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Ms A 31v

au Petit Jésus que j'aimais tant et je me dis : «Oh! que je serais heureuse de m'appeler Thérèse de l'Enfant Jésus!» Je ne dis rien au parloir du rêve que j'avais fait toute éveillée, mais la bonne Mère M. de Gonzague demandant aux Soeurs quel nom il faudrait me donner, il lui vint à la pensée de m'appeler du nom que j'avais rêvé... Ma joie fut grande et cette heureuse rencontre de pensées me sembla une délicatesse de mon Bien-Aimé Petit Jésus.

J'ai oublié encore quelques petits détails de mon enfance avant votre entrée au Carmel ; je ne vous ai pas parlé de mon amour pour les images et la lecture... Et cependant, ma Mère chérie, je dois aux belles images que vous me montriez comme récompense, une des plus douces joies et des plus fortes impressions qui m'aient excitée à la pratique de la vertu... J'oubliais les heures en les regardant, par exemple : La petite fleur du Divin Prisonnier me disait tant de choses que j'en étais plongée. Voyant que le nom de Pauline était écrit au bas de la petite fleur, j'aurais voulu que celui de Thérèse y fut aussi et je m'offrais à Jésus pour être sa petite fleur... Si je ne savais pas jouer, j'aimais beaucoup la lecture et j'y aurais passé ma vie ; heureusement, j'avais pour me guider des anges de la terre qui me choisissaient des livres qui tout en m'amusant nourrissaient mon coeur et mon esprit, et puis je ne devais passer qu'un certain temps à lire, ce qui m'était le sujet de grands sacrifices interrompant souvent ma lecture au milieu du passage le plus attachant... Cet attrait pour la lecture a duré jusqu'à mon entrée au Carmel. Dire le nombre de livres qui m'ont passé dans les mains ne me serait pas possible, mais jamais le Bon Dieu n'a permis que j'en lise un seul capable de me faire du mal. Il est vrai qu'en lisant certains récits chevaleresques, je ne sentais pas toujours au premier moment le vrai de la vie ; mais bientôt le bon Dieu me faisait