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Témoin 4 - Jean-Jules Auriault, S.J.

TÉMOIN  IV

JEAN-JULES AURIAULT, S.J.

Comme déjà dit (vol. 1, p. 390). le P. Auriault n'a pas connu Thérèse et son témoignage concerne directement sa réputation de sainteté et la valeur doctrinale de son enseignement.

Longtemps professeur très apprécié à l’Institut Catholique de Paris, puis prédicateur très recherché pour les exercices spirituels, le P. Auriault alla au Carmel de Lisieux pour une retraite vers 1908-1909. Il devint dès lors un  fervent admirateur de Thérèse et de sa doctrine.

Le P. Auriault dont le témoignage porte avant tout sur l'efficacité du message de Thérèse, ne manque cependant pas non plus, bien sûr, de juger de l'héroïcité des vertus de la jeune carmélite, héroïcité qu’il retient certaine et bien prouvée: « 1) par l'intensité d'amour qu’elle   mettait dans tous ses actes; 2) par la continuité dans la fidélité, soit aux règles de l'observance, soit aux inspirations de la grâce; 3) par une patience vraiment extraordinaire à se maintenir égale et douce dans les épreuves; 4) par le grand courage qu’elle   avait à se vaincre elle-même dans les combats d’une nature spécialement sensible » (p. 291).

Mérite encore d'être souligné le jugement que voici: « Sa prudence se manifeste d'une manière remarquable dans ses lettres et ses conseils de direction qui reflètent avec clarté  la doctrine des maîtres les plus autorisés de la vie spirituelle... Dans sa direction, il faut noter aussi la dépendance parfaite dans laquelle elle se tient à l'égard de l’Esprit Saint. Elle est comme un instrument dans la main de l'ouvrier » (p. 291).

Le P. Auriault déposa le 3 mai 1915, au cours de la 7ème session (pp. 285-296 de notre Copie publique).

 [Session 7: - 3 mai 1915, à 8h.30 et à 2h.30 de l'après-midi]

 

[285] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 [Réponse à la deuxième demande]:

Je m'appelle Jean-Jules-Raoul Auriault, né à Brie, diocèse de Poitiers, le 19 février 1855; je suis prêtre profès de la Compagnie de Jésus, professeur hono-

 

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raire de dogme à l'Institut Catholique de Paris, actuellement résidant à Paris, n°5 rue du Regard.

[Le témoin répond correctement à la troisième demande].

 

[286] [Réponse à la quatrième demande]:

J'ai comparu deux fois devant le juge d'instruction au tribunal correctionnel de Paris, sous l'inculpation d'avoir exercé le ministère, étant membre d'une Congrégation non autorisée et légalement dissoute.  Les deux instructions ont abouti à un non-lieu.

 

 [Le témoin répond correctement à la cinquième demande, et pareillement à la sixième].

 

 [Réponse à la septième demande]:

Je n'ai pas connu personnellement la Servante de Dieu.  Ce que j'en sais provient des sources suivantes:

1° La lecture attentive de son autobiographie et aussi des lettres et autres écrits annexés à cet ouvrage.

2° J'ai prêché deux retraites au Carmel de Lisieux, la première il y a environ six ou sept ans (en 1908 ou 1909); la seconde deux ans plus tard.  Dans ces deux circonstances, je me suis entretenu de la Servante de Dieu, non seulement avec ses soeurs carmélites, mais encore avec toutes les religieuses de la communauté.

3° Dans l'exercice de mon ministère (directions spirituelles, confessions, prédications, etc.) à Paris et en province, beaucoup de personnes m’ont communiqué leurs sentiments sur la Servante de Dieu.

4° Dans la Compagnie de Jésus, plusieurs pères ou frères m'ont aussi fait part de leur jugement sur soeur Thérèse de l’Enfant Jésus.

 

[Réponse à la huitième demande]:

[287] Depuis sept ou huit ans, j'ai pour la Servante de Dieu une véritable dévotion et une grande confiance.  Ces dispositions se sont établies en moi par l'étude de sa vie et par mes conversations avec les carmélites de Lisieux.  Je désire vivement le succès de sa Cause parce que je la crois fondée et que son succès me paraît avoir un grand intérêt pour l'Eglise.

