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Témoin 9 - Thérèse de Saint‑Augustin O.C.D

 

TÉMOIN IX

THÉRÈSE DE SAINT‑AUGUSTIN, O.C.D.

On trouvera la présentation du témoin, Julie‑Marie‑Elisa Leroyer (1875‑1929), vol. I, p. 396. Rappelons que soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus éprouvait pour elle une forte antipathie naturelle et que, malgré cela, elle réussit à lui faire croire tout le contraire, par suite de son amabilité souriante. Se reporter au Manuscrit C, fol. 1 3v‑ 1 4r. La soeur, bien évidemment, n'y est pas nommée, mais c'est d'elle qu'il s'agit.

La déposition qui suivra est presque deux fois plus étendue que celle du Procès informatif ordinaire et elle a été sûrement très étudiée. Bien des traits sont fort suggestifs. Citons‑en deux à titre d'exemple: « Ce qui la soutenait dans sa vie intérieure, c'était la présence de Dieu qui ne la quittait jamais, comme elle l'avouait elle‑même simplement. Ce recueillement habituel se reflétait sur sa physionomie et impressionnait vivement les soeurs, même pendant les récréations »   (p.861)). Il est à remarquer que le témoin relève particulièrement l'esprit de recueillement de soeur Thérèse durant le priorat de Mère Marie de Gonzague, période de souffrance (cf. p. 830).

 

Une bonne partie de la déposition regarde la renommée de sainteté de Thérèse après sa mort et les prodiges qu'on lui attribuait.

Le témoin a déposé les 2‑6 septembre 1915 au cours des sessions 40ème-42ème (pp. 813‑856 de notre Copie publique).

 

[Session 40: ‑ 2 septembre 1915, à 2h. de l'après‑midi]

[813][Le témoin répond correctement à la première demande].

[Réponse à la deuxième demande]:

Je m'appelle Julie‑Marie‑Elisa Leroyer, en religion soeur Thérèse de Saint‑Augustin, carmélite professe du monastère de Lisieux. Je suis née le 5 septembre 1856, à La Cressonnière, diocèse de Bayeux,  de Louis Leroyer, négociant, et de Elisa Valentin.

 

 [Le témoin répond correctement de la troisième à la cinquième demande inclusivement].

 [Réponse à la sixième demande]:

[814] Je dirai naïvement ce que je sais, personne ne m'a imposé mon témoignage.

 

 [ Réponse à la septième demande]:

 

Je n'ai pas connu la Servante de Dieu avant son entrée au Carmel. Mais depuis son entrée jusqu'à sa mort, non seulement j'ai été sa compagne de religion, mais j'avais avec elle des relations assez intimes parce que nos âmes se comprenaient. Je n'ai pas cherché à la connaître par la lecture de documents, je dirai seulement ce que j'ai observé moi‑même.

 

 [Réponse à la huitième demande]:

J'ai toujours eu une grande affection pour la Servante de Dieu, à cause des qualités et des vertus que j'avais observées en elle durant sa vie. Depuis sa mort, ma dévotion s'est accrue en voyant les grâces que l'on obtient par son intercession. Je désire beaucoup sa béatification, pour la gloire de Dieu d'abord, et ensuite pour le bien des âmes, parce que je crois que ce sera un moyen de faire aimer le bon Dieu.

 

Réponse de la neuvième à la onzième demande inclusivement]:

Je ne sais rien directement sur ce qui a précédé l'entrée de soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus au Carmel.

 

 [Réponse à la douzième demande]:

Thérèse Martin entra au Carmel de Lisieux en [815] avril 1888. Elle avait alors quinze ans 1/2; j'avais moi, à cette époque, onze ans de profession. Elle prit l'habit le 10 janvier 1889; elle fit profession le 8 septembre 1890 et prit le voile le 24 septembre de la même année. Elle s'occupa de la formation des novices sans pourtant avoir le titre de  maîtresse des novices que la mère prieure Marie de Gonzague s'était réservé. Elle  exerça aussi diverses fonctions successivement comme de lingère, portière, réfectorière, sacristine. On reste au noviciat normalement encore trois ans après la profession; mais, sur sa demande, la Servante de Dieu y demeura toute sa vie.

Je puis témoigner que dans tous ses  emplois la Servante de Dieu s'est toujours  comportée d'une manière particulièrement  édifiante. [Réponse à la treizième et à la quatorzième demande]:

 

Jamais je n'ai pu constater qu'elle ait manqué en quoi que ce soit à aucune de ses obligations de chrétienne, de religieuse ou à aucun de ses devoirs d'état; et jusqu'à la fin de sa vie je l'ai considérée comme un modèle de toutes les vertus.

 

TÉMOIN 9: Thérèse de Saint‑Augustin O.C.D

 

[Réponse à la quinzième et à la seizième demande]:

Rien ne pouvait distraire la Servante de Dieu de son recueillement pendant la sainte messe, l'office divin, l'oraison; entendait‑elle du bruit, elle n'y faisait pas attention, ou si elle ne pouvait éviter d'en être troublée, elle savait en tirer un grand parti pour son âme. Son union avec Notre Seigneur était habituelle, même au milieu des occu‑[816]pations les plus distrayantes.

 

[Réponse à la dix‑septième demande]:

L'amour de la Servante de Dieu pour Notre Seigneur se manifestait par une grande dévotion aux mystères de la Sainte Enfance et de la Passion. Les outrages, dont la Sainte Face fut particulièrement l'objet, la touchaient profondément et excitaient de préférence sa compassion. Elle aimait à effeuiller des roses au calvaire du jardin ou sur les pieds de son crucifix, parce qu'elle y voyait l'image de ce qu'elle voulait être elle‑même: une âme livrée au bon plaisir divin, afin de satisfaire ses moindres désirs. Elle eut aussi un recours très fréquent au Sacré‑Coeur.

L'office de sacristine qui donnait à la Servante de Dieu le privilège de toucher aux vases sacrés, aux linges qui avaient servi à la célébration du Saint Sacrifice fut pour elle l'occasion de vivre plus près de Notre Seigneur. Elle s'acquittait avec un grand respect de cette fonction qu'elle sentait devoir être accomplie par les anges. C'était un stimulant pour travailler avec plus d'ardeur à devenir chaque jour moins indigne de la part précieuse qui lui était échue.

 

 [Réponse à la dix‑huitième ainsi qu'à la dix‑neuvième demande]:

La Servante de Dieu aspirait à s'unir le plus étroitement possible à Notre Seigneur par la sainte communion. La maladie ne ralentissait pas cet élan, et nous la vîmes, après des nuits d'insomnie et de souffrances, venir à une messe assez souvent matinale, par la saison la plus rigoureuse, afin de n'être pas privée de ce pain du ciel [817] dont elle était avide. Elle faisait ses préparations en union avec la Sainte Vierge, lui demandant de la revêtir de ses dispositions et de la présenter elle‑même à son divin Fils.

