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Ms A 47v

habitude (car je ne lisais pas les livres de papa) je demandai à le lire.

Cette lecture fut encore une des plus grandes grâces de ma vie, je la fis à la fenêtre de ma chambre d'étude, et l'impression que j'en ressens est trop intime et trop douce pour que je puisse la rendre...

Toutes les grandes vérités de la religion, les mystères de l'éternité, plongeaient mon âme dans un bonheur qui n'était pas de la terre... Je pressentais déjà ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment (non pas avec l'oeil de l'homme mais avec celui du coeur) et voyant que les récompenses éternelles n'avaient nulle proportion avec les légers sacrifices de la vie, je voulais aimer, aimer Jésus avec passion, lui donner mille marques d'amour pendant que je le pouvais encore... Je copiai plusieurs passages sur le parfait amour et sur la réception que le Bon Dieu doit faire à ses élus au moment où Lui-même deviendra leur grande et éternelle récompense, je redisais sans cesse les paroles d'amour qui avaient embrasé mon coeur... Céline était devenue la confidente intime de mes pensées ; depuis Noël nous pouvions nous comprendre, la distance d'âge n'existait plus puisque j'étais devenue grande en taille et surtout en grâce... Avant cette époque je me plaignais souvent de ne point savoir les secrets de Céline, elle me disait que j'étais trop petite, qu'il me faudrait grandir «de la hauteur d'un tabouret» afin qu'elle puisse avoir confiance en moi... J'aimais à monter sur ce précieux tabouret lorsque j'étais à côté d'elle et je lui disais de me parler intimement, mais mon industrie était inutile, une distance nous séparait encore !...

Jésus qui voulait nous faire avancer ensemble, forma dans nos coeurs des liens plus forts que ceux du sang. Il nous fit devenir soeurs d'âmes, en nous se réalisèrent ces paroles du Cantique de St Jean de la Croix (parlant à l'Époux, l'épouse s'écrie) : «En suivant vos traces, les jeunes filles parcourent légèrement le chemin, l'attouchement de