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Témoin 8 - Marie-Joseph de la Croix, O. S. B.

 

Marcelline Husé.

Malgré sa brièveté la déposition du huitième témoin a son importance pour illustrer et confirmer bien des détails concernant l'enfance et l'adolescence de Thérèse Martin.

Née de Norbert Husé et Françoise Baubier à Saint-Samson (Mayenne), diocèse de Laval, le 19 juillet 1866, Marcelline-Anne entra le 15 mars 1880, avant donc ses quatorze ans accomplis, au service d'Isidore Guérin, oncle de Thérèse qui avait deux filles, Jeanne et Marie. Thérèse était alors dans sa huitième année. Marcelline eut donc ainsi de fréquents contacts avec celle-ci qui lui était spécialement confiée en même temps que Céline durant les voyages et absences de monsieur Martin et de ses filles aînées.

Marcelline ne quitta la maison Guérin que pour entrer chez les bénédictines du Saint-Sacrement de Bayeux, sous le nom de soeur Marie-Joseph de la Croix. Elle y fit profession le 10 août 1892, y vécut en toute humilité dans le sillage de soeur Thérèse et mourut le 26 décembre 1935, après une longue et douloureuse maladie *(Annales1938,53-56).

Avant d'entrer chez les bénédictines en 1889, Marcelline rendit visite au Carmel à soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus qui lui fit une précieuse exhortation. Pour sa profession l'année suivante, le 8 septembre, la sainte reçut une lettre de Marcelline lui adressant ses meilleurs voeux et lui répondit le 28 du même mois.

Soeur Marie-Joseph de la Croix témoigna lors des sessions XLV-XLVIII les 12-15 décembre 1910, au parloir de son monastère, f. 5I0r-524v de notre Copie publique.

TÉMOIN 8: Marie-Joseph de la Croix O.S.B.

[Session 45: - 12 décembre 1910, à 9h.]

[510r] [Le témoin répond correctement à la première demande.

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Marcelline-Anne Husé, née à Saint-Samson, diocèse de Laval, le 19 juillet 1866, du légitime mariage de Norbert Husé et de Françoise Barbier. J'ai été autrefois domestique dans la famille de la Servante de Dieu; je suis maintenant, depuis 21 ans, religieuse converse dans le monastère des bénédictines du Très-Saint Sacrement de Bayeux, sous le nom de soeur Marie-Joseph de la Croix.

[Le témoin répond correctement de la troisième à la sixième demande inclusivement.

[Réponse à la septième demande]:

Je viens témoigner pour obéir à la Sainte Eglise qui me le demande par l'intermédiaire du tribunal. Je suis entièrement libre de dire toute la vérité comme je la connais, et c'est mon intention.

[510v] [Réponse à la huitième demande]:

En 1880 lorsque j'avais 13 ans, j'entrai chez monsieur Guérin, oncle de la Servante de Dieu, pour être domestique et bonne d'enfants. La Servante de Dieu avait alors 7 ans; elle était à Lisieux depuis déjà deux ou trois ans. Elle venait tous les jours chez son oncle et j'avais alors soin d'elle, comme de ses petites cousines, les filles de monsieur Guérin, Jeanne et Marie. J'étais mêlée à leur vie et à leurs jeux. J'ai demeuré dans cette condition et dans ces relations quasi-quotidiennes jusqu'en 1889, c'est-à-dire un an après l'entrée de la Servante de Dieu au Carmel. A cette date, je quittai la maison de monsieur Guérin, pour entrer en religion à Bayeux. Je puiserai surtout dans mes souvenirs personnels ce que j'aurai à dire au tribunal. La lecture de l'« Histoire d'une âme » n'a fait que confirmer mes observations.

