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Témoin 9 - Adolphe Roulland, M.E.P.

Son premier frère missionnaire, soeur Thérèse l’avait reçu le 15 octobre 1895, en la fête de sainte Thérèse d'Avila. C'était Maurice Barthélemy Bellière (1874-1907) futur Père Blanc. Mais elle devait en avoir un second, Adolphe-Jean-Louis-Eugène Roulland, qui devint le neuvième témoin du Procès ordinaire informatif.

Le P. Roulland naquit à Cahagnolles (Calvados) le 13 octobre 1870. Entré aux Missions étrangères de Paris et se préparant au sacerdoce, il sentit le besoin du secours des prières d'une moniale cloîtrée pour son futur apostolat. C'est par l’intermédiaire du P. Norbert, des Prémontrés de Mondaye, qu'il prit contact dans ce but avec le Carmel de Lisieux. Mère Marie de Gonzague n'hésita pas alors à choisir soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus. « C'est la meilleure entre les bonnes », confia-t-elle au père Roulland avant son ordination sacerdotale (28 juin 1896). Celui-ci rencontra soeur Thérèse le 3 juillet à l'occasion de l'une de ses premières messes célébrée au Carmel. Sur la correspondance qu'ils échangèrent dans la suite, la discrétion fut gardée à l'égard de la communauté. Les nouvelles que l'on en communiquait, venaient, disait-on, du « Missionnaire de notre mère.» Mère Marie de Gonzague témoigna d'une grande largeur de vue. Au cours des derniers mois de sa vie, Thérèse écrivit bien sept fois au P. Roulland. De ce courrier, un billet a été perdu car, remis en signe de bénédiction à une petite enfant chinoise durant sa maladie, il ne lui fut pas retiré lors de sa sépulture. La prieure fit parvenir au père une photographie de Thérèse au dos de laquelle celle-ci avait marqué les grandes dates de sa vie et le missionnaire envoya son portrait que mère Marie de Gonzague autorisa Thérèse à garder en cellule, portrait accompagné d'une feuille sur laquelle le père avait écrit, lui aussi, pour sa «soeur», la liste des événements les plus marquants de son existence. Thérèse qui portait son Evangile sur son coeur y avait glissé l'image souvenir de l'ordination sacerdotale de son « frère », sur laquelle il avait écrit: « Ici-bas, travaillons ensemble, au ciel nous partagerons la récompense »; de même le P. Roulland portait avec lui une image peinte par soeur Thérèse, qui représentait un Coeur laissant tomber des gouttes de sang sur Sut-Chuen, mission du père en Chine, avec cette invocation de la main de la sainte: « 0 Sang divin de Jésus, arrosez notre mission. Faites germer les élus » (20 août 1896). Chaque jour le père nomme Thérèse à la messe et récite la prière qu'elle lui avait demandé de faire: « Mon Dieu, embrasez ma soeur de votre amour », prière qui, sur la demande de la sainte, devint celle-ci après sa mort: « Mon Dieu, permettez à ma soeur de vous faire encore aimer » (cf. f. 532r).

Dans une lettre que le P. Roulland lui envoya de Shanghai entre le 24 et le 26 août 1896, soeur Thérèse fut frappée de lire ceci parmi les événements les plus importants de la vie de son frère spirituel: «Vocation sauvée par N.-D. de la Délivrande: 8 septembre 1890.» C'était justement le jour de sa profession au Carmel, alors que « disant au monde un éternel adieu, son unique but était de sauver les âmes, surtout les âmes d'apôtres. A Jésus, son divin Epoux, elle demanda particulièrement une âme apostolique; ne pouvant être prêtre, elle voulait qu'à sa place un prêtre reçut les grâces du Seigneur, qu’il ait les mêmes aspirations, les mêmes désirs qu'elle », comme elle l'écrivait au père le 1er novembre 1896 - LT 201 - (Lettre 178, p. 348). Rappelons que la poésie-prière « A Notre-Dame des Victoires, Reine des Vierges, des Apôtres et des Martyrs » avait été écrite le 16 juillet 1896, à l'intention du père Roulland.