Elle désirait ardemment recevoir chaque jour Notre Seigneur; mais, à cette époque, les supérieurs ne le permettaient pas. Elle souffrit beaucoup d'en être privée; aussi quelle ne fut pas sa joie lorsque le décret de Sa Sainteté Léon XIII vint leur enlever ce droit. Cependant l'épreuve n'était pas finie. La Mère Prieure, tout en respectant cette décision, ne voulut pas s'y conformer entièrement et laisser au confesseur toute liberté. Elle la laissa dans une certaine mesure, mais en suscitant de si grandes difficultés, que celui‑ci, par prudence, ne crut pas devoir user de son autorité, et la Servante de Dieu dut se résigner à continuer sa vie de privations. Les derniers mois de sa maladie Notre Seigneur permit qu'elle se trouvât dans l'impossibilité de Le recevoir, ce qui accrut encore sa souffrance; mais toujours soumise à la volonté divine, elle s'inclina doucement et demeura dans la paix. Elle eut à coeur de nous épargner ce qui avait été pour elle un martyre, et sur le point de nous quitter, elle nous promit que lorsqu'elle serait au ciel, elle ferait tomber sur la communauté une pluie de roses. Cette pluie bienfaisante fut sans aucun doute la communion quotidienne dont nous fûmes favorisées aussitôt après sa mort, et dont nous avons joui depuis sans interruption.

 

Lorsque le Saint Sacrement était exposé, son regard profond et enflammé révélait ses sentiments intimes. Un ange n'aurait pas contemplé avec plus d'amour [818] celui qu'elle contemplait sous ces voiles rendus transparents par sa foi. Aussi, quelle prière ardente dans sa simplicité: ce n'était qu'un élan, mais il embrassait tout, les intérêts de Dieu et ceux des âmes.

 

[Réponse à la vingtième demande]:

La Servante de Dieu faisait ses délices de la sainte Ecriture; elle n'était jamais embarrassée dans le choix des passages qui convenaient le mieux aux âmes; on voyait qu'elle en faisait chaque jour l'aliment de sa vie intérieure. Elle laissait volontiers la plupart des autres livres qui, ne lui disant rien au coeur, ne pouvaient accroître son amour  ni lui donner les lumières qu'elle désirait.

L'imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ faisait pourtant exception: elle aimait à repasser les pensées profondes contenues dans ses pages. Elle goûtait beaucoup les ouvrages de sainte Thérèse et de saint Jean de la Croix. Elle écoutait avec un grand respect les enseignements de la sainte Eglise, les instructions données par les prêtres, sans s'arrêter à ce qu'il pouvait y avoir de défectueux dans leur prédication.

 

 [Réponse à la vingt‑et‑unième demande]:

Elle témoignait fréquemment sa reconnaissance à la très Sainte Vierge, dont elle se sentait chérie, et qu'elle entourait d'un amour tendre et filial, à saint Joseph, pour lequel elle ressentait les mêmes sentiments, et qui répondait à sa confiance par des faveurs signalées. Les anges et les saints, qu'elle nommait ses frères, a‑[819]vaient part aussi à ses actions de grâces. Ne leur avait‑elle pas demandé de la prendre très spécialement sous leur protection, et souvent elle avait  expérimenté qu'elle n'avait pas en vain attendu leur secours.

 

[Session 41: ‑ 3 septembre 1915, à 2h. de l'après‑midi]

 [822][Réponse de la vingt‑deuxième à la vingt‑sixième demande inclusivement]:

Soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus avait en Notre Seigneur une confiance inébranlable et enfantine. Elle ne doutait jamais du succès de sa prière: demander  une grâce et avoir l'assurance de l'obtenir lui paraissait tout naturel, puisqu'elle s'adressait à un père infiniment bon et tout puissant. Elle voulait devenir une sainte, et comptant sur Notre Seigneur pour lui faire atteindre ce but, le moindre doute de ne pas y parvenir ne se présentait jamais à son esprit. Elle appréciait à un haut degré les vertus spéciales à l'enfance, et, s'efforçant de les reproduire, elle espérait qu'à la condition de se faire petite, le divin Maître la prendrait dans

 

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ses bras et la ferait monter jusqu'aux  sommets les plus élevés de l'amour.

Les difficultés, les circonstances les plus  douloureuses ne pouvaient altérer sa  confiance. Son visage était toujours calme  et ne témoignait jamais aucune  préoccupation, même au milieu des plus  grandes épreuves de sa vie. Sans doute son  attachement pour le cloître lui faisait [823]  redouter les conséquences de la  persécution religieuse; « mais — me  disait‑elle—je suis un bébé, je ne m'inquiète  pas, j'irai où le bon Dieu voudra.»  Elle  vivait sans souci, sans se préoccuper  d'elle‑même et se remettant complètement  entre les mains de la divine Providence. J'ai  pu admirer cette disposition pendant sa  maladie. « Que je serais malheureuse—  avouait‑elle— si je n'étais pas abandonnée  entre les mains de Dieu. Aujourd'hui le  docteur dit que je suis perdue, demain que  je suis mieux; que cette alternative serait  fatigante! Mais tout cela n'effleure pas mon  âme et ne trouble pas sa paix! ». Elle  souffrait avec joie ce que le bon Dieu lui donnait à endurer au moment présent, sans  s'inquiéter de celui qui devait suivre,  persuadée que la tendresse de son Père  céleste ne lui en donnerait pas plus qu'elle  ne saurait en supporter. Elle s'offrait à tous  les vouloirs divins, même à éprouver les  frayeurs qui accompagnent parfois la mort;  « mais—disait‑elle ingénument— elles ne  seront pas suffisantes pour me purifier :  c'est le feu de l'amour qu'il me faut.» @HA 12@

 

Elle était inaccessible au découragement. Pendant toute sa vie religieuse, elle m'édifia  beaucoup par son assiduité à orner la statue de l'Enfant‑Jésus dont elle était chargée,  sans jamais y apporter un moindre soin et  sans jamais témoigner quelque fatigue. Elle  était très persévérante: quand elle avait  commencé une chose, elle la poursuivait  jusqu'au bout sans que rien puisse l'en  empêcher. Pendant sa maladie, lorsque les  souffrances étaient plus vives, elle  s'adressait aux saints, souvent sans en  recevoir de secours sensible; elle [824] ne  cessait pas pour cela de les invoquer disant  « qu'ils voulaient voir jusqu'où elle  pousserait sa confiance »@ HA 12@

Son regard était toujours tourné vers le  ciel; elle désirait ardemment voir se briser  les liens qui la retenaient ici‑bas, mais  c'était uniquement « pour aimer Dieu  davantage et non pour son intérêt ».  Malgré ses aspirations, elle serait volontiers  restée dans l'exil si le bon Dieu en eût été  plus glorifié; mais elle pensait que là‑haut  elle serait plus puissante «pour aider les  âmes et faire aimer l'amour »  @HA 12@

Elle s'élevait au‑dessus des  considérations de la terre et voyait tout  dans la lumière de Dieu. Aussi  comprenait‑elle difficilement qu'on éprouvât  trop de peine en voyant une soeur mourir, «  puisque —disait‑elle—ce n'est qu'une  séparation momentanée et que nous devons  toutes aller au ciel et nous y retrouver » 

 

 [Ré­ponse à la vingt‑septième demande]:

L'amour de Dieu était la note domi­nante de cette âme séraphique. Elle évi­tait avec un grand soin ce qui pouvait mettre obstacle à son développement, non seulement les fautes volontaires, pour lesquelles elle avait une horreur pro­fonde, mais les plus légères imperfec­tions

 

 [Réponse à la vingt‑huitième demande]:

Elle ne recherchait jamais les consola­tions et les douceurs dans la vie spiri­tuelle; elle voulait donner à Dieu, au prix des plus grands sacrifices, un amour pur et désintéressé. Dans ses rapports avec Notre Seigneur, elle se plai‑[825]sait à ne rien voir et ne rien sentir excepté sa fai­blesse et son impuissance à tout bien. Elle voulait réjouir le divin Maître aux dépens de son repos, dans la pure souf­france. Elle se confiait à l'amour pour suppléer aux manquements qui pou­vaient se glisser dans ses actes.

