le bon Dieu en voulait faire une grande sainte.

Je regrette bien de n'avoir pas gardé ses lettres et je n'ai qu'une connaissance indirecte du reste de sa vie au Carmel.

Ce que j'en sais je l'ai appris dans l'« Histoire d'une âme» et dans des conversations avec ses soeurs.

 

[267] [Réponse de la treizième à la quatorzième demande]:

Ce que j'ai pu observer me persuade que cette enfant était d'une perfection qui ne se démentait jamais.

 

[Réponse à la quinzième demande]:

Son adhésion aux vérités révélées et aux directions de l'Eglise était d'une foi naïve très droite et très simple.  Mais ce qui m'a particulièrement frappé c'est son esprit de foi constant, toujours en éveil, qui l'amenait à penser à Dieu sans cesse et à le voir en tout.  Il n'y avait rien d'humain dans ses pensées et dans ses actes.

 

 [Réponse à la seizième demande]:

Je ne sais rien de particulier sur ce point.

 

[Le témoin répond de même à la dix-septième demande].

 

 [Réponse à la dix-huitième demande]:

Je sais qu'elle était très ardente dans son désir de communier tous les jours.  Elle me l'a manifesté dans des conversations avant même son entrée au Carmel.

 

 [Réponse à la dix-neuvième demande]:

Je ne sais rien de particulier.

 

 [Réponse à la vingtième demande] :

Elle m'a exprimé plusieurs fois des sentiments très ardents de respect pour les prêtres et de zèle pour leur sanctification.  C'était un des objets les plus ha[268]bituels de sa prière.

 

 [Réponse à la vingt-et-unième demande]:

Je n'ai rien de spécial à dire.

 

 [Réponse de la vingt-deuxième à la vingt-sixième demande]:

Cette enfant était admirablement dégagée des choses de la terre qui n'effleuraient même pas sa pensée; elle vivait constamment dans des régions supérieures et dans la pensée de Dieu.  Son abandon à Dieu dans les peines et les difficultés était complet.  Dans les circonstances les plus pénibles, comme la maladie cérébrale de son père, elle ne perdait rien de sa sérénité habituelle.  Elle disait avec un sourire céleste: « Il faut que le bon Dieu nous aime bien pour nous traiter ainsi ». Cependant elle n'était pas indifférente, mais très sensible au contraire aux affections de la famille.  Sa  tranquillité d'âme était donc toute surnaturelle.

 

[Réponse de la vingt-septième à la trente-et-unième demande]:

L'amour de Dieu chez elle avait ce cachet très accusé qu'il n'était mêlé d'aucune crainte.  Sa conscience était très droite et très délicate.  Elle se montrait très attentive à éviter jusqu'aux imperfections et toujours par un principe d'amour.

 

 [Réponse de la trente-deuxième à la trente-sixième demande]:

Je n'ai guère pu observer directement que ses rapports avec les membres de sa famille.  Elle était d'une con-[269]descendance parfaite à l'égard de ses soeurs, se prêtant à tout, même à leurs caprices; quant à elle, elle n'avait point de caprices, elle n'exprimait aucun désir et faisait tout ce que l'on voulait.  Son regard, l'expression de sa physionomie montraient qu'elle se conduisait ainsi par des vues surnaturelles, c'était « une voyante » qui regardait toujours Dieu.  Elle n’était pourtant pas d'une nature apathique, mais très vivante, et si elle s'était écoutée, elle aurait eu des désirs et des caprices.

 

 [Réponse de la trente-septième à la trente-huitième demande]:

Je n'ai jamais rien remarqué en elle d'imprudent et d'inconsidéré; rien qui sentît l'exagération ou l'élan de la nature. Dans toutes ses paroles et même dans l'expression de son visage, il y avait une pondération merveilleuse.i

 

 [Réponse de la trente-neuvième à la quarantième demande]:

Je ne sais rien.

 

[Réponse à la quarante-et-unième demande]:

Je n'ai jamais vu cette enfant manifester une contrariété ni le désir qu'on lui procure une satisfaction.

