Imprimer

Ms A 61r

continuais de me baisser vers les ruines où je voulais descendre ; à la fin, je ne vis pas d'anges, mais ce que je cherchais, je poussai un cri de joie et dis à Céline : «Viens vite, nous allons pouvoir passer!...» Aussitôt nous franchissons la barrière que les décombres atteignaient en cet endroit et nous voilà escaladant les ruines qui croulaient sous nos pas.

Papa nous regardait tout étonné de notre audace, bientôt il nous dit de revenir, mais les deux fugitives n'entendaient plus rien ; de même que les guerriers sentent leur courage augmenter au milieu du péril, ainsi notre joie grandissait en proportion de la peine que nous avions pour atteindre l'objet de nos désirs. Céline, plus prévoyante que moi, avait écouté le guide et se rappelant qu'il venait de signaler un certain petit pavé croisé, comme étant celui où combattaient les martyrs, se mit à le chercher ; bientôt, l'ayant trouvé et nous étant agenouillées sur cette terre sacrée, nos âmes se confondirent en une même prière... Mon coeur battait bien fort lorsque mes lèvres s'approchèrent de la poussière empourprée du sang des premiers chrétiens, je demandai la grâce d'être aussi martyre pour Jésus et je sentis au fond de mon coeur que ma prière était exaucée !... Tout ceci fut accompli en très peu de temps ; après avoir pris quelques pierres, nous revînmes vers les murs en ruine pour recommencer notre périlleuse entreprise. Papa nous voyant si heureuses ne put pas nous gronder et je vis bien qu'il était fier de notre courage... Le Bon Dieu nous protégea visiblement, car les pèlerins ne s'aperçurent pas de notre absence étant plus loin que nous, occupés à regarder sans doute les magnifiques arcades, où le guide faisait remarquer «les petits cornichons et les cupides posés dessus», aussi ni lui, ni «messieurs les abbés» ne connurent la joie qui remplissait nos coeurs...

Les catacombes m'ont aussi laissé une bien douce impression : elles sont telles que je me les étais figurées en lisant leur description dans la vie des martyrs. Après y avoir passé une partie de l'après-midi, il me semblait y être seulement depuis quelques instants, tant l'atmosphère