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Ms A 73v

coeur. La sécheresse était mon pain quotidien et privée de toute consolation j'étais cependant la plus heureuse des créatures, puisque tous mes désirs étaient satisfaits...

O ma Mère chérie ! qu'elle a été douce notre grande épreuve, puisque de tous nos coeurs ne sont sortis que des soupirs d'amour et de reconnaissance !... Nous ne marchions plus dans les sentiers de la perfection, nous volions toutes les 5. Les deux pauvres petites exilées de Caen, tout en étant encore dans le monde, n'étaient plus du monde... Ah ! quelles merveilles l'épreuve a faites dans l'âme de ma Céline chérie !... Toutes les lettres qu'elle écrivait à cette époque sont empreintes de résignation et d'amour... Et qui pourra dire les parloirs que nous avions ensemble ?... Ah ! loin de nous séparer les grilles du Carmel unissaient plus fortement nos âmes, nous avions les mêmes pensées, les mêmes désirs, le même amour de Jésus et des âmes... Lorsque Céline et Thérèse se parlaient, jamais un mot des choses de la terre ne se mêlait à leurs conversations qui déjà étaient toutes dans le Ciel. Comme autrefois dans le belvédère, elles rêvaient les choses de l'éternité et pour jouir bientôt de ce bonheur sans fin, elles choisissaient ici-bas pour unique partage «La souffrance et le mépris».

Ainsi s'écoula le temps de mes fiançailles... Il fut bien long pour la pauvre petite Thérèse ! Au bout de mon année, Notre Mère me dit de ne pas songer à demander la profession, que certainement Mr le Supérieur repousserait ma prière, je dus attendre encore 8 mois... Au premier moment il me fut bien difficile d'accepter ce grand sacrifice, mais bientôt la lumière se fit dans mon âme ; je méditais alors les «Fondements de la vie spirituelle» par le Père Surin ; un jour pendant l'oraison je compris que mon désir si vif de faire profession était mélangé d'un grand amour-propre ; puisque je m'étais donnée à Jésus pour lui faire plaisir, le consoler,