Imprimer

Mère Agnès de Jésus à Sr Françoise-Thérèse - 28 décembre 1909

Mère Agnès de Jésus à sa sœur Léonie

Jésus+                                                              28 décembre 1909                                                                   

Ma petite sœur bien aimée,

Noël ! Noël ! Il parait que tu as vu Francis et Jeanne pendant l'Avent. J'en ai été bien heureuse, je désirais beaucoup ce voyage ou plutôt cette visite pour ta bonne Mère et pour toi.

Ne t'inquiète pas de ma santé ma petite sœur, car je vais tout à fait bien. Mère Marie Ange avait dit qu'elle veillerait sur ma santé de là-haut... Elle a tenu parole. Et toi ma petite sœur, comment vas-tu ? Oh ! comme je pense souvent à toi! Souvent je me reporte à la dernière fois que je t'ai vue. Quel doux souvenir pour mon coeur ! Que je te fasse rire à présent : Figure-toi qu'hier soir, la sœur qui fait la cuisine a voulu faire du nouveau. Comme je leur avais parlé des choux-fleurs délicieux qui m'avaient été servis à la Visitation essayant de me rappeler au juste leur assaisonnement pour qu'elles en fassent de pareils au jour de fête à la cuisine ; voilà donc une des cuisinières qui s'avise de se rappeler ça et de fabriquer à sa façon l'assaisonnement. C'était vraiment très bon, mais il y avait tant de fromages, tant de sel et de je ne sais quoi, que nous voilà toutes prises après Matines d'une soif dévorante. Je t'assure que c'était curieux, j'ai entraîné la bande des altérées au réfectoire ; mais une postulante était montée chez elle, elle m'avait échappée. J'y vais et je lui dis : "Vous avez bien soif n'est-ce pas ?" Ah !, ma Mère me dit elle, je crois bien ! Je n'en puis plus, je voulais aller vous le dire tout simplement ! Tu vois que nous n'avons pas réussi à arranger les choux-fleurs comme à la Visitation !!!

J'espère que nous réussirons mieux à arranger nos âmes à la même sauce pour le bon Jésus ; ou plutôt c'est lui qui les met à la même sauce. Sauce piquante quelquefois, mais jamais il n'y tombe trop de sel ni trop de poivre que si par nos résistances nous donnons un coup à la douce Main de Jésus... Oh ! laissons-le toujours nous tourner et retourner à sa façon dans la sauce douce ou piquante de l'amour, soit de l'amour consolé, soit de l'amour éprouvé.

Au revoir ma petite sœur bien aimée je ne pensais pas du tout à faire une lettre sur les choux-fleurs !...

A présent c'est avec un chou fleur sous ma plume que je te souhaite une heureuse, une sainte année et que je t'embrasse comme une sœur tendrement aimée en Jésus. Voilà une drôle de manière de se présenter! En voilà un drôle de bouquet

Ta petite mère et sœur

Sr Agnès de Jésus

r.c.i.