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Témoin 30 - Soeur Saint-Françoise de Sales. O.S.B.

Marie-Joséphine-Aurélie Pierre naquit à Saint-Désir de Lisieux le 15 mars 1848. Entrée chez les bénédictines de Notre-Dame-du-Pré, elle y fit profession le 17 mai 1871. Nommée au pensionnat presqu'aussitôt après sa profession, elle y resta jusqu'en 1888. Elle connut donc bien Thérèse au cours de sa fréquentation scolaire étant son professeur pour la classe ordinaire et aussi sa maîtresse pour l'enseignement religieux. Elle souligne qu'on aurait eu tort de prendre Thérèse pour une enfant gâtée et que celle-ci était très appliquée à l'étude. Elle évoque les difficultés rencontrées par suite des compagnes de classe. Elle met en relief avec quel soin, avec quel amour Thérèse approfondissait la doctrine des dons du Saint-Esprit pour se bien préparer à la confirmation et comment elle s'ouvrait progressivement à la théologie de la miséricorde et de la volonté salvifique universelle de la divine Providence.

Le témoin déposa le 11 août 1911, au cours de la 84ème session f. 1290v-1296r de notre Copie publique.

 

[Session 84: - I1 août 1911, à 8h. 30 et à 2h. de l'après-midi]

 

[1290v] [Le témoin répond correctement à la première demande].

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Marie-Joséphine-Aurélie Pierre, en religion soeur Saint-François de Sales. Je suis née le 15 mars 1848, à Saint Désir de Lisieux, du légitime mariage de Jean-Edouard Pierre, artisan, et de Francoise-Alexandrine Etienne. Je suis religieuse professe du monastère des bénédictines de Lisieux, où j'ai fait profession le 17 mai 1871. J'ai été professeur au pensionnat depuis octobre 1871 jusqu'en 1888. Présentement, je suis chargée du temporel du monastère.

 

[Le témoin répond correctement de la troisième à la septième demande].

[Réponse à la huitième demande]:

J'ai connu personnellement la Servante de Dieu et je l'ai suivie de très près pendant son séjour au pensionnat. J'étais en effet son professeur pour la classe ordinaire et aussi sa maî-[129lr] tresse pour l'enseignement religieux. J'ai connu aussi assez intimement ses soeurs, particulièrement Léonie et les autres membres de la famille, que je voyais au parloir. J'ai pu recueillir le témoignage de plusieurs de nos soeurs et des compagnes de classe de la Servante de Dieu; mais ces communications ne m'ont, à proprement parler, rien appris de nouveau; elles n'ont fait que corroborer mes observations personnelles. Quant au livre l'« Histoire d'une âme », je ne m'en servirai pas, à proprement parler; je constate seulement que sur les points que j'ai été en mesure de contrôler par moi-même, il exprime très exactement la vérité.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

J'ai une dévotion profonde pour la Servante de Dieu, et je désire sa béatification, parce que je crois qu'elle glorifiera le bon Dieu; mais je puis affirmer en conscience que ce désir n'affecte en rien la sincérité de mon témoignage.

 

[1291v][Réponse à la dixième demande].

Je ne sais rien d'une connaissance directe sur les premières années de la Servante de Dieu.

 

[Réponse à la onzième demande]:

Je n'ai pas connu madame Martin. J'ai entretenu souvent monsieur Martin au parloir de la communauté. C'était vraiment un grand chrétien et même en traitant d'affaires temporelles, il trouvait toujours moyen de ramener la conversation sur la pensée de Dieu.

 

[Réponse à la douzième demande]:

La Servante de Dieu m'a souvent rapporté la date de son baptême à Alençon, le 4 janvier 1873.