Cette âme fortement trempée ne con­naissait pas de défaillance dans son dé­vouement aux intérêts de Jésus et des âmes.

 

XXIX et XXX [Réponse à la vingt‑neuvième et à la trentième demande]:

Soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus allait à Dieu comme une enfant; elle ne com­prenait rien aux voies compliquées que suivent certaines âmes qui, selon son expression, «tournent dans un labyrin­the dont elles ne peuvent sortir et qui n'aboutit à rien.» @Source pre.@Elle suivait la voie droite de la simplicité, la considérant comme plus courte et moins exposée aux écueils. « C'est en vain—disait‑elle— que l'on jette le filet devant les yeux de qui ont des ailes » @*Prov.1-17@ et@MSC15,1@.

Ce qui la soutenait dans sa vie inté­rieure, c'était la présence de Dieu qui ne la quittait jamais, comme elle l'avouait elle‑même simplement. Ce recueillement habituel se reflétait sur sa physionomie et impressionnait vivement les soeurs, même pendant les récréations. On voyait que le ciel était sa demeure et qu'elle se prêtait seulement aux conversations; elle le faisait avec tant d'amabilité qu'il était facile de comprendre que l'amour divin était le mobile qui la faisait agir; elle voulait rendre ses soeurs heureuses, et par là faire plaisir à Notre [826] Sei­gneur. Me trouvant avec elle au parloir, j'éprouvais une impression surnaturelle très profonde; je sentais que sa pensée était au ciel.

 

Lorsqu'elle était auprès d'une âme qui la comprenait, elle suivait avec joie la pente naturelle qui la portait à parler de Dieu. Elle le faisait si simplement, si discrètement qu'on ne pouvait ce­pendant pénétrer toutes les beautés de sa vie d'union: on les soupçonnait seu­lement par l'ascendant qu'elle exerçait autour d'elle.

 

 XXXI [Ré­ponse à la trente‑et‑unième demande]:

La Servante de Dieu m'a souvent con­fié le désir qu'elle aurait eu du martyre. Quels regrets ne m'exprimait‑elle pas de ne pouvoir cueillir cette palme! Elle se

 

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consolait en pensant que le martyre de l'amour suppléerait à celui du sang. Aussi voulait‑elle que sa vie fût sans cesse immolée, ne pouvant espérer la couronne si les renoncements quotidiens ne brisaient à chaque instant sa nature et ne la détachaient de la terre. Ce regret du martyre la suivit pourtant jusqu'à la mort. Vers la fin de sa vie, elle exhalait encore cette plainte, faisant allusion aux indices de prochaine persécution religieuse: « Vous êtes plus heureuses que moi, je vais au ciel, mais vous aurez peut‑être bien la grâce du martyre »

 

   XXXII [Réponse à la trente‑deuxième demande]:

De l'amour de Dieu porté jusqu'à l'héroïsme découlait naturellement l'amour du prochain. Dans la vie [827] de communauté la Servante de Dieu pratiquait la plus exquise charité, s'oubliant constamment pour le bonheur de ses soeurs, supportant sans se plaindre et sans le laisser paraître les souffrances que lui faisaient éprouver la malveillance ou la jalousie de quelques‑unes qui ne surent pas reconnaître sa vertu, restant toujours avec elles patiente, douce, aimable, les accueillant avec un gracieux sourire, évitant ce qui pouvait leur faire de la peine, essayant de leur être agréable, et les excusant sans cesse.

 

   XXXIII [Réponse à la trente‑troisième demande]:

La Servante de Dieu ne perdit jamais de vue le but principal de son entrée au Carmel, la sanctification des prêtres Elle ne comptait pas avec sa peine lorsqu'il s'agissait de leur venir en aide, soit pour leur bien personnel ou pour le bien des âmes qu'ils avaient mission de convertir ou de guider dans le chemin de la perfection. Elle suivait en cela son attrait spécial qui la portait à prier particulièrement pour les âmes pures et pour les âmes pécheresses. Elle désirait ardemment voir le père Hyacinthe Loison abjurer ses erreurs, et elle me demandait de m'unir aux prières qu'elle faisait pour obtenir sa conversion. Elle eût voulu partager les travaux des missionnaires et voler vers les contrées lointaines pour convertir les infidèles. Elle y suppléait par les nombreux sacrifices qu'elle offrait pour leur venir en aide.

 

 [Réponse à la trente‑quatrième et à la trente‑cinquième demande]:

Lorsque la Servante de Dieu rencontrait une soeur pour [828] laquelle sa nature éprouvait un peu d'éloignement, elle priait pour elle et offrait au bon Dieu les vertus qu'elle remarquait en elle. Soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus était empressée à rendre service, parce qu'elle se rappelait cette parole de Notre Seigneur: « Ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le ferez.» Quand elle ne le pouvait pas, elle s'en excusait si aimablement qu'on ne pouvait s'empêcher de lui témoigner quand même sa reconnaissance. Elle se prodiguait ainsi sous le regard de Dieu sans jamais exiger de retour. Certains caractères profitaient à l'excès de son obligeance, mais elle ne les évitait pas parce qu'elle avait pour maxime « qu'il ne faut jamais s'éloigner de celles qui demandent facilement des services.» @MSC 15,2-17,1@

 [Suite de la réponse aux mêmes demandes]:

Elle montra l'héroïsme de sa charité à l'égard [829] d'une soeur converse qu'elle assistait dans son infirmité, et qui ne lui témoignait assez souvent sa reconnaissance que par des brusqueries, sans que la Servante de Dieu se lassât de lui continuer ses bons offices.

Elle était ingénieuse à trouver les moyens de témoigner sa compassion aux soeurs qu'elle savait souffrantes ou affligées. Avec une délicatesse ravissante, elle disait un mot, ou se contentait de sourire si elle ne pouvait faire davantage. Mais cette sympathie allait droit au coeur; on la savait vraie; autour d'elle régnait vraiment une atmosphère de paix. On se sentait auprès d'un ange.

 

Pourtant à cette époque, que de choses fâcheuses vinrent troubler notre vie religieuse! C'est à se demander comment on pouvait les supporter et se maintenir dans la pratique de la vertu. Dans les moments critiques, la Servante de Dieu ne perdait rien de son recueillement; elle tâchait d'excuser si la chose était possible, sinon elle se contentait de supporter et de prier. Elle témoignait à la Mère Prieure, qui était la cause de ce désordre, le respect qu'elle devait à son autorité; elle défendait à ses novices toute critique sur sa conduite et leur recommandait la soumission la plus,absolue et la plus grande charité. Plus tard, lorsque cette mère prieure redevint seulement Marie de Gonzague, la Servante de Dieu eut toujours pour elle des attentions pleines de délicatesse.