 

 [Réponse de la neuvième à la douzième demande]:

Sur les détails historiques de la biographie de soeur Thérèse, je ne sais rien que par la lecture de l'« Histoire d'une âme », ouvrage connu de tout le monde.

 

 [Réponse aux treizième et quatorzième demandes]:

Je ne sais rien de spécial.

 

 [Réponse de la quinzième à la vingt-et-unième demande]:

J'ai été frappé de la promptitude avec laquelle elle adhérait aux moindres directions de l'Eglise.  Quand on lit ses écrits avec attention, on saisit dans le détail cette préoccupation de se conformer à la pensée de l'Eglise.  Je me rappelle en particulier ce trait qui me semble significatif.  Comme une religieuse, dans un mouvement d'enthousiasme, lui disait qu'elle suivrait sa voie spirituelle quand même l'Eglise ne l’approuverait pas, elle s'indigna lui disant: « Malheureuse! il faut toujours et avant tout obéir à l'Eglise », ou une parole analogue  

[288] Ce qu'il y a en elle de remarquable aussi au point de vue de la foi, c'est la continuité des vues surnaturelles.  C'est l'esprit de foi aussi qui lui faisait professer un respect inné, profond et surnaturel pour le Souverain Pontife, les évêques et les prêtres.

Elle avait un goût très accentué et particulièrement remarquable pour la Sainte Ecriture dont elle se sert constamment dans ses écrits avec un rare bonheur.

Tout ce que je viens de dire, résulte de l'étude que j'ai faite de ses écrits.

 

 [-Réponse de la vingt-deuxième à la vingt-sixième demande]:

Il me semble que l'abandon total à Dieu est comme le trait saillant de sa physionomie surnaturelle.  Cela apparaît dans l'idée qu'elle a de Dieu qu'elle regarde comme un père.  On pourrait citer toute son autobiographie comme preuve de cette disposition.

En particulier, il est remarquable comment elle professe à toute occasion que le péché n'est pas une raison de s'éloigner de Dieu, mais un motif de se rapprocher de sa miséricorde.  Elle dit quelque part que si elle a confiance en Dieu, ce n'est pas précisément parce qu'elle n'a pas commis de péchés; si elle avait commis tous les péchés les plus graves, elle aurait le même appui dans sa confiance en la bonté divine.  Cet abandon à Dieu se manifeste aussi dans sa soumission sans réserve à toutes les directions de ses supérieurs; on pourrait dire qu'elle obéit à tort et à travers, parce qu'elle voit toujours derrière les créatures la volonté [289] paternelle de Dieu.

Bien plus, cet abandon absolu à Dieu, elle s'en fait le prédicateur infatigable.  Toute sa direction spirituelle revient à cette voie d'abandon.

 

 [Réponse de la vingt-septième à la trente-et-unième demande]:

L'amour de Dieu la possède tellement qu'elle ne peut pas s'en distraire, même un instant; on peut dire qu'elle aime comme elle respire.  Elle me rappelle saint Louis de Gonzague, souffrant le martyre parce que son supérieur lui demandait de moins penser à Dieu pour penser davantage aux choses pratiques de la terre.

 

 [Réponse de la trente-deuxième à la trente-sixième demande]:

Ce qu'elle a écrit sur la charité envers le prochain est remarquable par la profondeur et le sens pratique.  C'est comme un commentaire des paroles de Notre Seigneur après la Cène.

Ce qui me frappe aussi, c'est l'exercice effectif de cette charité délicate à l'infini.  On pourrait l'exprimer dans ces deux mots: « Nemini obesse, omnibus prodesse.»

Ce qui montre le surnaturel de cette charité, c'est qu'étant dans le couvent avec ses trois soeurs, elle n'a pas incliné son coeur et ses affections vers elles plutôt que vers les autres religieuses; elle s'en détournait plutôt.

Le zèle pour le salut des âmes a atteint chez elle un degré qui me paraît hors de pair.  Cette disposition apparaît dans

 

TÉMOIN 4: Jean-Jules Auriault, S. J.

