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Ms A 31r

ce fut un moment bien doux pour nous deux... Il y avait tant de choses à se dire que je ne pouvais rien dire du tout, mon coeur était trop plein... La bonne Mère M. de Gonzague était là aussi, me donnant mille marques d'affection ; je vis encore d'autres soeurs et devant elles, on me questionna sur la grâce que j'avais reçue, me demandant si la Ste Vierge portait le petit Jésus, ou bien s'il y avait beaucoup de lumière, etc. Toutes ces questions me troublèrent et me firent de la peine, je ne pouvais dire qu'une chose : «La Sainte Vierge m'avait semblé très belle... et je l'avais vue me sourire.» C'était sa figure seule qui m'avait frappée, aussi voyant que les carmélites s'imaginaient tout autre chose (mes peines d'âmes commençant déjà au sujet de ma maladie), je me figurai avoir menti... Sans doute, si j'avais gardé mon secret, j'aurais aussi gardé mon bonheur, mais la Sainte Vierge a permis ce tourment pour le bien de mon âme, peut-être aurais-je eu sans lui quelque pensée de vanité, au lieu que l'humiliation devenant mon partage, je ne pouvais me regarder sans un sentiment de profonde horreur... Ah ! ce que j'ai souffert, je ne pourrai le dire qu'au Ciel !...

En parlant de visite aux carmélites je me souviens de la première, qui eut lieu peu de temps après l'entrée de Pauline, j'ai oublié d'en parler plus haut mais il est un détail que je ne dois pas omettre. Le matin du jour où je devais aller au parloir, réfléchissant toute seule dans mon lit (car c'était là que je faisais mes plus profondes oraisons et contrairement à l'épouse des cantiques j'y trouvais toujours mon Bien-Aimé), je me demandai quel nom j'aurais au Carmel ; je savais qu'il y avait une Sr Thérèse de Jésus, cependant mon beau nom de Thérèse ne pouvait pas m'être enlevé. Tout à coup je pensai