 

[270] [Réponse à la quarante-deuxième demande]:

Ce que je puis noter de particulier par rapport à la vertu de force pendant la période de mes rapports directs avec la Servante de Dieu, c'est ce qu'elle a fait pour obtenir son entrée au Carmel, allant frapper à toutes les portes sans se décourager jamais, malgré les refus des supérieurs, ce qui, pour une enfant de quinze ans, dénote une énergie et une force de caractère peu communes.

 

 [Réponse aux quarante-troisième et quarante-quatrième demandes]:

Je ne sais rien de spécial.

 

[Réponse à la quarante-cinquième demande]:

Pour l'obéissance, j'ai été témoin de la souplesse et de la promptitude avec lesquelles elle se soumettait sans répliquer jamais aux moindres volontés de son père et de ses soeurs plus âgées qu'elle.

 

 [Réponse à la quarante-sixième demande]:

J'ai été frappé de son humilité plus que de tout le reste.  Elle était attentive à laisser paraître ses soeurs, ne se mettant jamais en avant.  Il fallait vraiment l'é-

 

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tudier pour s'apercevoir qu'elle était très [271] intelligente.  Ainsi j'ai ignoré longtemps qu'elle avait un véritable talent pour la poésie.

 

[Réponse à la quarante-septième demande]:

D'abord l'ensemble de ses vertus me paraît héroïque, à cause de la continuité avec laquelle elle en a pratiqué les actes sans se démentir jamais.  Parmi les vertus qu'elle a pratiquées pendant le temps que je l'ai connue, c'est-à-dire, surtout pendant qu'elle était dans sa famille, c'est son humilité qui m'a paru particulièrement héroïque.  Alors que son père et ses soeurs ne demandaient qu'à la mettre en avant, elle était très attentive à s'effacer toujours.  J'ai encore remarqué son héroïcité dans l'acceptation de ses peines si cuisantes qu'elles fussent, et dans la sérénité inaltérable qu'elle conservait aux heures les plus critiques.

 

 [Réponse à la quarante-huitième demande]:

Je ne sache pas qu'elle ait en rien manqué de mesure.

 

[Réponse à la quarante-neuvième demande]:

En dehors de l'apparition de la Sainte Vierge, à la fin de sa maladie, je n'ai pas eu connaissance qu'elle ait été affectée d'états mystiques extraordinaires.  En a-t-elle éprouvé quelqu'un à titre exceptionnel, je l'ignore; en tous cas, ce n’est pas le caractère prédominant de sa sainteté si simple , que Dieu voulait donner en exemple aux « petites âmes.»

 

[272]  [Réponse à la cinquantième demande]:

Je ne sais pas.

 

[Réponse à la cinquante-et-unième demande]:

1° Ses écrits, tout le monde les connaît: l' «Histoire d'une âme», ses Lettres, ses Poésies.  Je ne les ai connus qu'après sa mort par la publication qu'on en a faite.  J'ai dit que malheureusement je n'avais pas conservé les quelques lettres qu'elle m'avait adressées personnellement.

2° Quant à l'appréciation de la doctrine renfermée dans ces écrits, je puis rapporter le jugement très autorisé du révérend père de Causans, préfet de la Compagnie de Jésus, qui était regardé parmi nous comme très versé dans les choses spirituelles.  Ayant lu l' « Histoire d'une âme », il me dit: «Après sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix, je ne connais rien de plus beau.» J'ajoute que c'est aussi mon avis.  En particulier, plusieurs, à ma connaissance, avant d'avoir lu ses oeuvres, craignaient que dans sa « petite voie d'abandon » dont ils avaient entendu vaguement parler, il n'y eût une teinte de quiétisme, mais tous, après lecture, m'ont avoué qu'ils n'y trouvaient rien de semblable.

 

 [Réponse de la cinquante-deuxième à la cinquante-sixième demande exclusivement]:

Je ne sais rien personnellement.

