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Ms A 33r

Vous vous souvenez, ma Mère chérie, du ravissant petit livre que vous m'aviez fait trois mois avant ma première Communion ?... Ce fut lui qui m'aida à préparer mon coeur d'une façon suivie et rapide, car si depuis longtemps je le préparais déjà, il fallait bien lui donner un nouvel élan, le remplir de fleurs nouvelles afin que Jésus puisse s'y reposer avec plaisir... Chaque jour je faisais un grand nombre de pratiques qui formaient autant de fleurs, je faisais encore un plus grand nombre d'aspirations que vous aviez écrites sur mon petit livre pour chaque jour et ces actes d'amour formaient les boutons de fleurs...

Chaque semaine vous m'écriviez une jolie petite lettre, qui me remplissait l'âme de pensées profondes et m'aidait à pratiquer la vertu, c'était une consolation pour votre petite fille qui faisait un si grand sacrifice en acceptant de n'être pas chaque soir préparée sur vos genoux comme l'avait été sa chère Céline... C'était Marie qui remplaçait Pauline pour moi ; je m'asseyais sur ses genoux et là j'écoutais avidement ce qu'elle me disait, il me semble que tout son coeur, si grand, si généreux, passait en moi.  Comme les illustres guerriers apprennent à leurs enfants le métier des armes, ainsi me parlait-elle des combats de la vie, de la palme donnée aux victorieux... Marie me parlait encore des richesses immortelles qu'il est facile d'amasser chaque jour, du malheur de passer sans vouloir se donner la peine de tendre la main pour les prendre, puis elle m'indiquait le moyen d'être sainte par la fidélité aux plus petites choses ; elle me donna la petite feuille : «Du renoncement» que je méditais avec délices...

Ah ! qu'elle était éloquente ma chère marraine ! J'aurais voulu n'être pas seule à entendre ses profonds enseignements, je me sentais si touchée que dans ma naïveté je croyais que les plus grands pécheurs auraient été touchés comme moi et que, laissant là leurs richesses périssables, ils n'auraient plus voulu gagner