En 1909, après quelques années de vie missionnaire en Chine, le père fut rappelé à Paris comme directeur au séminaire de la rue du Bac, remplissant aussi en 1913 les fonctions d'économe. Sans se mettre pour autant personnellement en avant, il fut un apôtre toujours plus convaincu de Thérèse de Lisieux et de son acte d'offrande à l'amour miséricordieux. En 1922, après un an passé à Rome, il fut chargé du noviciat des frères à Dormans (Marne), où il mourut le 12 juin 1934 (V.T.3-1953).

Il déposa le 19 janvier 1911, au cours de la XLIXème session, f. 528r-540r de notre Copie publique.

 

[Session 49- - 19 janvier 1911, à 2h. de l’après-midi]

 

[528r] [528v] [Le témoin répond correctement à la première demande].

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Adolphe-Jean-Louis-Eugène Roulland, né à Cahagnolles, diocèse de Bayeux, le 13 octobre 1870, de Eugène Roulland et de Marie Ledres-

 

TÉMOIN 9: Adolphe Roulland M.E.P.

 

seur. Je suis prêtre, membre de la Société des Missions Etrangères de Paris; j'ai été missionnaire au Su-tchuen de l'année 1896 à l'année 1909. Depuis juin 1909 je réside à notre maison de Paris, rue du Bac, 128, où j'exerce les fonctions de procureur de la Société des Missions Etrangères.

 

[Le témoin répond correctement de la troisième à la sixième demande inclusivement].

[Réponse à la septième demande]:

Je fais ma déposition mû par le seul sentiment de la gloire de Dieu et l'amour de la vérité.

 

[Réponse à la huitième demande]:

[529r] Voici dans quelles circonstances je connus la Servante de Dieu. En 1896, au moment de recevoir l'ordination sacerdotale et de partir en mission, j'eus la pensée de solliciter les prières spéciales d'une religieuse carmélite qui fût ainsi spirituellement associée à mon apostolat. Je m'adressai pour cela à la révérende mère prieure du Carmel de Lisieux, qui désigna à cet effet soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Je ne la connaissais pas auparavant. Avant de partir aux missions, je vins à Lisieux en juillet 1896. Je célébrai la sainte messe au Carmel et j'eus, pendant une demi-journée, plusieurs entretiens avec la Servante de Dieu. Nous entretînmes dès lors une correspondance de lettres qui se poursuivit jusqu'à la mort de la Servante de Dieu, c'est-à-dire pendant un an. Je reçus d'elle dans cet intervalle une huitaine de lettres. J'ai utilisé aussi pour ma déposition ce que j'ai entendu de la part de divers missionnaires de notre Société. Je ne me suis pas servi pour préparer mon témoignage de son « Histoire écrite par elle-même »; j'utilise exclusivement mes informations personnelles.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

[529v] Je désire sans doute le succès de cette Cause, parce que la connaissance que j'ai acquise des dispositions de la Servante de Dieu m'a inspiré pour elle une profonde dévotion, et parce que cette béatification lui permettra de mieux réaliser ce qu'elle s'est proposé de faire, à savoir de faire du bien et sauver des âmes.

 

[Réponse de la dixième à la dix-neuvième demande]:

Je ne sais rien de particulier sur le « curriculum vitae » de la Servante de Dieu.

 

[Réponse à la vingtième et à la vingt-et-unième demande]:

J'ai eu le bonheur de connaître soeur Thérèse de l’Enfant Jésus par nos relations épistolaires du 23 juin 1896 à sa mort, et j'estime qu'il se dégage de ses lettres un tel parfum de vertu que, pour témoigner en sa faveur, je ne puis mieux faire que de les citer:

 