 

  XXXVI [Réponse à la trente‑sixième demande]:

Si les âmes exposées à perdre l'éternité bienheureuse étaient l'objet de la sollicitude de soeur Thérèse de l'Enfant [830] Jésus, celles qui se trouvaient arrêtées dans les flammes expiatrices n'excitaient pas moins sa compassion. Elle avait hâte de les mettre en possession du souverain Bien, puisant à cet effet dans les trésors de la sainte Eglise et demandant qu'après sa mort on fît beaucoup de chemins de croix à son intention, afin de lui donner un moyen de les secourir.

 

  XXXVII [Réponse à la trente‑septième demande]:

 

Dans les circonstances pénibles du gouvernement de mère Marie de Gonzague, la Servante de Dieu fit preuve d'une grande prudence pour éviter ce qui aurait pu aggraver la situation déjà si difficile. Elle essayait de concilier les choses, d'apaiser les esprits bouleversés afin que la paix revienne et que les âmes puissent reprendre leur vie intérieure si souvent troublée. Pour elle, jamais elle ne se départit du souci de sa perfection; elle sut au contraire profiter de ces occasions pour avancer plus rapidement vers le but qu'elle voulait atteindre. Cependant la continuité de ses efforts dans la pratique de la vertu

 

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la faisait remarquer de celles qui l'ap­prochaient de plus près. Les prêtres qui furent appelés à diriger la communauté, eurent pour la Servante de Dieu une grande estime et lui témoignèrent souvent beaucoup de confiance.

 

  XXXVIII [Réponse à la trente‑huitième demande]:

La Servante de Dieu se montra très prudente dans la direction de ses no­vices. Elle savait attendre les âmes, [831] les exciter à la vertu sans les presser plus qu'elles n'étaient capables de le supporter. Lorsqu'elle se trouvait en face de caractères difficiles, elle ne se rebu­tait pas; elle leur montrait leurs torts avec fermeté et souvent elle en triom­phait. Que de luttes parfois où son cou­rage était mis à l'épreuve! mais elle ne connaissait pas la faiblesse, et tout en ménageant les âmes pour ne pas les briser, atteignait le but: les coupables revenaient désireuses de mieux faire et demandaient pardon de leur conduite.

 

  [Réponse à la trente‑neuvième demande]:

 

I1 était doux à soeur Thérèse de l'En­fant‑Jésus de rendre à Dieu le tribut d'hommages et d'adoration qui lui est dû; mais elle s'appliquait très spécia­lement à lui témoigner sa reconnais­sance pour les bienfaits sans nombre dont elle se voyait redevable à sa divine bonté. Elle savait par expérience que Dieu récompense magnifiquement cet élan spontané d'un coeur rempli de gratitude. Cependant ce n'était pas toujours l'es­poir de cette récompense qui la faisait se tourner ainsi vers l'Auteur de tout bien. Elle éprouvait un sentiment de tendresse reconnaissante qu'elle m'ex­primait ainsi: « Oh! que le bon Dieu me fait pitié! I1 prodigue ses plus grands trésors et nous les donne pour rien! » @Source pre.@

 

  [Ré­ponse à la quarantième demande]:

La Servante de Dieu observa exac­tement les règles de la justice dans la manière dont elle se con‑[832]duisit à l'égard de ses supérieurs en leur rendant les témoignages de respect et de sou­mission que réclame leur autorité. I1 est remarquable qu'elle ne changea pas de conduite lorsqu'elle se trouva vis-à-vis d'une Supérieure dont les défauts étaient apparents et les procédés parfois rebutants. La Servante de Dieu ne donna jamais aucune marque de partialité, mê­me à l'égard de ses soeurs selon la nature. Bien que ses sentiments ne fussent pas changés à leur égard et que les liens qui les unissaient se fussent plutôt resser­rés, personne ne pouvait s'en apercevoir. On ne soupçonnait pas la violence qu'elle était obligée de se faire pour se main­tenir toujours dans les limites de la plus exacte réserve.

 

  [Ré­ponse à la quarante‑et‑unième demande]:

Soeur Thérèse était un ange, tant elle s'éloignait de ce qui pouvait flatter sa nature. Elle paraissait vivre au‑delà du temps et ne prenait aucun intérêt aux nouvelles, aux conversations quand la règle ou la charité ne lui en faisaient pas un devoir. Les rassemblements que l'on voyait, hélas! si souvent sous nos cloîtres la laissaient indifférente: elle pas­sait sans s'y arrêter, marchant toujours les yeux baissés, avec ce maintien re­ligieux qui la faisait remarquer. Elle re­commandait à ses novices de ne pas per­dre leur temps à écouter ces sortes de discours qui ne les regardaient pas, mais de se rendre promptement à leurs oc­cupations.

 

Lorsqu'il s'agissait de sa famille, qu'elle aimait pourtant beaucoup, elle ne se donnait pas la [833] plus légère satis­faction; elle retranchait toutes ces jouis­sances dont le coeur est si avide. Que de victoires elle remporta sur ses sentiments naturels lorsque les élections lui donnè­rent pour prieure mère Agnès de Jésus (sa soeur Pauline). Elle fut  admirable! Jamais on ne put surprendre en elle, sous ce gouvernement maternel, le moin­dre fléchissement dans son héroïque ver­tu. Elle pratiquait aussi parfaitement le silence, même avec sa Mère Prieure pour laquelle cependant la règle donne une certaine latitude. Les liens du sang ne purent affaiblir en rien sa volonté de pratiquer un détachement absolu.

 

La Servante de Dieu se mortifiait sans trêve: jamais elle ne se plaignait de l'in­tempérie des saisons, bien qu'elle eût beaucoup à en souffrir; elle écoutait dou­cement les paroles désobligeantes; elle pratiquait vaillamment les mortifications imposées par la règle et, pour se dédom­mager de ne pouvoir obtenir la permis­sion d'en faire davantage, elle saisissait avec empressement toutes les occasions de souffrir qu'elle rencontrait. Au ré­fectoire, elle prenait invariablement tout ce qu'on lui présentait, même si les ali­ments la rendaient malade. A la récréa­tion elle se plaçait de préférence auprès de celles qui lui plaisaient le moins. Sa nature aimante se serait volontiers prêtée aux épanchements de l'amitié; mais elle se refusait constamment cette satisfaction. Les préférences données aux autres, à ses dépens, lui causaient de la joie; une jeune soeur converse [834] ne se gênait pas d'en profiter pour exer­cer sa patience. Soeur Thérèse lui témoi­gnait alors une affection plus vive et un dévouement inlassable.