 

cette page sublime où elle [290] exprime le regret de ne pouvoir être à la fois prêtre, missionnaire, martyre, etc., mais pour y suppléer, recourant à sa petitesse, elle se loge dans le coeur même de l'Eglise par sa prière et son amour afin de rayonner de là à travers le monde entier pour aider le Pape, les évêques, les prêtres, les missionnaires et tous ceux qui s'appliquent au salut des âmes.  Ce zèle se manifeste spécialement dans son union avec les missionnaires, et dans cette formule d'un apostolat pour ainsi dire éternel: « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre» @DEA 17-7@.

 

 [Réponse aux trente-septième et trente-huitième demandes]:

Sa prudence se manifeste d'une manière remarquable dans ses lettres et ses conseils de direction qui reflètent avec clarté et force, la doctrine des maîtres les plus autorisés de la vie spirituelle.

Spécialement, chez soeur Thérèse, l'abandon à Dieu n'est pas une doctrine exclusive des autres sentiments de la vie spirituelle, comme sont la crainte de Dieu, l'horreur du péché, etc.; ils en sont plutôt partie intégrante, seulement ils y prennent la forme qui les rend plus efficaces et plus accessibles.

Dans sa direction, il faut noter aussi la dépendance parfaite dans laquelle elle se tient à l'égard de l'Esprit-Saint.  Elle est comme un instrument dans la main de l'ouvrier.

Sa prudence se montre aussi dans sa conduite personnelle, notamment dans ses rapports avec la communauté, où il lui fallut concilier dans des passes [291] difficiles l'obéissance et la charité.

 

 [De la trente-neuvième à la quarantième demande, le témoin n’eut rien de particulier à répondre.]

 

 [Réponse aux quarante-et-unième et quarante-deuxième demandes]:

L'amour de la souffrance avait pris chez elle une telle intensité qu'elle était devenue comme une passion dominante, à tel point qu'elle jubilait devant la souffrance: les jours où elle souffrait, c'étaient les jours où elle paraissait plus joyeuse, en sorte que plusieurs s'y sont trompés et ont cru qu’elle  avait peu souffert.

 

 [De la quarante-troisième à la quarante-sixième demande, le témoin n'eut rien de particulier à répondre].

 

[Réponse aux quarante-septième et quarante-huitième demandes]:

D'une façon générale, il me semble qu'elle a pratiqué à un degré héroïque toutes ces vertus; ce qui paraît: 1° par l'intensité d'amour qu'elle mettait dans tous ses actes; 2° par la continuité dans la fidélité, soit aux règles de l'observance, soit aux inspirations de la grâce; 3° par une patience vraiment extraordinaire à se maintenir égale et douce dans les épreuves; 4° par le grand courage qu'elle mit à se vaincre elle-même dans les combats d'une nature spécialement sensible. On peut dire d'elle ce qu'on dit de saint Jean Berch-[292]mans: elle a extraordinairement bien fait toutes les choses ordinaires.

 

 [Réponse aux quarante-neuvième et cinquantième demandes]:

Je n'ai pas connaissance d'aucun fait de ce genre.

 

[Réponse à la cinquante-et-unième demande]:

1 ° Je ne connais d'autres écrits que ceux qui ont été édités.  Je n'ai pas fait la critique spéciale de l'authenticité de ces publications; mais elle a été faite par d'autres, et je ne doute pas de la véracité de leur témoignage.  J'ai même eu en main le manuscrit original de l'autobiographie.

2° J'estime que ces écrits peuvent faire foi et appuyer un jugement certain sur la réalité des vertus de la Servante de Dieu, car 1/ ayant déjà connaissance, par le renom public, de ses vertus héroïques, de sa sainte mort et des grâces obtenues par son intercession, ses écrits ne m'arrivaient pas sans une autorité acquise; 2/ en les étudiant, j'y trouve des caractères intrinsèques qui en garantissent l'autorité.  La vérité, l'onction jaillissent de chaque phrase, et on ne peut penser, même un instant, que l'auteur n'ait pas exprimé ce qu'il éprouvait.  De cette façon, les témoignages extrinsèques et la critique interne se corroborent pour donner une valeur incontestable à ces documents.

 

[293] [Réponse de la cinquante-deuxième à la cinquante-cinquième demande,]:

Je ne sais rien de particulier sur ces points.