Défiance de soi - Confiance en Dieu. - Dans sa lettre du 23 juin 1896, elle m'écrivait: « Je suis assurée que mon céleste Epoux suppléera à mes faibles mérites (sur lesquels je ne m'appuie aucunement) et qu'il exaucera les désirs de mon âme en fécondant votre apostolat » - LT 189 - « Que vous seriez à plaindre - m'écrit-elle [530r] le 1er novembre 1896 - si Jésus ne soutenait les bras de votre Moïse! » - LT 201 - . Et à la date du 9 mai 1897: « Je sais qu'il faut être bien pur pour paraître devant le Dieu de toute sainteté; mais je sais aussi que le Seigneur est infiniment juste, et c'est cette justice qui effraie tant d'âmes, qui fait le sujet de ma joie et de ma confiance. Etre juste, ce n'est pas seulement exercer sa sévérité pour punir les coupables-. c'est encore reconnaître les intentions droites et récompenser la vertu. J'espère autant de la justice du bon Dieu que de sa miséricorde: c'est parce qu'il est juste qu'il est compatissant et rempli de douceur, lent à punir et abondant de miséricorde, car il connaît notre fragilité; il se souvient que nous ne sommes que poussière, fragilité; comme un père a de la tendresse pour ses enfants, ainsi le Seigneur a compassion de nous - *Ps. 102e 8. 14. 13 - . Voilà ce que je pense de la justice du bon Dieu; ma voie est toute de confiance et d'amour; je ne comprends pas les âmes qui ont peur d'un si tendre ami.» - LT 226 -

Fidélité à la voix de Dieu. - Elle est de ces âmes fortes à qui rien ne coûte pour obéir à la voix de Dieu; voici, du reste, comment elle me raconte son entrée au Carmel. Le Seigneur avait daigné lui demander son coeur dès le berceau [530v], si je puis m'exprimer de la sorte - LT 201 du 1er novembre 1896: - « La nuit de Noël 1886, nuit de ma conversion - dit-elle -, Jésus daigna me faire sortir des langes et des imperfections de l'enfance. Il me transforma de telle sorte que je ne [me] reconnaissais plus moi-même. Sans ce changement, j'aurais dû rester encore bien des années dans le monde. Sainte Thérèse disait à ses filles: 'le veux que vous ne soyez femmes en rien, mais qu'en tout vous égaliez des hommes forts.. Sainte Thérèse - CH ;de Perf.,ch 8 - n'aurait pas voulu me reconnaître pour son enfant, si le Seigneur ne m'avait revêtue de sa force divine, s'il ne m'avait lui-même armée pour la guerre. Je compatis sincèrement à sa peine (jeune fille dont je lui avais parlé) sachant par expérience combien il est amer de ne pouvoir répondre immédiatement à l'appel de Dieu. Je lui souhaite de n'être pas obligée comme moi d'aller jusqu'à Rome. Jésus a dit que le royaume des cieux souffre violence et que les violents seuls le ravissent. Il en a été de même pour moi du royaume du Carmel. Avant d'être la prisonnière de Jésus il m'a fallu voyager bien loin pour ravir la prison que je préférais à tous les palais de la terre.» Me parlant du père supérieur qui refusait de la recevoir, elle m'écrit: « Sa conduite [531r] était prudente, et je ne doute pas qu'en m'éprouvant il n'accomplît la volonté du bon Dieu, qui voulait me faire conquérir la forteresse du Carmel à la pointe de l'épée » - LT 201 -

 

TÉMOIN 9: Adolphe Roulland M.E.P.

 

Repos en la volonté de Dieu. - Cet acquiescement à la volonté de Dieu est si grand chez elle que c'est là que se trouve pour elle le seul repos, la seule voie de perfection: « Que la volonté de Dieu soit faite! - m'écrit-elle le Ier novembre 1896 -: c'est là seulement que se trouve le repos; en dehors de cette aimable volonté, nous ne ferions rien ni pour Jésus, ni pour les âmes » - LT 201 - '. Et le 19 mars 1897: « Je ne m'inquiète pas de l'avenir; je suis sûre que le bon Dieu fera sa volonté, c'est la seule grâce que je désire » - LT 221 - '. Enfin le 9 mai 1897: « Parfois, lorsque je lis certains traités spirituels où la perfection est montrée à travers mille entraves, environnée d'une foule d'illusions, mon pauvre petit esprit se fatigue bien vite. Je ferme le savant livre qui me casse la tête et me dessèche le coeur et je prends l'Ecriture Sainte. Alors tout me semble lumineux: une seule parole découvre à mon âme des horizons infinis; la perfection me semble facile, je vois qu'il suffit de reconnaître son néant et de s'abandonner comme un enfant dans les bras du bon Dieu » - LT 226 - .

