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Ms A 38r

Lui seul, exauçait déjà ma prière «Changeant en amertume les consolations de la terre.» J'en avais d'autant plus besoin que je n'aurais pas été insensible aux louanges. Souvent on vantait devant moi l'intelligence des autres, mais la mienne jamais, alors j'en conclus que je n'en avais pas et je me résignai à m'en voir privée...

Mon coeur sensible et aimant se serait facilement donné s'il avait trouvé un coeur capable de le comprendre... J'essayai de me lier avec des petites filles de mon âge, surtout avec deux d'entre elles, je les aimais et de leur côté elles m'aimaient autant qu'elles en étaient capables ; mais hélas ! qu'il est étroit et volage le coeur des créatures !!!... Bientôt je vis que mon amour était incompris, une de mes amies ayant été obligée de rentrer dans sa famille revint quelques mois après ; pendant son absence j'avais pensé à elle, gardant précieusement une petite bague qu'elle m'avait donnée. En revoyant ma compagne ma joie fut grande, mais hélas ! je n'obtins qu'un regard indifférent... Mon amour n'était pas compris, je le sentis et je ne mendiai pas une affection qu'on me refusait, mais le Bon Dieu m'a donné un coeur si fidèle que lorsqu'il a aimé purement, il aime toujours, aussi je continuai de prier pour ma compagne et je l'aime encore... En voyant Céline aimer une de nos maîtresses, je voulus l'imiter, mais ne sachant pas gagner les bonnes grâces des créatures je ne pus y réussir. O heureuse ignorance ! qu'elle m'a évité de grands maux !... Combien je remercie Jésus de ne m'avoir fait trouver «qu'amertume dans les amitiés de la terre» avec un coeur comme le mien, je me serais laissée prendre et couper les ailes, alors comment aurais-je pu «voler et me reposer?» Comment un coeur livré à l'affection des créatures peut-il s'unir intimement à Dieu ?... Je sens que cela n'est pas possible. Sans avoir bu à la coupe empoisonnée