 

Cet amour de la pénitence eut son plein épanouissement pendant sa maladie. Dans les derniers mois, les douleurs devinrent très violentes, et la Mère Prieure crut devoir refuser d'employer les mo­yens de la soulager; elle accepta tout avec sa sérénité habituelle. Je voulus demander au bon Dieu d'adoucir ses souffrances. « Non, non — me dit‑elle vivement —, il faut Le laisser faire.» Ce n'était pas dans la vue d'obtenir une plus grande gloire qu'elle parlait ainsi, car elle ajouta aussitôt: « Pas pour la récompense, mais pour Lui faire plai­sir » 

 

  [Ré­ponse à la quarante‑deuxième demande]:

Soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus, com­me elle le dit elle‑même, eut beaucoup à souffrir ici‑bas; de tous côtés la croix s'appesantissait sur elle. Elle trouvait au Carmel ce qu'elle était venue y chercher, le renoncement quotidien et l'humilia­tion. Dans chacune de ces rencontres, on put  admirer la force de cette enfant de

 

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quinze ans qui, dès le début de sa vie religieuse, sut faire son bonheur de ce qui effraye tant d'autres âmes. Pendant son postulat, elle fut traitée très sévè­rement par la Mère prieure; je ne la vis jamais entourée de soins ni de mé­nagements. Cette manière d'agir envers la Servante de Dieu ne se modifia pas avec les années; mais la douceur et l'humilité avec lesquelles elle acceptait les observations et les réprimandes ne se démentirent jamais, même quand cel­les‑ci n'étaient [835] pas méritées. Un jour, elle fut prise, au réfectoire, d'une quinte de toux. La mère prieure, fatiguée de l'entendre ainsi tousser, lui dit assez vivement: « Mais enfin, sortez, soeur Thé­rèse de l'Enfant‑Jésus!.» Elle se retira sans rien perdre de son calme et de sa sérénité.

 

Pendant l'humiliante maladie de son père, sa force d'âme brilla d'un plus vif éclat, au point de provoquer l'admi­ration de nos vénérables anciennes qui s'étonnaient d'un tel courage surtout en la voyant garder son recueillement ha­bituel.

Je fus extrêmement surprise lorsqu'elle me fit la confidence de ses tentations contre la foi. Comment supposer cette âme, toujours sereine, aux prises avec d'aussi grandes difficultés ? On la cro­yait comblée de consolations. Elle agis­sait avec tant de facilité qu'elle parais­sait accomplir sans effort des actes de vertus multipliés. Cette paix habituelle lui valut des jugements peu favorables. On ne craignait pas de dire bien haut que la Servante de Dieu, n'ayant ja­mais eu de combats, n'avait pas grand mérite à pratiquer la vertu. Ces propos étant venus à ma connaissance, quelque temps avant sa mort, je lui demandai directement s'il était vrai que, pendant sa vie religieuse, elle n'avait jamais eu à lutter contre sa nature: «J'avais une nature pas commode—me répondit‑elle —, cela ne paraissait pas, mais moi je le sentais bien; je puis vous assurer que j'ai eu beaucoup de combats et que je n'ai pas été un seul jour sans souffrir, pas un seul! Ah! les créatures, quand elles ne voient pas, elles ne croient pas! »  Je puis affirmer, pour en avoir [836] été témoin, que la Servante de Dieu s'est constamment exercée à pra­tiquer la vertu; elle ne se bornait pas à tout attendre de Dieu, elle agissait.

 

Malgré son état maladif, soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus ne se dispensait ja­mais des exercices communs et des tra­vaux pénibles. Elle allait sans se plaindre jusqu'au bout de ses forces: « Je puis encore marcher—disait‑elle—, je dois être à mon devoir » @Source pre.@

Elle fit l'admiration du médecin par le courage avec lequel elle supporta sa maladie. « Si vous saviez ce qu'elle en­dure — disait‑il —, je n'ai jamais vu souffrir autant, avec cette expression de joie surnaturelle: c'est un ange ! » @DEA 24-9@.

 

[Ré­ponse à la quarante‑troisième demande]:

Je ne l'ai certainement jamais vue en faute si peu que ce soit sur cette matière.

 

[Ré­ponse à la quarante‑quatrième demande]:

Dès son entrée au Carmel, la Ser­vante de Dieu eut à supporter les pri­vations de la pauvreté. Placée au réfec­toire auprès d'une soeur qui, par distrac­tion sans doute, ne faisait pas attention à sa voisine, elle fut privée pendant long­temps du nécessaire: elle n'en laissa rien voir, mais attendit patiemment que la Providence vint à son secours.

Elle recherchait de préférence ce qui était le moins commode et le moins à son goût, mortifiant ainsi son inclina­tion qui était toute contraire.

[837] Elle évitait de se plaindre si on lui enlevait quelque objet à son usage, trouvant que tout ce qu'elle possédait appartenait à ses soeurs.

L'emploi du temps attirait particuliè­rement son attention; elle était très exacte à ne pas perdre une minute, ainsi que la règle l'ordonne.

Ces pratiques extérieures ne lui suf­fisaient pas; elle se laissait dépouiller des dons de l'intelligence dont elle était grandement douée, en permettant à ses soeurs de se les approprier à leur gré, et restant modestement dans l'ombre lorsqu'on s'était emparé de ses pensées et de ses lumières.

 

 [Ré­ponse à la quarante‑cinquième demande]:

Une âme ainsi mortifiée soumettait pleinement son jugement aux décisions des supérieurs quels qu'ils fussent, sans aucune distinction, persuadée qu'on ne peut s'égarer en obéissant. La volonté de ses supérieurs une fois manifestée, elle l'accomplissait promptement, sans se permettre la plus légère réflexion. Il n'était pas nécessaire de lui faire des commandements; un simple avis suffisait pour qu'elle s'y soumît ponctuellement. S'il arrivait que les recommandations, qui lui étaient faites parfois dans le but de la soulager, eussent un résultat con­traire, elle ne s'y conformait pas moins à la lettre, pratiquant la vertu jusqu'à l'héroïsme.

 

Elle observait la règle dans les plus menus détails et assujettissements avec une régularité exemplaire.

Cette obéissance déjà si  admirable ne semblait [838] pas assez parfaite à la Servante de Dieu: elle voulut y ajouter encore en reconnaissant à toutes ses soeurs le droit de lui donner des ordres. Une parole, un signe suffisaient pour la faire agir. Que ce désir fût exprimé avec douceur ou qu'un ton impérieux vint choquer sa nature, elle n'était pas moins exacte à se plier aux exigences de toutes, même de ses inférieures.

 

Elle ne se montrait pas moins bien­veillante dans les dérangements conti­nuels qu'on ne craignait pas de lui im­poser. Elle le faisait avec une grâce charmante qui empêchait de soupçonner les sacrifices renouvelés qui étaient la conséquence de son abnégation.

 

[Session 42: ‑ 6 septembre 1915, à 9h. et à 2h. de l'après‑midi]

[841] [Réponse à la quarante‑sixième demande]:

La Servante de Dieu avait une con­viction profonde de son insuffisance et de sa faiblesse; c'est pourquoi elle recou­rait sans cesse à Dieu pour obtenir la lumière et la force dont elle se croyait dépourvue.

 

TÉMOIN 9: Thérèse de Saint‑Augustin O.C.D.

