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Ms A 53v

O ma Mère chérie ! c'est vous qui m'avez appris à chanter... c'est votre voix qui m'a charmée dès l'enfance, et maintenant j'ai la consolation d'entendre dire que je vous ressemble !!! Je sais combien j'en suis encore loin, mais j'espère malgré ma faiblesse redire éternellement le même cantique que vous !...

Avant mon entrée au Carmel, je fis encore bien des expériences sur la vie et les misères du monde, mais ces détails m'entraîneraient trop loin, je vais reprendre le récit de ma vocation.  Le 31 octobre fut le jour fixé pour mon voyage à Bayeux. Je partis seule avec Papa, le coeur rempli d'espérance, mais aussi bien émue par la pensée de me présenter à l'évêché. Pour la première fois de ma vie, je devais aller faire une visite sans être accompagnée de mes soeurs et cette visite était à un Évêque ! Moi qui n'avais jamais besoin de parler que pour répondre aux questions que l'on m'adressait, je devais expliquer moi-même le but de ma visite, développer les raisons qui me faisaient solliciter l'entrée du Carmel, en un mot je devais montrer la solidité de ma vocation. Ah ! qu'il m'en a coûté de faire ce voyage ! Il a fallu que le Bon Dieu m'accorde une grâce toute spéciale pour que j'aie pu surmonter ma grande timidité... Il est aussi bien vrai que «Jamais l'Amour ne trouve d'impossibilités, parce qu'il se croit tout possible et tout permis.» C'était vraiment le seul amour de Jésus qui pouvait me faire surmonter ces difficultés et celles qui suivirent car Il se plut à me faire acheter ma vocation par de bien grandes épreuves...

Aujourd'hui que je jouis de la solitude du Carmel (me reposant à l'ombre de Celui que j'ai si ardemment désiré) je trouve avoir acheté mon bonheur à bien peu de frais et je serais prête à supporter de bien plus grandes peines pour l'acquérir si je ne l'avais pas encore !

Il pleuvait à verse quand nous arrivâmes à Bayeux, Papa qui ne voulait pas voir sa petite reine entrer à l'évêché avec sa belle toilette toute trempée la fit monter dans un omnibus et conduire à la cathédrale. Là commencèrent mes misères, Monseigneur et tout son clergé assistaient à un grand enterrement. L'église était remplie de dames en deuil et j'étais regardée de tout le monde avec ma