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Ms A 55v

revenir sans en avoir aucune... Ah ! que j'avais de peine !... Il me semblait que mon avenir était brisé pour jamais ; plus j'approchais du terme, plus je voyais mes affaires s'embrouiller. Mon âme était plongée dans l'amertume, mais aussi dans la paix, car je ne cherchais que la volonté du Bon Dieu.

Aussitôt en arrivant à Lisieux, j'allai chercher de la consolation au Carmel et j'en trouvai près de vous, ma Mère chérie. Oh non ! jamais je n'oublierai tout ce que vous avez souffert à cause de moi. Si je ne craignais de les profaner en m'en servant, je pourrais dire les paroles que Jésus adressait à ses apôtres, le soir de sa Passion : «C'est vous qui avez été toujours avec moi dans toutes mes épreuves»... Mes bien-aimées soeurs m'offrirent aussi de bien douces consolations...

Trois jours après le voyage de Bayeux, je devais en faire un beaucoup plus long, celui de la ville éternelle... Ah ! quel voyage que celui-là !... Lui seul m'a plus instruite que de longues années d'études, il m'a montré la vanité de tout ce qui passe et que tout est affliction d'esprit sous le soleil... Cependant j'ai vu de bien belles choses, j'ai contemplé toutes les merveilles de l'art et de la religion, surtout j'ai foulé la même terre que les Sts Apôtres, la terre arrosée du sang des Martyrs et mon âme s'est agrandie au contact des choses saintes...

Je suis bien heureuse d'avoir été à Rome, mais je comprends les personnes du monde qui pensèrent que Papa m'avait fait faire ce grand voyage afin de changer mes idées de vie religieuse ; il y avait en effet de quoi ébranler une vocation peu affermie. N'ayant jamais vécu parmi le grand monde, Céline et moi, nous nous trouvâmes au milieu de la noblesse qui composait presqu'exclusivement le pèlerinage. Ah ! bien loin de nous éblouir, tous ces titres et ces « de » ne nous parurent qu'une fumée... De loin cela m'avait quelquefois jeté un peu de poudre aux yeux, mais de près, j'ai vu que «tout ce qui brille n'est pas or» et j'ai compris cette parole