[Réponse à la neuvième demande]:

J'ai une affection très spéciale pour la Servante de Dieu parce que je [511r] l'aimais déjà beaucoup dans le monde, et je l'aime plus encore maintenant. Mais ce n'est pas cela qui m'empêchera de dire ce qui est juste et vrai dans l'affaire de sa béatification. Je désire de tout mon coeur sa béatification, parce qu'elle le mérite bien. Quoique j'aie vécu avec elle très familièrement, c'est de tout mon coeur que je la prie, et je la prierai de plus en plus.

[Réponse à la dixième demande]:

Je sais qu'elle est née à Alençon; que sa mère, soeur de monsieur Guérin, était morte avant la venue de monsieur Martin à Lisieux. La Servante de Dieu avait quatre soeurs que j'ai connues autant qu'elle-même; elle était la plus jeune de toutes.

[Réponse à la onzième demande :

Monsieur Martin était estimé à Lisieux comme un « patriarche d'autrefois » et comme un saint. J'ai été témoin de la ferveur de ses pratiques chrétiennes. Il assistait tous les jours à la messe de six heures avec ses filles aînées. Il était membre de l'Association de l'Adoration nocturne du Très-Saint Sacrement [511v] comme d'ailleurs monsieur Guérin, son beau-frère; il appartenait aussi à la Société de Saint Vincent de Paul pour la visite des pauvres.

[Réponse à la douzième demande]:

Je ne sais rien de spécial sur ce point.

[Réponse à la treizième demande]:

Monsieur Martin était un excellent père, et il élevait avec grand soin tous ses enfants, qu'il aimait toutes beaucoup. La Servante de Dieu, qu'il appelait sa « petite reine », étant la plus jeune, était de sa part l'objet d'une affection spéciale, mais qui n'ôtait rien au sérieux de son éducation. Il n'eût pas toléré qu'elle manquât en rien. Sans être sévère, il élevait tous ses enfants dans la fidélité à tous leurs devoirs. Je ne sais pas si la petite Thérèse, qui était si simple, s'apercevait qu'elle fût plus aimée, car dans cette famille il y avait une grande union des coeurs; en tout cas, elle n'était pas « une enfant gâtée » et elle ne se prévalait point de cette préférence. Ses soeurs n'en étaient aucunement jalouses, car de leur côté elles ai-[512r] maient tant leur petite soeur!

[Réponse à la quatorzième demande]:

La première éducation de la Servante de Dieu fut faite par mademoiselle Pauline, sa seconde soeur, qu'elle appelait « sa petite mère » et qui pouvait avoir environ 18 ans. Lorsque, en 1882, mademoiselle Pauline entra au Carmel, ce fut mademoiselle Marie qui servit de mère à la Servante de Dieu. En 1881, un an après son arrivée chez monsieur Guérin, la petite Thérèse fréquenta, comme demi-pensionnaire, la maison d'éducation des religieuses bénédictines de Lisieux, J'étais alors chargée de l'accompagner en chemin en même temps que mesdemoiselles Guérin, ses jeunes cousines. Lorsqu'elle se trouvait seule avec moi dans ce trajet ou à la maison, elle se montrait très affectueuse et très confiante et me faisait volontiers ses petites confidences. Ces conversations intimes portaient comme naturellement sur les choses de la piété. Elle était, pour son âge, exceptionnellement intelligente et réfléchie. Je me souviens en particulier comment, même avant sa première communion, entendant des ouvriers blasphémer, elle m'expliquait, pour les excuser, qu'il ne faut pas juger du fond des âmes, que ces gens-là avaient reçu bien moins de grâces que nous, et qu'ils étaient plus malheu-[512v]reux que coupables. Elle était très joyeuse et très expansive dans sa famille et avec nous. On voyait qu'elle se dédommageait alors de la contrainte que devait lui imposer le milieu de la pension. Elle avait beaucoup d'estime et d'affection pour les religieuses, ses maîtresses; mais du côté de ses compagnes elle éprouvait une sorte de gêne, parce qu'elles ne s'intéressaient pas, comme les membres de sa famille, aux épanchements habituels de son âme. Du reste, nous ne pouvions que soupçonner cette souffrance, car elle n'accusait personne et ne se plaignait jamais. A l'Abbaye elle obtenait les meilleures notes dans ses classes. Elle ne trouvait pas de plaisir aux jeux bruyants des enfants de son âge. Son grand plaisir était de cueillir des fleurs, et de s'isoler dans le jardin ou dans la campagne « pour jouer au solitaire.» Elle aimait la nature et le chant des oiseaux.