Amour de Dieu et des âmes. - Dieu et les âmes! ce sont les grandes affections de soeur Thérèse de l'En-[531v] fant Jésus. Me parlant d'une faveur reçue par elle, elle ajoute: « Combien Jésus se plaît à combler les désirs des âmes qui n'aiment que lui seul! » - LT 189 - . L'amour des âmes surtout revient constamment sous sa plume, cet amour qui lui rendit si agréable son union apostolique: «Je serai vraiment heureuse - m'écrit-elle le 23 juin 1896 - de travailler avec vous au salut des âmes, c'est dans ce but que je me suis faite carmélite; ne pouvant être missionnaire d'action, j'ai voulu l'être par l'amour et la pénitence. A votre première messe - continue-t-elle -, demandez pour moi à Jésus de m'embraser du feu de son amour, afin que je puisse ensuite aider à l'allumer dans les coeurs » - LT 189 - . Et elle-même, avant mon départ pour les missions, me déterminait cette demande à faire pour elle chaque matin au saint Sacrifice: « Mon Dieu, permettez à soeur Thérèse de vous faire aimer des âmes » - LT 189 et 221 - . Dans sa lettre du 1er novembre 1896 elle revient encore sur ce but de son entrée au Carmel: « Le 8 septembre 1890, une petite carmélite devenait l'épouse du Roi des cieux, disant au monde un éternel adieu; son unique but était de sauver les âmes, surtout les âmes d'apôtres » - LT 201 - . A la date du 19 mars 1897 elle m'écrivait: « J'espère bien que, si je quittais l'e-[532r]xil, vous n'oublierez pas votre promesse de prier pour moi. Je ne désire pas que vous demandiez au bon Dieu de me délivrer des flammes du purgatoire. Sainte Thérèse disait à ses filles lorsqu'elles voulaient prier pour elle: 'Que m'importe à moi de rester jusqu'à la fin du monde en purgatoire, si par mes prières je sauve une seule âme' - Ch.de perf. Ch3 - . Cette parole trouve écho dans mon coeur; je voudrais sauver des âmes et m'oublier pour elles. Je voudrais en sauver même après ma mort; aussi, je serais heureuse que vous disiez alors, au lieu de ma petite prière que vous faites et qui sera pour toujours réalisée: Mon Dieu, permettez à ma soeur de vous faire encore aimer ». Et le 14 juillet 1897: «Je vous serai bien plus utile au ciel que sur la terre... Vous remercierez le Seigneur de me donner les moyens de vous aider plus efficacement dans vos oeuvres apostoliques. Je compte bien ne pas rester inactive au ciel; mon désir est de travailler encore pour l'Eglise et les âmes; je le demande au bon Dieu et je suis certaine qu'il m'exaucera. Les anges ne sont-ils pas continuellement occupés de nous, sans jamais cesser de voir la Face divine, de se perdre dans l'océan sans rivages de l'amour? Pourquoi Jésus ne me permettrait-il pas de les imiter? » - LT 254 - . Dans cette même lettre, écrite peu [532v] de temps avant sa mort, apparaît combien pur et grand est chez elle cet amour de Dieu et des âmes: « Ce qui m'attire vers la Patrie des cieux - dit-elle - c'est l'appel du Seigneur, c'est l'espoir de l'aimer enfin comme je l'ai tant désiré et la pensée que je pourrai le faire aimer d'une multitude d'âmes qui le béniront éternellement » - LT 254 - .

Amour de la souffrance. - « Sur cette terre où tout change - m'écrit-elle le 9 mai 1897 -, une seule chose reste stable: c'est la conduite du Roi des cieux à l'égard de ses amis; depuis qu'il a levé l'étendard de la croix, c'est à son ombre que tous doivent combattre et remporter la victoire » - LT 226 - . A cette conduite du Roi des cieux soeur Thérèse ne demandait qu'à se soumettre; ses lettres sont encore le témoignage de son amour des souffrances et des épreuves, en même temps que de sa paix au milieu des tribulations. J'ai déjà cité cette application sublime (lettre du 19 mars 1897) qu'elle se fait de la parole de sainte Thérèse, choisissant de rester en purgatoire jusqu'à la fin du monde pour sauver une seule âme. Voici d'autres passages où se révèle le même amour de la croix: «Je voudrais même - m'écrit-elle le 30 juillet 1896 - que mon frère ait toujours les consolations et moi les épreuves; c'est peut-être égoïste, [533r] mais non, puisque ma seule arme est l'amour et la souffrance » - LT 193 - . Et le 19 mars 1897: «Je serais bien heureuse de travailler et de souffrir longtemps pour Jésus, aussi je lui demande de se contenter en moi, c'est-à-dire, de ne faire aucune attention à mes désirs, soit de l'aimer en souffrant, soit d'aller jouir de lui au ciel » - LT 221 - . Puis, le 14 juillet 1897: « Vous voyez que si je quitte déjà le champ de bataille, ce n'est pas avec le désir égoïste de me reposer: la pensée de la béatitude éternelle fait à peine tressaillir mon coeur; depuis longtemps la souffrance est devenue mon ciel ici-bas et j'ai vraiment du mal à conce-

