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Ms A 35r

grandes compagnes... La grande chambre remplie de flocons neigeux dont chaque enfant se voyait revêtir à son tour... Surtout l'entrée à la chapelle et le chant matinal du beau cantique : «O saint Autel qu'environnent les Anges!»

            Mais je ne veux pas entrer dans les détails, il est de ces choses qui perdent leur parfum dès qu'elles sont exposées à l'air, il est des pensées de l'âme qui ne peuvent se traduire en langage de la terre sans perdre leur sens intime et Céleste ; elles sont comme cette «Pierre blanche qui sera donnée au vainqueur et sur laquelle est écrit un nom que nul ne connaît que Celui qui la reçoit.» Ah ! qu'il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme !...

            Ce fut un baiser d'amour, je me sentais aimée, et je disais aussi : «Je vous aime, je me donne à vous pour toujours.» Il n'y eut pas de demandes, pas de luttes, de sacrifices ; depuis longtemps , Jésus et la pauvre petite Thérèse s'étaient regardés et s'étaient compris... Ce jour-là ce n'était plus un regard mais une fusion, ils n'étaient plus deux, Thérèse avait disparu, comme la goutte d'eau qui se perd au sein de l'océan. Jésus restait seul, Il était le maître, le Roi. Thérèse ne lui avait-elle pas demandé de lui ôter sa liberté, car sa liberté lui faisait peur, elle se sentait si faible, si fragile que pour jamais elle voulait s'unir à la Force Divine !... Sa joie était trop grande, trop profonde pour qu'elle pût la contenir, des larmes délicieuses l'inondèrent bientôt au grand étonnement de ses compagnes, qui plus tard se disaient l'une à l'autre : «Pourquoi donc a-t-elle pleuré? N'avait-elle pas quelque chose qui la gênait?... Non c'était plutôt de ne pas voir sa Mère auprès d'elle, ou sa Soeur qu'elle aime tant qui est carmélite.» Elles ne comprenaient pas que toute la joie du Ciel venant dans un coeur, ce coeur exilé ne puisse la supporter sans répandre des larmes... Oh ! non, l'absence de Maman ne me faisait pas de peine le jour de ma première communion : le Ciel n'était-il pas