[ Session 46: - 13 décembre 1910, à 2h. de l'après-midi

[514v] [Suite de la réponse à la quatorzième demande]:

Aux vacances de Pâques 1883, monsieur Martin étant allé à Paris avec ses filles aînées, mesdemoiselles Marie et Léonie, nous laissa les deux plus jeunes, mesdemoiselles Céline et Thérèse, pour les garder. Mademoiselle Pauline était entrée au Carmel au mois d’octobre précédent. Cette séparation avait été très douloureuse à la Servante de Dieu et elle en avait conçu, je crois, une tristesse qu'elle s'efforçait de comprimer et qui occasionna, sans doute, [515r] au moins partiellement, la maladie qui se déclara subitement à cette époque. Après une conversation avec son oncle monsieur Guérin, elle fut saisie d'un tremblement nerveux auquel succédèrent des crises de frayeur et d'hallucinations qui se répétaient plusieurs fois chaque jour. Dans les intervalles, elle était d'une grande faiblesse et on ne pouvait la laisser seule. Il me semble bien qu'elle gardait sa connaissance, même pendant les crises; et, la crise passée, elle gardait le souvenir de ce qui s'était passé. Elle ne cessait pourtant de nous dire qu'elle assisterait à la prise d'habit de sa soeur Pauline, qui devait avoir lieu quelques jours après. En effet, contre toute attente, et alors que les crises s'étaient renouvelées la veille avec la même intensité, elle se trouva fort bien à l'heure de la cérémonie, à laquelle elle prit part pleine d'entrain et de joie. Elle paraissait alors guérie. Elle rentra aux Buissonnets, dans la maison de son père, où les crises recommencèrent dès le lendemain. A partir de ce moment je ne la vis plus que dans quelques visites que je lui fis de temps en temps. Mais j'en avais chaque jour des nouvelles, car sa tante madame Guérin ne manquait pas d'aller la voir. J'ai su que les médecins trouvaient étrange le mal de cette enfant, que les traitements énergiques qu'ils employaient n'amenèrent aucune amélioration. [515v] Le mal paraissait plutôt s'aggraver. Je fus associée aux prières très ardentes que faisaient ses soeurs. Tout à coup, le dimanche 10 mai, on vint chez monsieur Guérin nous annoncer que mademoiselle Thérèse était guérie. En effet, dès le lendemain, elle vint elle-même nous voir, et il ne restait d'autres traces de son mal qu'un certain affaiblissement qui disparut très vite. A cette époque, personne ne doutait dans l'entourage que cette guérison ne fût un miracle de la Très-Sainte Vierge, comme on avait cru aussi que ce mal n'était pas purement naturel. Je n'ai pas su à cette époque qu'il y ait eu apparition de la Très Sainte Vierge.

La Servante de Dieu fit sa première communion le 8 mai 1884 à l'Abbaye des bénédictines. Elle avait onze ans accomplis. Mais depuis bien longtemps déjà elle appréciait et désirait la Sainte Eucharistie. Je l'ai particulièrement remarqué en observant son attitude et ses conversations lors de la première communion de sa soeur Céline (1881) et de sa cousine Marie Guérin (1882). Je remarquais aussi son regret de ne pas accompagner son père et ses soeurs à la sainte table le jour des fêtes. A l'approche de sa première communion, j'ai très bien observé l'attention qu'elle mettait à s'y préparer et notamment la pratique habituelle des petits [516r] renoncements, dont elle cherchait les occasions. Je garde aussi l'impression qu'au jour de sa première communion elle était plus pénétrée de la grandeur de cette action que ne le sont communément les enfants de son âge.