 

TÉMOIN 9: Adolphe Roulland M.E.P.

 

voir comment je pourrai m'acclimater dans un pays où la joie règne sans aucun mélange de tristesse. Il faudra que Jésus transforme mon âme et lui donne la capacité de jouir » - LT 254 - .

Confiance illimitée en Dieu, défiance profonde de soi-même, conformité et abandon total à la volonté divine, amour de Dieu et du salut des âmes, et pour atteindre ce but, acceptation de la souffrance perpétuelle: ne sont-ce point là les traits d'une vertu héroïque et ai-je besoin de dire que la simplicité, l'humilité avec laquelle elle écrit, est pour moi, bien que je n'aie point vécu près d'elle, la garantie qu'elle était vraiment imprégnée de ces sentiments élevés et qu'elle les suivait dans toute sa conduite?

 

[533v] [Réponse à la vingt-deuxième demande]:

Je ne sais rien sur ce point.

 

[Réponse à la vingt-troisième demande]:

Lorsque la révérende Marie de Gonzague, prieure du Carmel de Lisieux, me désigna soeur Thérèse pour être associée spirituellement à mon apostolat, elle me dit: « C'est la meilleure entre mes bonnes.» Ayant toujours été au loin en mission, je n'ai pas eu l'occasion de connaître mieux ce qu'on pensait d'elle pendant sa vie.

 

[Réponse de la vingt-quatrième à la vingt-sixième demande]:

Je ne sais rien de spécial sur ces points.

 

[Réponse à la vingt-septième demande]:

Dans le temps même que j'étais en mission, et peu de temps après la mort de la Servante de Dieu, je constatais qu'elle était invoquée par plusieurs de mes confrères, comme une puissante auxiliatrice de leurs travaux. Depuis, ayant eu à voyager, soit dans ma mis[534r]sion, soit en d'autres pays que j'ai traversés pour revenir en France, j'ai eu le bonheur de voir en beaucoup d'endroits soeur Thérèse connue, aimée et invoquée. Les missionnaires se mettent sous sa protection. Monsieur Deronin, ayant à fonder à Chung-King (Sutchuen) une communauté de vierges chinoises, s'est mis lui et son oeuvre sous la protection de soeur Thérèse, et sa communauté fait de grands progrès. Monsieur Arlas, missionnaire à Chentu (Chine), se rappelle avec joie son pèlerinage au tombeau de soeur Thérèse, sur lequel, m'écrit-il, il a placé quelques vers faits par lui, vers dans lesquels il dit son admiration pour les vertus de soeur Thérèse, et lui demande sa protection. Messieurs Holhann et Guénan, de Hongkong, ont les mêmes sentiments. Monsieur Ferlay, de Siam, m'a parlé de vive voix du bien que lui a fait soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Monsieur Vial, de Yunnan, m'envoyant une lettre à faire parvenir au Carmel de Lisieux, me dit: « Maintenant sa pensée ne me quitte plus, et je veux absolument aimer Jésus comme elle.» Soeur Thérèse, dit-il, l'a sauvé, il lui demande [de] le transformer. Monsieur Nassoy, missionnaire aux Indes, m'écrit: « Personnellement, j'ai pour soeur Thérèse de l’Enfant Jésus une dévotion profonde, car par elle Dieu m'a fait de grandes grâces. J'ai mis tout en oeuvre pour la faire connaître dans l'Inde et je n'ai qu'un désir, c'est de [534v] travailler dans la mesure du possible à sa glorification.» Il me promet d'autres renseignements qui ne me sont pas encore arrivés. J'ajoute que nos jeunes missionnaires partants connaissent la vie de soeur Thérèse, qu'ils l'aiment et l'invoquent; et plusieurs viennent à son tombeau avant de partir en mission, pour lui recommander leur ministère. La distance qui sépare la France de nos missions est grande et nos confrères sont tardivement au courant de ce Procès, c'est ce qui explique pourquoi je n'ai que peu de témoignages. Mais ce peu suffit à prouver que soeur Thérèse atteint son but: sauver et sanctifier des âmes d'apôtres. Son influence bienfaisante ne rayonne pas seulement en Normandie et en France (ce dont je reçois souvent des témoignages à Paris), mais elle s'étend dans les pays les plus lointains. En France, j'ai eu l'occasion de recevoir plusieurs confidences qui m'ont démontré que l'invocation de soeur Thérèse est particulièrement efficace pour développer dans les communautés une très grande ferveur. J'estime que ce renom de sainteté est indépendant de la grande diffusion donnée en ces derniers temps aux diverses publications (brochures, images, etc.) concernant soeur Thérèse.