 

Elle gardait habituellement le silence sur les faveurs qu'elle recevait; d'ail­leurs, elle était loin de se comparer aux saints. Elle se disait simplement: « une toute petite âme que le bon Dieu avait comblée de grâces » @DEA  4-8@

La vue de son néant lui faisait éprou­ver de la joie de se sentir imparfaite et d'être reconnue telle par ses soeurs.

[842] Elle aimait la dernière place, l'oubli, qu'elle préférait au mépris, parce qu'il portait à sa nature des coups plus mortels.

Elle aimait à penser que sa gloire au ciel ne serait pas éclatante. « Le bon Dieu a toujours exaucé mes désirs—me disait‑elle à ce propos ‑—et je lui ai de­mandé d'être un petit rien. Quand un jardinier fait un bouquet, il se trouve toujours un petit espace vide entre les magnifiques fleurs qui le composent; il y met de la mousse: voilà ce que je serai au ciel: un petit brin de mousse qui fera ressortir les beautés des belles fleurs du bon Dieu » 

La Servante de Dieu rendait gracieu­sement les services qu'on lui demandait; elle se prêtait aimablement au désir qu'on lui exprimait qu'elle composât quelque poésie; elle faisait tout cela simplement, sans affectation ni recherche d'elle‑même, uniquement pour faire plaisir.

Cette humilité, elle la manifesta en acceptant toujours avec douceur les re­proches, non seulement de ses supérieures, mais encore de ses soeurs. Les jugements défavorables, dont elle fut parfois l'objet, excitaient dans son âme une vive allé­gresse. Une soeur se permit un jour de tenir ce langage: « Je ne sais pourquoi on parle tant de soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus; elle ne fait rien de remarquable; on ne la voit point pratiquer la vertu, on ne peut même pas dire que ce soit une bonne religieuse.» Ces paroles ayant été rapportées à la [843] Servante de Dieu à la fin de sa vie, elle m'exprimait ainsi son bonheur: « Entendre dire sur mon lit de mort que je ne suis pas une bonne religieuse, quelle joie! rien ne pouvait me faire plus de plaisir » 

 

  [Réponse à la qua­rante‑septième demande]:

Je crois que la vertu héroïque consiste dans une perfection de vertu qui dépasse ce que l'on observe chez les religieuses bonnes et ferventes. J'ai connu et je connais un grand nombre de très bonnes religieuses; mais soeur Thérèse de l'En­fant‑Jésus avait une manière d'agir dif­férente et supérieure. Cette différence ne se remarquait pas tant dans l'objet de ses actes de vertu que dans la manière plus parfaite de les accomplir. Notam­ment, j'ai observé chez elle une constance et une régularité de perfection que je n'ai vue nulle part ailleurs; l'élan de sa ferveur était toujours égal; elle prati­quait ces vertus avec une aisance et une générosité qui la faisaient toujours pa­raître aimable et joyeuse. De plus, j'ai souvent observé que de bonnes et saintes religieuses supportaient avec résignation et patience les reproches ou les réfle­xions désobligeantes; mais en faire un objet de joie et d'exultation, je n'ai jamais vu cela qu'en soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus.

 

  [Réponse à la qua­rante‑huitième demande]:

Jamais je n'ai observé chez la Servante de Dieu aucune indiscrétion de conduite. Elle était très sage et en elle tout était très bien.

 

[844]   [Réponse à la quarante‑neuvième demande]:

Il n'est pas venu à ma connaissance que soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus ait eu des dons surnaturels extraordinaires, au moins sous des formes éclatantes.

J'ai pourtant noté quelques paroles, proférées par la Servante de Dieu, et qui semblaient dites sous une influence exceptionnelle de l'action divine. Ainsi au mois d'avril 1895, elle m'avait fait cette confidence: « Je mourrai bientôt; je ne vous dis pas que ce soit dans quel­ques mois, mais dans deux ou trois ans. Je sens, à tout ce qui se passe dans mon âme, que mon exil est près de finir ». Ces paroles ont reçu leur accomplis­sement puisque la Servante de Dieu mourut deux ans et cinq mois après cette conversation.

 

Dans certaines occasions, la Servante de Dieu répondait à des pensées intimes qu'on ne lui avait pas manifestées.

Elle annonça à mère Hermance du Coeur de Jésus qu'elle mourrait prochai­nement, et en effet cette religieuse décéda un an après cet avertissement.

La Servante de Dieu semblait prévoir ce qui arriverait à son sujet après sa mort, disant: «Que mère Agnès de Jésus aurait, jusqu'à la fin de sa vie, à s'occu­per de sa petite Thérèse » @DEA 11-8@D'autres fois elle affirmait qu'il ne se passerait rien d'extraordinaire à l'occasion de sa mort ou de sa sépulture, parce qu'il fallait que toutes les petites âmes puis­sent l'imiter. Elle invitait aussi ses soeurs à recueillir avec un grand soin les péta­les de roses dont elle embaumait son crucifix, ajoutant [845] qu'ils pourraient servir à faire des heureux. Je n'ai pas entendu moi‑même ces derniers propos, relatifs à ce qui arriverait après sa mort. Ils ont été rapportés par les soeurs qui les ont entendus, et j'ai la certitude qu'ils sont rapportés sincèrement.

 

  L [Réponse à la cinquantième demande]:

En dehors des faits rapportés dans la question précédente, je ne crois pas que soeur Thérèse ait fait pendant sa vie aucun miracle.

 

  [Réponse à la cinquante-et-unième demande]:

Je sais, comme tout le monde au­jourd'hui, ce qu'a écrit la Servante de Dieu, mais je ne suis pas spécialement au courant des circonstances dans lesquel­les ont été composés chacun de ses écrits.

 

  [Réponse à la cinquante-deuxième demande]:

Je n’ai pas assisté la Servante de Dieu dans sa dernière maladie: ce soin était réservé aux soeurs infirmières et à mère Agnès de Jésus, mais j'étais présente à ses derniers moments. Sa mort fut gran­diose et impressionnante dans sa simpli­

 

TÉMOIN 9: Thérèse de Saint‑Augustin O.C.D.

 

cité. Avant d'expirer, elle fixa un regard brillant un peu au‑dessus de la statue de la Sainte Vierge. Elle semblait appelée par une voix céleste. On peut dire, sans crainte d'exagérer, que, pendant l'espace d'un Credo, l'extase transfigura ses traits. L'expression de son visage était alors si émouvante que je baissai les yeux. Je ne veux pas dire par là que son aspect fut effrayant, bien au contraire, mais rayonnait [846] d'une expression sur­naturelle qui m'impressionnait.

 

 [Réponse de la cinquante‑troisième à la cinquante-cinquième demande inclusivement]:

Je n'ai rien remarqué d'extraordinaire, ni dans l'état de la dépouille mortelle de la Servante de Dieu, ni dans les cé­rémonies de ses funérailles. Le concours du peuple fut nombreux, mais cela s'ex­plique, je crois, par des circonstances na­turelles, en particulier par ce fait que la famille de soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus habitait la ville même de Lisieux.