 

[Réponse à la cinquante-sixième demande]:

Depuis huit ans que je suis en relations avec le Carmel de Lisieux, je n'ai pas manqué de visiter par dévotion le tombeau de la Servante de Dieu toutes les fois que les circonstances m'ont amené à Lisieux, c'est-à-dire à cinq ou six reprises différentes, en tout une vingtaine de visites.  Dans ces pèlerinages j'ai remarqué un concours régulier de pèlerins, quelquefois malgré les intempéries; de plus, ce concours va croissant.  Hier notamment, qui était un dimanche, pendant les trois quarts d'heure que j'y ai passés, j'ai remarqué une assistance se renouvelant sans cesse d'une vingtaine de personnes, hommes, femmes, soldats, etc.; ces pèlerins étaient recueillis et priant.  Je n'ai jamais entendu dire qu'on ait exercé une action quelconque pour déterminer ou entretenir ce pèlerinage.

 

 [Réponse à la cinquante-septième demande]:

Je ne sais pas si la Servante de Dieu jouissait [294] d'une réputation de sainteté pendant sa vie.

Depuis sa mort, sa réputation de sainteté., c'est-à-dire de vertus héroïques, m'est évidente, non seulement par la lecture des témoignages qu'on en a publiés, mais encore par la relation directe qui m'en a été faite par plusieurs pères de la Compagnie de Jésus, graves et particulièrement instruits; je citerai en particulier le révérend père Longhaye, âgé de près de 80 ans, professeur au juvénat de Cantorbéry.

 

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De plus, j'ai vérifié l'extension de ce renom de sainteté par la dévotion que j'ai constaté, d'abord dans le Carmel de Lisieux, puis dans d'autres Carmels avec lesquels je suis en rapport, dans un bon nombre de communautés religieuses; quant aux simples fidèles, l'expérience en est continue et universelle.  Or le fait de cette dévotion permet de conclure à la conviction de sa sainteté.

Quant à la réputation de miracles ou de faveurs surnaturelles obtenus par son intercession, je la connais non seulement par la lecture des« Pluies de roses », où on relate les plus remarquables, mais encore par les relations personnelles qui m'en ont été faites, notamment par la demande fréquente de messes, à l'occasion de neuvaines faites pour obtenir des miracles, des guérisons, des faveurs, etc.  Je connais un très grand nombre de personnes qui l'invoquent assidûment.

Je ne sache pas qu'on ait rien fait pour créer ce renom de sainteté.  Le développement qu’il a pris ne peut s'expliquer, à mon avis, que par la réalité de la [295] sainteté héroïque et du pouvoir thaumaturgique.  Les moyens de publicité employés par le Carmel de Lisieux ont plutôt par rapport à cette réputation une relation d'effet à cause que de cause à effet; si la base avait manqué, toute cette publicité eût plutôt nui que profité à l'extension de la dévotion à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus.

 

 [Réponse à la cinquante-huitième demande:

Je n'ai jamais entendu formuler une opinion contraire à la vertu ou à la réputation de sainteté de la Servante de Dieu.

 

 [Réponse de la cinquante-neuvième à la soixante-cinquième demande]:

D'une façon générale, j'ai souvent entendu des personnes attribuer à l'intercession de la Servante de Dieu des faveurs spirituelles ou corporelles; je ne serais pas au-dessus de la vérité en disant que personnellement j'ai reçu une cinquantaine de témoignages de ce genre.  Je vais préciser quelques cas: la conversion subite d'un jeune homme, traversant une crise religieuse et niant l'existence de Dieu, a été obtenue au cours d'une neuvaine faite par sa mère à la Servante de Dieu.  Un autre jeune homme, menacé d'une opération par suite de tumeur tuberculeuse, s'est trouvé, dans le cours d'une neuvaine à soeur Thérèse, hors de danger, à l'étonnement du médecin.  Je pourrais indiquer d'autres faveurs; mais comme les témoignages directs ne manqueront pas sur des faits plus saillants, je ne [296] crois pas utile d'y insister.

 

 [Réponse à la soixante-sixième demande]:

Non, je crois avoir dit tout ce que je savais d'utile.

 

[Au sujet des articles, le témoin dit ne savoir que ce qu’il a déposé en répondant aux demandes précédentes.  Est ainsi terminé l’interrogatoire de ce témoin.  Lecture des actes est donnée.  Le témoin n’y apporte aucune modification et signe comme suit :

Signatum :J. Auriault