 

[Réponse à la treizième demande]:

L'affection de monsieur Martin pour la petite Thérèse était certainement très intense, pleine de sollicitude et de démonstrations de tendresse. Ses soeurs aussi l’aimaient beaucoup. On eût pu croire aisément, en jugeant par les apparences, que c'était une enfant gâtée, [1292r] mais je puis témoigner qu'il n'en était pas ainsi, et que l'élément surnaturel qui entrait dans son éducation la préservait des effets fâcheux de cette prédilection dont elle était l'objet.

 

[Réponse à la quatorzième demande]:

J'ai suivi Thérèse presque tout le temps qu'elle a passé au pensionnat. Comme professeur de sa classe, j'ai remarqué qu'elle était toujours à son devoir; jamais je n'ai eu à lui faire un reproche formel. La pensée de Dieu lui était habituelle et tout dans ses études la ramenait à ce souvenir; elle était [sic]

 

TÉMOIN 30: Soeur Saint-François de Sales

 

particulièrement frappant dans ses petites compositions de style, où toujours elle introduisait une note surnaturelle, malgré la naïveté enfantine du récit. On a noté en elle, à cette époque, une sensibilité excessive, elle-même en fait l'aveu; cependant, au fond de cette sensibilité que beaucoup prenaient pour de l'amour-propre, je retrouvais presque toujours un sentiment surnaturel, comme la crainte d'avoir mal édifié ou [1292v] d'avoir fait offenser Dieu. Sa conscience était en effet d'une délicatesse incroyable qui obligeait à toutes sortes de précautions pour éviter de la troubler. Un jour qu'elle s'était oubliée à aider une de ses compagnes qui récitait mal sa leçon, la maîtresse lui dit très vivement: « Thérèse n'a donc pas de conscience!.» Ce furent des larmes intarissables, et pendant 15 jours je ne parvins pas à la consoler. Quand elle me rencontrait, elle se jetait dans mes bras, et recommençait à pleurer en disant: « J'ai péché et j’ai fait péché » - Source pre. - .

 

[1293r] [Suite de la réponse à la quatorzième demande]:

Dans les classes d'instruction religieuse elle se montrait avide d'explications et me posait constamment des questions dont la profondeur pouvait quelquefois m'embarrasser. Son attention était, dès ce temps-là, particulièrement attirée par la pensée de la miséricorde de Dieu, et elle s'inquiétait de me faire résoudre les problèmes qui résultent du conflit apparent de cette infinie miséricorde avec la liberté humaine. Elle ne pouvait admettre (elle avait alors 9 ans) que les enfants morts sans le baptême fussent irrémédiablement privés de la vue de Dieu. Elle aurait voulu aussi que Dieu convertit tous les pécheurs puisqu'il le pouvait.

Elle insinue, dans son Histoire, qu'une de ses compagnes lui faisait subir comme une petite persécution. Le fait est vrai; cette élève avait un caractère quelque peu fantasque et très opposé à la gravité de celui de Thérèse. Mais jamais la Servante de Dieu ne se plaignait à nous de ces procédés, ni ne requérait de punition; si, à la suite de quelque fait plus grave et manifeste, il [1293v] nous arrivait de sévir, elle ne s'en réjouissait pas. Il y avait parmi les compagnes de son âge une petite fille peu douée des biens de la fortune et des autres avantages naturels. Cette enfant qui n'avait rien d'attrayant souffrait d'ailleurs de ce que laissait à désirer la situation religieuse de sa famille. La petite Thérèse était pleine de sollicitude et d'attentions pour faire plaisir à cette compagne et procurer son bien spirituel. Je suis convaincue qu'il n'entrait dans ces assiduités aucun attrait de nature, mais que la Servante de Dieu s'y portait par charité fraternelle et par zèle pour le bien de cette âme. Elle acceptait facilement d'être oubliée et si on la négligeait, elle ne faisait rien pour attirer l'attention; cette disposition est d'autant plus remarquable qu'elle était dans sa famille l'objet d'une sollicitude continuelle.