 

  LAI [Réponse à la cinquante-sixième demande]:

Je vais assez souvent au parloir, parce que notre révérende mère, dont les pè­lerins réclament fréquemment la visite, m'y envoie à sa place. J'entends assez souvent raconter qu'il y a, à la tombe de soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus, une af­fluence considérable, que parfois on ne peut approcher. Là on prie, on pleure, on espère et on s'en retourne fortifié ou consolé. Il s'y opère de vraies transfor­mations. Telle personne est venue, en proie au désespoir, qui s'en retourne pleine de confiance, le visage radieux, comme si elle venait du ciel. Parmi les nombreux pèlerins, on remarque parti­culièrement des missionnaires des Mis­sions Etrangères, et actuellement, des officiers et des soldats, dont la confiance en la Servante de Dieu se manifeste chaque jour davantage et est souvent récompensée par des grâces merveilleuses.

 

  [Réponse à la cinquante-septième demande]:

Pendant la vie de la Servante de Dieu au Carmel, un [847] petit nombre de soeurs, trompées par son humilité ou par quelque préjugé, ne surent pas recon­naître la grande vertu de soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus, mais le plus grand nombre s'accordait à reconnaître en elle une âme exceptionnellement privilégiée de Dieu et héroïquement fidèle à la grâce, comme je l'ai dit en répondant à la ques­tion sur l'héroïcité des vertus (question quarante‑septième).

Depuis sa mort, la réputation de sain­teté et de miracles de la Servante de Dieu va s'affirmant de jour en jour. Le désir de soeur Thérèse était de passer son ciel à faire du bien sur la terre. Elle fit d'abord éprouver des effets de sa protection à une des soeurs qui avait eu à son égard des procédés blessants. Quand la dé­pouille mortelle de la Servante de Dieu fut exposée, cette religieuse vint lui de­mander pardon de l'avoir méconnue, et appuya son front sur les pieds de la Servante de Dieu, en ayant recours à son intercession: elle fut guérie à l'instant d'une anémie cérébrale dont elle souf­frait depuis plusieurs années.

 

Depuis cette époque, soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus ne cesse de faire tomber sa pluie de roses sur ceux qui ont recours à son intercession: conversions, guérisons, grâces spirituelles et temporelles de toute nature; les récits qui en sont envoyés au Carmel se comptent par milliers.

Etant envoyée souvent par notre mère pour recevoir, au parloir, des prêtres, des religieux, des missionnaires, j'ai pu cons­tater, non seulement leur  admiration pour la Servante de Dieu, mais encore leur confiance sans bornes en sa protection; ils la considèrent comme une gran­[848]de sainte. Lui demander une grâce, disent‑ils, c'est être assuré de l'obtenir; aussi, les uns lui confient leur ministère, les autres lui donnent la direction de leurs paroisses et se considèrent simple­ment comme ses vicaires.

Il y en a qui la prennent pour guide de leur vie intérieure, lui reconnaissant une science exceptionnelle des voies de Dieu. Quelques‑uns sont venus en répa­ration, n'ayant pas voulu d'abord recon­naître les dons que le ciel lui a départis, et se sont engagés à propager sa dévo­tion. L'un d'eux me faisait cet aveu: « Je ne voulais pas me rendre, mais la petite soeur m'a terrassé; maintenant je ne puis exprimer mon  admiration.» Ce qui les charme, c'est cette vie intérieure intense, avec une si grande simplicité! Aussi, quels voeux ardents pour sa prompte béatification! Le doyen d'une paroisse du Nord me disait: « Je re­commande beaucoup la confiance en la petite soeur, mais aussi la prudence afin de ne rien faire qui ressemble à un culte, ce serait bien malheureux de compro­mettre une aussi belle Cause.» Les prê­tres viennent nombreux solliciter la fa­veur de célébrer la sainte messe dans la chapelle du Carmel. Depuis le commen­cement de l'année 1912, jusqu'à la fin d'août 1915, les messes célébrées s'élè­vent au nombre de 1395. Durant huit mois de l'année 1912, 191 prêtres ont demandé à célébrer la messe au Carmel, et pendant huit mois de l'année 1915, il en est venu 286.

 

Les religieuses, les personnes du monde n'ont pas une confiance moins grande en la Servante de Dieu et ne sont pas moins favorisées. Leur dévotion est touchante. « Cette petite soeur — disent‑elles — s'occupe absolument de [849] tout »; aussi font‑elles dire un nombre considé­rable de messes, soit pour obtenir sa béatification, soit en actions de grâces pour des faveurs obtenues ou pour en solliciter de nouvelles, comme conver­sions, guérisons, protection pour des soldats, délivrance des âmes du purga­toire, etc. Le nombre des messes deman­dées depuis le commencement de l'année 1912 jusqu'à la fin d'août 1915, s'élève à 166.000. Pendant huit mois de l'année 1912, on avait demandé 9594 messes; pendant huit mois de cette présente année 1915, les demandes se sont élevées à 56.800.

 

Il n'est pas rare d'entendre des pèle­rins instruits me dire au parloir: « Soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus n'a rien fait d'extraordinaire, c'est vrai, mais quelle vie intérieure! Que nous voudrions bien aimer le bon Dieu comme elle!.» Les petits sachets qui contiennent une par­celle des rideaux de son lit ou de quel­que autre objet ayant rapport à la Ser­vante de Dieu sont considérés comme un trésor. Des officiers les fixent dans les plis de leur drapeau; les soldats les ré­clament sans cesse comme une sauve­garde. C'est par centaines de mille que le Carmel donne ces souvenirs sans pou­voir satisfaire complètement les solli­citeurs. Des missionnaires m'ont dit que les païens de leurs missions ont une grande confiance en la Servante de Dieu:

 

TÉMOIN 9: Thérèse de Saint‑Augustin O.C.D.

 

« C'est merveilleux—me disent‑ils — le bien qu'elle fait chez nos sauvages.»

  , [S'est‑on employé de manière artificielle à propager cette réputation?]:

Nous n'avons absolument rien fait pour activer ce zèle. [850] Tout ce que le Carmel a fait ou publié a été fait pour répondre aux sollicitations pressantes des fidèles. Même on nous demande bien des choses que nous ne faisons pas.

 

  [Réponse à la cinquante-huitième demande]:

Je n'ai rien entendu dire, depuis la mort de la Servante de Dieu, qui ne fût un éloge de sa sainteté.

J'ai dit que, pendant sa vie, quelques religieuses, en petite minorité, il est vrai, n'avaient pas su discerner sa haute per­fection. Une soeur se permit même de tenir ce langage que j'ai déjà rapporté: « Je ne sais pourquoi on parle tant de soeur Thérèse, elle ne fait rien de remar­quable, on ne la voit point pratiquer la vertu, on ne peut même pas dire que ce soit une bonne religieuse ».

 [La moniale  qui a tenu ce langage vit‑elle encore?]:

Non, elle est morte; c'est cette reli­gieuse dont j'ai parlé qui se prosterna aux pieds de la dépouille mortelle de la Servante de Dieu pour lui demander pardon de l'avoir méconnue et fut ins­tantanément guérie d'une anémie cé­rébrale.

 [Le témoin poursuit ensuite sa réponse]:

On pourrait être surpris qu'une âme aussi parfaite n'ait pas été appréciée de toute la communauté sans exception, mais le bon Dieu permet quelquefois, pour éprouver la vertu de ses servi­teurs, que les passions humaines faussent le jugement de plusieurs et fassent sou­vent prendre pour des dé‑[851]fauts les plus grandes vertus. Soeur Thérèse de I’Enfant-Jésus passa par cette épreuve; mais je répète que ce fut le petit nombre qui ne la comprit pas.