[Réponse à la quinzième demande]:

Vers l'âge de 13 ans, la Servante de Dieu fut éprouvée dans sa santé par de fréquents maux de tête, et son père jugea opportun de la retirer de la pension. Je n'ai jamais entendu dire que ce départ eût d'autre cause que l'état de sa santé. J'ai vu, dans l'« Histoire d'une âme », que la Servante de Dieu avait été éprouvée à cette époque par des scrupules; mais elle ne m'en faisait pas alors confidence; je remarquai seulement qu'elle était moins expansive et plus réservée envers moi. De retour dans la maison de son père, elle reçut des leçons particulières pour compléter son instruction. Nos relations n'étaient plus aussi fréquentes que lorsqu'elle venait tous les jours chez monsieur Guérin. J'ai remarqué toutefois, à cette époque, sa très grande piété, son attitude particulièrement recueillie en assistant à la messe et aux offices, sa ferveur lorsqu'elle s'approchait de la sainte table, ce quelle faisait, au moins, chaque dimanche [516v] et probablement aussi en semaine; mais pendant la semaine je n'étais pas, comme le dimanche, présente à ses communions.

[Réponse de la seizième à la dix-neuvième demande]:

Je ne sais rien de particulier sur ces points.

[Réponse à la vingtième demande]:

Dans le temps même que j'ai passé avec elle, j'avais déjà cette persuasion très nette que sa vertu dépassait de beaucoup ce qu'on remarque chez des jeunes filles, même bien pieuses. Je ne saurais pas m'expliquer mieux, mais c'était une âme à part, une âme d'élite qui ne ressemblait pas aux autres. Je n'ai jamais trouvé l'occasion de lui faire le moindre reproche. On me demande ce que je pense de ses défauts: je suis vraiment embarrassée pour en trouver. Peut-être pourrait-on dire qu'elle était bien sensible et impressionnable, mais elle dominait si bien sa nature, que jamais elle ne manifestait d'impatience; parfois une certaine rougeur manifestait l'effort qu'elle faisait pour se dominer.

[517r] Réponse à la vingt-et-unième demande]:

Avant même sa première communion, la Servante de Dieu manifestait un grand esprit de foi et de religion envers la présence réelle. Désignée avec d'autres enfants pour jeter des fleurs à la procession du Très-Saint Sacrement, elle avait soin de jeter bien haut ses pétales de roses, « afin - disait-elle - qu'ils aillent caresser Jésus » - MSA 17,1 - . Les assistants remarquaient alors sa piété et son air angélique, et je les ai entendus plusieurs fois manifester leur admiration. J'ai aussi remarqué sa charité délicate envers le prochain. La première fois qu'on me la présenta chez monsieur Guérin, elle avait sept ans. On lui avait dit que j'étais triste d'avoir quitté ma mère; elle prit alors à tâche de me consoler par toutes sortes de marques d'affection. En promenade, elle était radieuse lorsqu'on l'envoyait porter l'aumône aux pauvres. Un peu plus tard, lorsqu'elle avait environ 14 ans, elle visitait et catéchisait des petites filles pauvres. Je l'ai conduite plusieurs fois dans ces familles. J'étais alors témoin de sa joie et de la reconnaissance que ces enfants avaient pour elle. Peu après sa première communion [517v], ayant environ 12 ans, elle me parlait du bon Dieu, me disant qu'il était bon pour ceux qui l'aimaient, et comme il nous aimait tout particulièrement. Comme je ne sentais pas tout cet amour-là, et que je m'en plaignait, disant que je ne l'aimais point ainsi, elle m'expliqua que l'amour n'est point dans le sentiment mais dans la pratique de la vertu, et qu'il fallait toujours chercher à faire plaisir au bon Dieu dans nos moindres actions sans chercher à attirer l'attention.

