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Ms A 39r

objet de sa prévoyante tendresse, ne sachant pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l'aimera moins que s'il eût été guéri par lui... mais s'il vient à connaître le danger auquel il vient d'échapper, ne l'aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c'est moi qui suis cette enfant, objet de l'amour prévoyant d'un Père qui n'a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs. Il veut que je l'aime parce qu'il m'a remis, non pas beaucoup, mais tout. Il n'a pas attendu que je l'aime beaucoup comme Ste Madeleine, mais il a voulu que je sache comment il m'avait aimée d'un amour d'ineffable prévoyance, afin que maintenant je l'aime à la folie !... J'ai entendu dire qu'il ne s'était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu'une âme repentante, ah ! que je voudrais faire mentir cette parole !...

Je m'aperçois être bien loin de mon sujet aussi je me hâte d'y rentrer.  L'année qui suivit ma première Communion se passa presque tout entière sans épreuves intérieures pour mon âme, ce fut pendant ma retraite de seconde Communion que je me vis assaillie par la terrible maladie des scrupules... Il faut avoir passé par ce martyre pour le bien comprendre : dire ce que j'ai souffert pendant un an et demi, me serait impossible... Toutes mes pensées et mes actions les plus simples devenaient pour moi un sujet de trouble ; je n'avais de repos qu'en les disant à Marie, ce qui me coûtait beaucoup, car je me croyais obligée de lui dire les pensées extravagantes que j'avais d'elle-même. Aussitôt que mon fardeau était déposé, je goûtais un instant de paix, mais cette paix passait comme un éclair et bientôt mon martyre recommençait. Quelle patience n'a-t-il pas fallu à ma chère Marie, pour m'écouter