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Ms A 70v

ouvert ; mais notre Mère, souvent malade, avait peu le temps de s'occuper de moi. Je sais qu'elle m'aimait beaucoup et disait de moi tout le bien possible, cependant le Bon Dieu permettait qu'à son insu, elle fût très sévère ; je ne pouvais la rencontrer sans baiser la terre, il en était de même dans les rares directions que j'avais avec elle... Quelle grâce inappréciable !... Comme le Bon Dieu agissait visiblement en celle qui tenait sa place !... Que serais-je devenue si, comme le croyaient les personnes du monde, j'avais été «le joujou» de la communauté ?... Peut-être au lieu de voir Notre-Seigneur en mes Supérieures n'aurais-je considéré que les personnes et mon coeur, si bien gardé dans le monde, se serait attaché humainement dans le cloître... Heureusement je fus préservée de ce malheur. Sans doute, j'aimais beaucoup notre Mère, mais d'une affection pure qui m'élevait vers l'Époux de mon âme...

Notre maîtresse était une vraie sainte, le type achevé des premières carmélites ; toute la journée j'étais avec elle, car elle m'apprenait à travailler. Sa bonté pour moi était sans bornes et cependant mon âme ne se dilatait pas... Ce n'était qu'avec effort qu'il m'était possible de faire direction, n'étant pas habituée à parler de mon âme je ne savais comment exprimer ce qui s'y passait. Une bonne vieille mère comprit un jour ce que je ressentais, elle me dit en riant à la récréation : «Ma petite fille, il me semble que vous ne devez pas avoir grand'chose à dire à vos supérieures.»  «Pourquoi, ma Mère, dites-vous cela?...»  «Parce que votre âme est extrêmement simple, mais quand vous serez parfaite, vous serez encore plus simple, plus on approche du Bon Dieu, plus on se simplifie.» La bonne Mère avait raison ; cependant la difficulté que j'avais à ouvrir mon âme tout en venant de ma simplicité était une véritable épreuve, je le reconnais maintenant, car sans cesser d'être simple