 

Sa retraite de première communion (mai 1884) fut très recueillie, mais ne présenta rien qui fût à signaler. Le jour de sa première communion (8 mai) je remarquai, comme d'ailleurs toutes ses compagnes purent s'en apercevoir [1294r] qu'elle versa une grande abondance de larmes, qui n'étaient certainement pas des larmes de chagrin: son visage était rayonnant. Pendant la petite retraite qui précéda sa confirmation (14 juin 1884) elle se montra très appliquée à étudier les dons du Saint-Esprit et, comme une circonstance inopinée retarda d'une journée la cérémonie, elle fut tout heureuse de prolonger sa préparation. Depuis cette époque surtout, elle se servit rarement de livre pour prier. Sa prière était toute intérieure et semblait être une contemplation. Cette forme de prière s'imposait à elle, de sorte qu'elle ne pouvait s'astreindre à lire dans son livre les prières de la messe, comme c'était l'ordre du pensionnat. Ce qu'elle rapporte dans son livre de l'emploi de ses jours de congé est bien exact; c'est à moi-même qu'elle fit cette réponse: « Je me cache dans la ruelle du lit et je pense... » - « Mais à quoi donc pensez-vous? » - « Au bon Dieu... enfin... je pense!...» - MSA 33,2 -

 

[1294v] [Réponse à la quinzième demande]:

Elle quitta le pensionnat de l'Abbaye plus tôt que ne le font communément les autres élèves, et alors même que ses soeurs plus âgées continuaient de rester avec nous. L'état défectueux de sa santé, la fatigue d'esprit que lui causaient de pénibles scrupules rendirent opportune la substitution de leçons particulières au régime du pensionnat. Il n'y eut de notre part aucun mécontentement qui pût motiver ce départ; elle continua de venir deux ou trois jours la semaine pour le travail manuel et pour se faire recevoir dans la congrégation des enfants de Marie. Dans cette période elle se rendait à la tribune de la chapelle dès que la leçon de travail était terminée, et restait en prières jusqu'au moment du départ c'est-à-dire pendant une heure, ou une heure et demie.

 

[De la seizième à la vingt-sixième demande inclusivement, le témoin répond ne rien savoir d'autre que ce qui est rapporté dans le livre de la Vie de la Servante de Dieu].

[1295r] [Réponse à la vingt-septième demande]:

Dans notre communauté qui se compose d'une quarantaine de religieuses, l'opinion universelle est que la Servante de Dieu a pratiqué une vertu sublime. Je suis moi-même particulièrement frappée de deux choses: l° la clarté de ses vues, pourtant très simples, sur les choses de la vie surnaturelle; 2° le fait qu'entourée de toutes parts d'attentions bienveillantes, elle ait gardé un parfait oubli d’elle-même.

 

[Réponse à vingt-huitième demande]:

Une ou deux de nos soeurs qui avaient été autrefois frappées de la sen-

 

TÉMOIN 30: Soeur Saint-François de Sales O.S.B.

 

sibilité excessive de la petite Thérèse, notre pensionnaire, soupçonnaient que ces chagrins faciles témoignaient d'un fond d'amour-propre; mais depuis, en étudiant ses écrits et ses vertus, elles ont complètement modifié leur sentiment.

 

[Réponse à la vingt-neuvième demande]:

Je ne connais pas dans mon entourage immédiat de faveurs sensibles et proprement miraculeuses dues à l'intercession de la Servante de Dieu; [1295v] mais nos soeurs témoignent d'une manière à peu près unanime que la dévotion à la Servante de Dieu est pour elles la source de nombreuses grâces intérieures qui les portent à plus de générosité et de ferveur dans la pratique de la perfection.

 

[Au sujet de la trentième demande, le témoin dit qu'il n’a rien omis].

 

[1296r] (Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Ita pro veritate deposui, ratum habeo et confirmo.

Signatum: MARIE-JOSÉPHINE-AURÉLIE PIERRE, Soeur Saint-François de Sales.