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Ms A 32v

surtout de pouvoir prier sur la tombe de Maman et de lui demander de me protéger toujours...

Le bon Dieu m'a fait la grâce de ne connaître le monde que juste assez pour le mépriser et m'en éloigner. Je pourrais dire que ce fut pendant mon séjour à Alençon que je fis ma première entrée dans le monde. Tout était joie, bonheur autour de moi, j'étais fêtée, choyée, admirée ; en un mot, ma vie pendant quinze jours ne fut semée que de fleurs... J'avoue que cette vie avait des charmes pour moi. La Sagesse a bien raison de dire : «Que l'ensorcellement des bagatelles du monde séduit l'esprit même éloigné du mal.» A dix ans le coeur se laisse facilement éblouir, aussi je regarde comme une grande grâce de n'être pas restée à Alençon ; les amis que nous y avions étaient trop mondains, ils savaient trop allier les joies de la terre avec le service du Bon Dieu. Ils ne pensaient pas assez à la mort et cependant la mort est venue visiter un grand nombre de personnes que j'ai connues, jeunes, riches et heureuses !!! J'aime à retourner par la pensée aux lieux enchanteurs où elles ont vécu, à me demander où elles sont, ce qui leur revient des châteaux et des parcs où je les ai vues jouir des commodités de la vie ?... Et je vois que tout est vanité et affliction d'esprit sous le Soleil... que l'unique bien, c'est d'aimer Dieu de tout son coeur et d'être ici-bas pauvre d'esprit...

Peut-être Jésus a-t-il voulu me montrer le monde avant la première visite qu'Il devait me faire afin que je choisisse plus librement la voie que je devais lui promettre de suivre. L'époque de ma première Communion est restée gravée dans mon coeur, comme un souvenir sans nuages, il me semble que je ne pouvais pas être mieux disposée que je le fus et puis mes peines d'âme me quittèrent pendant près d'un an. Jésus voulait me faire goûter une joie aussi parfaite qu'il est possible en cette vallée de larmes...