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Ms A 41r

parler de Dieu, car il se mêle tant d'amour-propre dans les conversations spirituelles !... Ah ! c'était bien pour la Ste Vierge toute seule que je venais à l'abbaye... parfois je me sentais seule, bien seule ; comme aux jours de ma vie de pensionnaire alors que je me promenais triste et malade dans la grande cour, je répétais ces paroles qui toujours faisaient renaître la paix et la force en mon coeur : «La vie est ton navire et non pas ta demeure!...» Toute petite ces paroles me rendaient le courage ; maintenant encore, malgré les années qui font disparaître tant d'impressions de piété enfantine, l'image du navire charme encore mon âme et lui aide à supporter l'exil... La Sagesse aussi ne dit-elle pas que «La vie est comme le vaisseau qui fend les flots agités et ne laisse après lui aucune trace de son passage rapide?...» Quand je pense à ces choses, mon âme se plonge dans l'infini, il me semble déjà toucher le rivage éternel... Il me semble recevoir les embrassements de Jésus... Je crois voir Ma Mère du Ciel venant à ma rencontre avec Papa... Maman... les quatre petits anges... Je crois jouir enfin pour toujours de la vraie, de l'éternelle vie en famille...

Avant de voir la famille réunie au foyer Paternel des Cieux, je devais passer encore par bien des séparations ; l'année où je fus reçue enfant de la Ste Vierge, elle me ravit ma chère Marie, l'unique soutien de mon âme... C'était Marie qui me guidait, me consolait, m'aidait à pratiquer la vertu ; elle était mon seul oracle. Sans doute, Pauline était restée bien avant dans mon coeur, mais Pauline était loin, bien loin de moi !... J'avais souffert le martyre pour m'habituer à vivre sans elle, pour voir entre elle et moi des murs infranchissables ;