 [Les moniales qui s'opposaient à la Servante de Dieu brillaient‑elles par la perfection de leur vie et la qualité de leur esprit ?]:

Elles étaient ferventes, en réalité, ou du moins me paraissaient telles, je ne saurais dire le contraire; mais quant à l'intelligence et surtout à la rectitude du jugement, c'est une autre affaire!...

 

 [Réponse à la cinquante‑neuvième demande]:

Dans les dernières semaines de sa vie, la Servante de Dieu se proposait de commencer ses conquêtes aussitôt après sa mort, et de visiter les séminaires et les missions. Dès l'année suivante 1898, les Annales de la Propagation de la Foi enregistrèrent des résultats que les mis­sionnaires disaient n'avoir jamais réa­lisés; ils les attribuaient à un souffle particulier du Saint‑Esprit qui passait sur quel‑[852] ques‑unes de leurs missions. Dans beaucoup d'endroits, les infidèles se présentaient d'eux‑mêmes, pour re­cevoir l'instruction et le baptême.

 

La Servante de Dieu révèle assez sou­vent sa présence par des parfums de rose, de violette, d'encens, etc. Cela s'est produit plusieurs fois dans la communau­té. Des personnes du monde en sont aussi favorisées. Sur la demande de quelques-unes, elle se tient auprès d'elles, comme leur ange gardien, répandant, à leur insu, un parfum délicieux dont elles sont informées par les personnes qui les abor­dent et qui demandent d'où peut venir une odeur aussi pénétrante.

 

Soeur Thérèse fait quelques fois pres­sentir l'épreuve: j'en ai fait moi‑même l'expérience. Le 2 janvier 1911, en pre­nant ma place au réfectoire pour la collation du soir, j'aperçus devant moi, sur la table, quelque chose qui me parut être un bout de bois insignifiant. Pendant le repas, je le remarquai plusieurs fois, sans y attacher aucune importance; je me disposais même à quitter le réfec­toire sans me rendre compte de ce que cela pouvait être, lorsqu'une soeur, pla­cée près de moi, me fit signe de le pren­dre. Je le fis. Quel ne fut pas mon éton­nement en reconnaissant que c'était une épine très pointue et longue de cinq cen­timètres. Je demandai à la « provisoire » pourquoi elle avait mis cette épine à ma place: elle me répondit qu'elle ne com­prenait pas ce que je voulais lui dire. Des informations furent prises auprès des soeurs de la cuisine: toutes affirmèrent y être étrangères. Alors l'idée s'imposa à moi que c'était un avertissement de soeur [853] Thérèse, me faisant entrevoir la mort prochaine de ma mère. Je ne sais comment cette idée me vint, car ma mère se portait alors très bien, et rien ne pou­vait me donner d'inquiétude à son sujet. Or, ma mère est morte en effet, moins de deux mois après, le 27 février 1911.

 

Les récits de conversions, de guérisons, de grâces temporelles et spirituelles que j'ai entendus au parloir sont innombra­bles. Un prêtre me disait: «Je viens ici en action de grâces pour la guérison de mon neveu atteint d'une fièvre typhoïde avec hémorragies, désespéré des méde­cins; mais il avait auprès de lui une ima­ge de la petite soeur qui ne le quittait pas, et il avait une grande confiance en son intercession. Maintenant il est par­faitement guéri.»

Une autre fois, on me raconta la con­version d'un pécheur endurci, refusant de recevoir le prêtre. Comme il avait perdu connaissance, on commença à son intention une neuvaine à soeur Thérèse. Au septième jour, le malade  recouvre sa connaissance, demande le prêtre, re­çoit la sainte communion et l’extrême-onction, et meurt en de parfaites dispo­sitions.

C'est encore l'abjuration d'un vieil israélite de 80 ans; il permettait que ses enfants soient catholiques, mais refusait obstinément de se convertir lui‑même, malgré des instances réitérées. Sa famille alors s'adresse à la Servante de Dieu et, sans qu'il y ait aucune pression exercée sur l'esprit du malade , il change spon­tanément de détermination et meurt dans la religion catholique.

 

[854] Soeur Thérèse semble avoir une prédilection marquée pour les soldats, tant sont nombreux ceux qu'elle entoure de sa protection. Les uns affirment l'avoir vue dans les tranchées, d'autres sur le champ de bataille; tous sont encouragés

 

TÉMOIN 9: Thérèse de Saint‑Augustin O.C.D

 

par cette douce vision; beaucoup échap­pent par sa protection à une mort cer­taine. Voici un fait qui m'a été raconté par un prêtre, il y a quelques semaines: un cycliste de l'état‑major, très exposé par sa fonction, voit tomber à ses côtés trois de ses camarades, tués par un obus, sa bicyclette est brisée sous lui par ce même obus et projetée à dix mètres et lui n'a pas la moindre égratignure. Sa mère attribue cette protection à une relique de soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus que le jeune homme portait sur lui. Les faits de ce genre qui m'ont été racontés ne sont pas rares.

Un soldat belge, souffrant depuis le mois d'octobre 1914, d'asthme, de dou­leurs névralgiques au coeur et d'une grande faiblesse générale, fut soigné dans plusieurs hôpitaux sans obtenir de gué­rison. A l'hôpital du Bon Sauveur à Caen, soeur Paule, son infirmière, lui remit une image et une relique de soeur Thérèse, en lui conseillant de la prier, ce qu'il fit avec une grande confiance. Le 30 mai 1915, la Sainte Vierge lui apparut debout sur un globe, revêtue d'un manteau bleu parsemé d'étoiles d'or, et portant une couronne d'or sur la tête. Quelques secondes après soeur Thérèse parut, au côté droit de la Sainte Vierge. Elle était très belle, vêtue en religieuse carmélite, portant le manteau blanc; elle tenait à la main un panier de roses et en jeta une sur le lit du malade , lequel, [855] pourtant, ne retrouva pas cette rose après l'apparition. La vision dura environ une minute: le malade  s'endor­mit ensuite et se réveilla le lendemain matin parfaitement guéri. Depuis ce temps, le mal a tout à fait disparu. Etant venu à Lisieux, faire un pèlerinage d'action de grâces et prier dans notre chapelle, il fut très impressionné en vo­yant la statue de la Sainte Vierge qui occupe le fond du sanctuaire, la trouvant exactement semblable à celle qui lui était apparue. C'est dans ce pèlerinage que ce soldat, Léon Vandamme, m'a fait lui‑même, au parloir, le récit de ces événements.

 

 [Réponse de la soixantième à la soixante-cinquième demande inclusivement]:

Je n'ai été témoin direct d'aucune gué­rison de ce genre.

 

 [Réponse à la soixante-sixième demande]:

Je n'ai rien à ajouter.

 

[Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précé­dentes. — Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Signatum: SOEUR THÉRÈSE DE SAINT-AUGUSTIN, témoin, j'ai déposé comme ci‑dessus selon la vérité, je le ratifie et je le confirme.