[Session 47: - 14 décembre 1910, à 8h. 30]

[519v] [Suite de la réponse à la vingt-et-unième demande]:

Un trait de sa charité envers le prochain, dont j'ai gardé un souvenir spécial, c'est qu'avant même sa première communion elle se dépensait en actes de charité auprès de sa petite cousine Marie Guérin, qui était toujours malade. Que d'actes de patience ne fit-elle pas auprès d'elle! Bien que plus jeune qu'elle de trois ans, elle l'entourait de soins charmants, cédant à tous ses caprices, dissipant l'ennui et la tristesse causés par la maladie, lui apprenant à vivre en « solitaire » et l'invitant à pratiquer la vertu. Tout cela a porté du fruit, puisque plus tard mademoiselle Marie alla la rejoindre au Carmel, où la Servante de Dieu devint tout de bon sa maîtresse des novices. Quand mademoiselle Thérèse était encore toute petite enfant, elle demandait à réserver pour les pauvres les gâteaux et les friandises [520r] qu'on lui donnait.

J'ai gardé un souvenir précis de sa dévotion envers la Sainte Vierge; elle avait de dix à douze ans; nous allions passer le mois de mai à Trouville, au bord de la mer. L'habitation était éloignée de l'église Notre Dame des Victoires. Cependant nous nous y rendions ordinairement chaque soir pour les exercices du mois de Marie. Si parfois on hésitait à s'y rendre à cause de la distance, ou pour quelque empêchement, Thérèse insistait et jamais la fatigue de la journée ne lui était une raison d'omettre cette longue course. C'était son bonheur d'aller à la messe matinale dans cette église consacrée à la Sainte Vierge; le froid, le mauvais temps ne pouvaient l'en détourner. Son amour pour la Sainte Vierge se fit remarquer aussi au moment de sa réception d'enfant de Marie; car pour y arriver il lui fallut faire de vrais sacrifices, en retournant à l'Abbaye qu'elle avait quittée et où elle ne trouvait plus de compagnes.

Sa prudence se manifestait dans la sagesse de ses conseils et dans l'idée qu'elle se faisait de la sainteté. Avant même d'entrer au Carmel, et peu de temps après sa première communion, elle comprenait déjà le prix du sacrifice. Un jour, je lui disais combien je trou[520v] vais son oncle et surtout sa tante bonne et parfaite, que c'était une sainte:

« C'est vrai - me dit-elle -, mais un jour elle le sera bien davantage, car elle souffre et souffrira toujours; mais cette souffrance, unie à l'amour du bon Dieu qu'elle aime tant, la fera grandir en perfection » '. Plus tard, dans la première année qui suivit son entrée au Carmel, je lui confiai mon projet d'entrer en religion. Là encore elle me donna les meilleurs conseils. La dernière recommandation qu'elle me fit au parloir du Carmel, fut celle-ci: « Ma petite Marcelline, il faut toujours bien aimer le bon Dieu, et pour lui prouver notre amour, faire tous les sacrifices qu'il demande de nous. Soyez tranquille, je prierai bien pour vous. Aimez bien le bon Dieu, pour ne pas trop le craindre: il est si bon! Pensez aussi à prier pour ceux qui ne l'aiment pas, afin que nous convertissions beaucoup d'âmes »

Au sujet de sa tempérance, j'ai remarqué que lorsque nous étions ensemble au châlet Colomb, à Trouville, et que nous vivions dans une plus grande intimité, elle acceptait à table n'importe quels mets, et si elle manifestait une préférence, c'était pour ce qui était inférieur,

[521r] [Réponse de la vingt-deuxième à la vingt-sixième demande]:

Je ne sais rien de bien particulier sur ces points, car j'ai quitté la Servante de Dieu peu de temps après son entrée au Carmel, et depuis ce temps j'ai moi-même vécu dans le cloître à Bayeux.