 

[535r] [Réponse à la vingt-huitième demande]:

J'ai entendu formuler quelques remarques sur l'opportunité des très nombreuses publications relatives à soeur Thérèse, mais je n'ai jamais entendu aucune critique qui intéresse la réputation de sainteté de la Servante de Dieu.

 

[Réponse à la vingt-neuvième demande]:

Les faveurs que j'ai obtenues par l'intercession de la Servante de Dieu me sont une nouvelle preuve qu'elle pratiquait les vertus à un haut degré, et que le Seigneur, qui aimait à l'éprouver, la récompensait largement, même dès cette vie, en lui accordant ses demandes. Sans vouloir insister sur les faveurs d'ordre spirituel que je suis persuadé d'avoir obtenues par son intercession, je me plais à reconnaître que je lui suis bien un peu redevable de ma vocation de missionnaire: « Le 8 septembre 1890 - m’écrit-elle en 1896 le 1er novembre - votre vocation de missionnaire était sauvée par Marie la Reine des apôtres et des martyrs: en ce même jour, une petite carmélite devenait l'épouse du Roi des cieux. Son unique but était de sau-[535v] ver les âmes, surtout les âmes d'apôtres. A Jésus, son Epoux divin, elle demanda particulièrement une âme apostolique; ne pouvant être prêtre, elle voulait qu'à sa place un prêtre reçût les grâces du Seigneur, qu'il eût les mêmes aspirations, les mêmes désirs qu'elle. Vous connaissez l'indigne carmélite qui fit cette prière. Ne pensez-vous pas comme moi que notre union, confirmée le jour de votre or-

 

TÉMOIN 9: Adolphe Roulland M.E.P.

 

dination sacerdotale, commença le 8 septembre? Je croyais ne rencontrer qu'au ciel l'apôtre que j'avais demandé à Jésus; ce bien aimé Sauveur, levant un peu le voile mystérieux qui cache les secrets de l'éternité, a daigné me donner dès l'exil la consolation de connaître le frère de mon âme, de travailler avec lui au salut des pauvres infidèles » - LT 201 - . Voici une faveur temporelle que je lui attribue également. En mission, pendant une persécution, près de 200 femmes et vierges s'étaient réfugiées chez moi. Or les bandits, profitant de mon absence, se préparaient à fondre sur ma résidence. Au moment de se mettre en marche, ils font une dernière supplication à leurs dieux, en faisant exploser des pétards en leur honneur. Une de ces pièces met le feu à leurs poudres: la détonation fait sauter la bonzerie, tue ou brûle bon nombre de [536r] bandits; le reste des valides s'échappe de tous côtés. L'alarme est donnée; mes chrétiennes sont sauvées avant d'avoir connu le danger. Je n'ai pas douté un instant de la protection de soeur Thérèse qui m'avait promis de veiller sur moi et sur mes chrétiens, et à qui je recommandais chaque jour les affaires de ma mission. Ces faits se passaient vers 1904.

 

[Réponse à la trentième demande]:

Je ne crois pas avoir rien oublié.

 

[Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes.

 

[Session 50: - 20 janvier 1911, à 9h.]

[540r]

[Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Ita pro veritate deposui, ratum habeo et confirmo.

Signatum: AD. ROULLAND