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Ms A 63v

sur ses genoux, je tentai un dernier effort et je dis d'une voix suppliante : «Oh! Très Saint-Père, si vous disiez oui, tout le monde voudrait bien!...» Il me regarda fixement et prononça ces mots en appuyant sur chaque syllabe : «Allons... Allons... Vous entrerez si le Bon Dieu le veut!...» (Son accent avait quelque chose de si pénétrant et de si convaincu qu'il me semble encore l'entendre). La bonté du St Père m'encourageant, je voulais encore parler mais les deux gardes nobles me touchèrent poliment pour me faire lever ; voyant que cela ne suffisait pas, ils me prirent par les bras et Mr Révérony leur aida à me soulever, car je restais encore les mains jointes, appuyées sur les genoux de Léon XIII et ce fut de force qu'ils m'arrachèrent de ses pieds... Au moment où j'étais ainsi enlevée, le St Père posa sa main sur mes lèvres, puis la leva pour me bénir alors mes yeux se remplirent de larmes et Mr Révérony put contempler au moins autant de diamants qu'il en avait vus à Bayeux... Les deux gardes nobles me portèrent pour ainsi dire jusqu'à la porte et là, un troisième me donna une médaille de Léon XIII. Céline qui me suivait, avait été témoin de la scène qui venait de se passer ; presque aussi émue que moi, elle eut cependant le courage de demander au St Père une bénédiction pour le Carmel. Mr Révérony d'une voix mécontente répondit : «Il est déjà béni le Carmel.» Le bon St Père reprit avec douceur : «Oh oui! il est déjà béni.» Avant nous Papa était venu aux pieds de Léon XIII (avec les messieurs). Mr Révérony avait été charmant pour lui, le présentant comme le Père de deux Carmélites. Le Souverain Pontife, en signe de particulière bienveillance, posa sa main sur la tête vénérable de mon Roi chéri, semblant ainsi le marquer d'un sceau mystérieux, au nom de Celui dont il est le véritable représentant... Ah ! maintenant qu'il est au Ciel, ce Père de quatre Carmélites, ce n'est plus la main du Pontife qui repose sur son front, lui