 

[Réponse à la cinquante-sixième demande]:

[273] J'ai visité le tombeau de la Servante de Dieu à peu près une fois chaque année, depuis que je suis revenu en France (1907).  Jamais je n'y ai été sans y trouver des pèlerins.  Avant hier, j'y ai passé environ un quart d'heure, pendant ce temps les pèlerins se succédaient sans interruption; il y avait des soldats, des religieuses, etc., et tous priaient avec une grande ferveur.  Ce mouvement de pèlerins loin de se ralentir s'accentue de jour en jour.  Je ne sache pas qu'on ait usé d'aucun moyen pour créer ce mouvement.

 

[Réponse à la cinquante-septième demande]:

Avant que la Servante de Dieu n'entrât au Carmel, ceux qui la voyaient et la connaissaient disaient d'elle: «cette enfant est un ange.» Ils n'entendaient pas par là décerner un éloge banal comme on le fait pour un enfant aimable, mais attachaient à cette expression une sorte de vénération.

Quelques mois après son entrée au Carmel, lorsque j'y prêchai la retraite, la révérende Marie de Gonzague, alors prieure, me dit qu'elle était émerveillée de découvrir tant de perfection dans cette enfant; elle ajoutait: « c'est un trésor pour le Carmel.»

A la fin de 1888, j'ai quitté la France et je ne puis être témoin direct pour le reste de sa vie religieuse.

Depuis sa mort, j'ai constaté dans mes nombreuses missions, au Canada, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Pologne, en Bohème, en Hongrie, en Autriche, en Suisse, en Italie, [274] que partout cette réputation de sainteté et de puissance sur le coeur de Dieu est parfaitement établie.  Dans toutes ces contrées, j'ai remarqué les fruits de vertus que produit la lecture de sa vie, et j'ai rencontré bon nombre de religieuses qui doivent leur vocation à la lecture de ce livre.

 

 [Les effets de cette lecture procèdent-ils, selon vous, de quelque excès de sensibilité ou d'imagination? - Réponse]:

Je connais des personnes en grand nombre qui ont relu cette vie jusqu'à cinq, six, et sept fois, et qui m'ont affirmé que la dernière lecture leur faisait plus de bien, ce qui ne s'expliquerait pas par un mouvement de sensibilité et d'enthousiasme.

 

[Le témoin reprend sa déposition]:

La publication de l' « Histoire d'une âme » a contribué sans doute à faire connaître soeur Thérèse, mais cela me paraît tout à fait insuffisant sans une intervention du bon Dieu pour expliquer ce courant universel et si puissant de vénération et de confiance.  J'ai vu souvent des hommes du premier mérite pleinement convaincus de la sainteté de la Servante de Dieu.

 

 [Réponse à la, cinquante-huitième demande]:

Je ne connais aucune opposition.

 

 [Réponse de la cinquante-neuvième à la soixante-cinquième demande]:

 [275] En dehors des cas d'intercession miraculeuse relatés dans la « Pluie de roses » et que je n'ai pas contrôlés moi-même, je dois rapporter que je suis convaincu d'avoir été moi-même guéri prodigieusement d'un mal qui, d'après les médecins, devait me conduire en quelques heures au tombeau.  Il s'agissait d'une broncho-pneumonie purulente très avancée.  C'était à Paris, en 1909, au mois d'août, à la clinique des Augustines, rue de la Santé, n° 29.

 

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Les trois médecins de la maison prononcèrent qu'il fallait vite m'administrer l'Extrême-Onction parce que j'allais mourir.  J'invoquai alors soeur Thérèse, ma température qui dépassait 40° revint le jour même à l'état normal et s'y maintint au grand étonnement des médecins.  Quatre jours après je pouvais dire la sainte Messe, et c'est précisément la grâce que j'avais demandée.

 

 [Réponse à la soixante-sixième demande]:

Je ne vois rien à ajouter.

 

 [Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l’interrogatoire de ce témoin.  Lecture des Actes est donnée. Le témoin n’y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Signatum:       A. PICHON, S. J.