[Réponse à la vingt-septième demande]:

Notre communauté donne une part large de vénération envers la petite soeur Thérèse de l’Enfant Jésus: toutes, nous l'aimons beaucoup; elle a obtenu plusieurs grâces intimes à quelques-unes de nos soeurs. Plusieurs neuvaines nous ont été demandées en son honneur par des personnes du monde, et beaucoup d'autres nous demandent de la prier à leurs intentions. Quant à son renom de sainteté au dehors, il est notoire et je le connais par les récits qui sont faits de toutes parts.

[Réponse à la vingt-huitième demande]:

[521v] le n'ai jamais rien entendu affirmer ni contre le renom de sainteté de la Servante de Dieu, ni contre les démarches qui sont faites pour répandre la connaissance de sa vie. Plusieurs personnes sachant que je l'avais connue particulièrement, m'ont demandé si le récit de sa vie exprimait bien la vérité, et j'ai toujours répondu en conscience qu'il était parfaitement exact.

[Réponse à la vingt-neuvième demande]:

J'avais beaucoup recommandé à la Servante de Dieu la conversion de mon beau-frère, qui vivait depuis longtemps éloigné de toutes pratiques religieuses; je lui avais envoyé une relique de la Servante de Dieu. Il s’est converti sur son lit de mort et est décédé bien chrétiennement voilà deux ans. Je reste convaincue que les prières de la Servante de Dieu ont contribué à ce retour vers Dieu.

[ Session 48: - 15 décembre 1910, à 2h. de l'après-midi]

[523v] [Suite de la réponse à la vingt-neuvième demande]:

J'ai appris par une lettre de mon frère et par le récit verbal de mademoiselle Aimée Roger, demeurant à Lisieux, témoin oculaire, que madame Poirier, née Berthe Chopin, demeurant près Ambrières, diocèse de Laval, et nièce de mon frère, souffrait depuis deux ans d'une grave maladie interne, dont je ne puis préciser la nature. Au cours de cette maladie, les méde-[524r]cins avaient prononcé plusieurs fois que la maladie était désespérée. Or, sur le conseil que je lui fis donner, elle invoqua soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, dont je lui avais envoyé une relique (fragment d'étoffe). Dernièrement, contre toute attente, elle se présenta à Lisieux chez mon frère bien étonné de ce voyage, puisque la malade pouvait à peine, quelque temps auparavant, passer d'un appartement dans l'autre. Elle venait prier sur la tombe de la Servante de Dieu et la remercier de sa guérison. J'ai entendu ou lu le récit d'une multitude d'autres faveurs, mais je n'en ai pas été directement témoin.

[Réponse à la trentième demande]:

Je désire ajouter quelques détails à ma déposition sur le quinzième Interrogatoire touchant la conduite de la Servante de Dieu pendant la période qui suivit sa sortie de la pension des bénédictines.

Je puis affirmer en toute vérité que depuis sa première communion j'ai vu mademoiselle Thérèse grandir en grâce et en vertu d'une façon très extraordinaire; son amour pour le bon Dieu et le désir du sacrifice lui faisaient seuls [524v] entreprendre toutes les démarches qu'elle fit au sujet de sa vocation et surmonter tous les obstacles qu'elle rencontra pour la réaliser. Du reste, on sentait bien que c'était une âme qui vivait continuellement dans la présence du bon Dieu, car si on lui parlait de toilette et autres choses du même genre, on ne pouvait l’en entretenir longtemps; mais si je lui parlais de choses pieuses, tout de suite son âme s'ouvrait et son coeur s'épanchait avec bonheur.

[Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

J'ai déposé comme ci-dessus selon la vérité, je le ratifie et le confirme.

Signé: Soeur MARIE-JOSEPH DE LA CROIX, rel. ind.